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Constitution européenne
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Loi Taubira
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2)
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« Je veux réconcilier la France du oui et la France du non »
N. Sarkozy
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« Je veux un mariage pour les homosexuels et un mariage pour les hétérosexuels »
N. Sarkozy
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3)
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Traité de Lisbonne
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Médiacratie
Au lieu de monopoliser le siège du juge, le journalisme devrait se confondre en excuses au banc des accusés.
Oscar Wilde
Je hais les journalistes. Je leur voue une exécration sans limite. Je ne comprends même pas comment on peut ne pas haïr les journalistes. Comment on peut prononcer ce mot — « journaliste »— sans être parcouru d’un frémissement de dégoût. Ou plutôt si, je le comprends trop bien. C’est même précisément pour ça que j’écris ce texte.
Bien sûr, on m’objectera que la haine n’est pas un sentiment noble. Qu’elle ne mène à rien. Quelques moutons bêleront même doctement que la haine du journalisme est un marqueur d’extrême-droite. Un signe incontestable de fascisme. Qu’ils aillent expliquer ça à Oscar Wilde, pour qui « le journalisme justifie son existence par le grand principe darwinien de la survie du plus vulgaire » et les journalistes, ces « plumes consciencieuses d’illettrés », ont pour seule fonction de crétiniser et d’avilir les masses (preuve, au passage, que la perception du journalisme comme nuisance majeure ne date pas d’hier, du moins chez les esprits éclairés). Qu’ils aillent expliquer ça à Henri Béraud, qui écrivait que « le journalisme est un métier où l’on passe la moitié de sa vie à parler de ce qu’on ne connaît pas, et l’autre moitié à taire ce que l’on sait ». Qu’ils aillent expliquer ça au général de Gaulle, qui trouvait « impossible d’imaginer une pareille bassesse » que celle des journalistes, et déclarait : « le jour où Le Figaro et l’Immonde [c’est le petit nom qu’il donnait au quotidien de déférence] me soutiendraient, je considérerais que c’est une catastrophe nationale ». Ces imputations de fascisme sont évidemment pitoyables ; elles procèdent toujours de la même « stratégie » de défense (initiée par nos amis les communistes voilà plus de 80 ans — mais les journalistes, ces grands novateurs, ne s’en lassent pas), cette technique éculée consistant à fasciser ses contradicteurs dans l’espoir de disqualifier d’avance leurs propos et, surtout, de ne pas avoir à les combattre sur le terrain des arguments.
Je disais donc que je vomissais les journalistes. Bien sûr, pas à titre personnel. Je ne vise aucun journaliste en particulier. Il ne me viendrait pas à l’idée, par exemple, d’appeler à frapper un ou des journalistes. Pour quoi faire, d’ailleurs ? Quel intérêt ? Un journaliste mérite-t-il une telle dépense d’énergie ? Et puis surtout, ce serait trop cruel : le sort où les journalistes sont placés est déjà bien assez horrible. Pas la peine d’en rajouter : leur existence est leur châtiment. Ils sont leur enfer à eux-mêmes. Cette existence de servilité, de lâcheté sans limite, d’avalages continus de chapeaux, d’abdication de toute pensée personnelle au profit de la ligne de leur torche-pétard, ce rabougrissement intellectuel sans fin, cette ruine du discernement par les conditionnements idéologiques, cette anesthésie du sens critique dans la torpeur de l’entre-soi, quelle punition ! Quelle existence de rampant que cette succession de fourberies, de désinformations, de diffamations, de chasses à l’homme ! Quelle fierté peut-on tirer d’une telle « vie » ? Quelle satisfaction peut-on éprouver, sur son lit de mort, après avoir accumulé une somme si vertigineuse de nuisances ? Après avoir collaboré aux plus coupables travestissements de la réalité, relayé les plus répugnantes propagandes, propagé les plus odieuses calomnies sur ceux qui disaient la vérité ? Comment se sent-on, après une telle existence de larbin du système ? Après une telle dépersonnalisation ; après un tel renoncement à sa personnalité pour servir les idéologies les plus toxiques ? Quelle sensation cela fait-il, d’avoir été le porte-voix des propagandes les plus abjectes, des entreprises d’endoctrinement les plus vicieuses, des plus pervers projets d’organisation de l’ignorance et du crétinisme des masses ? D’avoir été un bon petit enfumeur, un bon petit endoctrineur ? D’avoir assuré son confort matériel en cumulant les primes au mensonge ?
Bien sûr, tous les journalistes ne sont pas comme ça. Attention à ne pas généraliser. Pas d’amalgame, comme dirait l’autre. D’ailleurs, j’en connais des très bien. Des individualités qui se distinguent. Des qui ne sont pas nuisibles. J’en connais même des utiles. Mais enfin, il faut bien reconnaître que la secte journalistique les déteste — elle qui passe sont temps à exalter la diversité, à fustiger le repli sur soi et à enseigner la tolérance. Quand je dis « journalistes », ce n’est donc pas de tous les journalistes que je parle, loin s’en faut, mais précisément de cette secte, de cette petite caste hargneuse et arrogante dont le rôle essentiel, si l’on peut dire, est de servir de courroie de transmission aux plus infâmes propagandes, de pilonner les cervelets contemporains de contrevérités fausses à hurler, de truffer les esprits de lieux communs mensongers, d’escamoter des pans entiers de la réalité ; bref, d’uniformiser les masses dans l’ignorance et la sottise.
Je parle de ces archétypes du conformisme, de ces incarnations du formatage idéologique ; je parle de ces clones incapables de « penser » autrement qu’en troupeau et d’émettre sur leur époque autre chose que la critique scolaire, aseptique et inopérante de leur bréviaire journalistique. Je parle de ces dévots de la religion progressiste, chargés d’en diffuser le catéchisme et de s’assurer que tout le monde le récite bien docilement. Je parle de ces agents zélés du terrorisme intellectuel qui, en fustigeant toute observation, toute idée, tout propos non conformes à leurs diktats, tétanisent la pensée et rendent impossible l’accès à un début de clairvoyance sur l’époque. Je parle de ces sosies embourbés dans leurs concepts obsolètes et refusant que des individus choisissent de penser autrement qu’eux, de ne pas utiliser leurs étiquettes pour décrire le monde et de recourir, pour s’expliquer l’époque, à une autre terminologie que leur langage de morts-vivants. Je parle de ces petits tyrans qui voient d’un très mauvais œil toute attitude qui diffère de leur servitude (comprenons-les : les rares réfractaires au dressage agissent comme un miroir inversé de ces éternels soumis ; ils les renvoient à leur servitude, à leur bassesse, d’où leur fureur). Je parle de ces Tartuffe qui glorifient la diversité mais insultent tous ceux qui ne pensent pas comme eux ; de ces champions du « pas d’amalgame » qui fascisent à tour de bras ; de ces philanthropes de salon qui se décrètent ouverts d’esprit mais tournent colériques, hargneux, tout frémissants de haine à la moindre contradiction.
Je parle de ces ennemis de la vérité et de la liberté.
La liste de leurs méfaits est infinie. Mais peu de gens les connaissent. Pourquoi ? Eh bien c’est simple, quand on y réfléchit : les journalistes ont une force, un avantage irrésistibles : ils ont le monopole du récit du monde. Ce sont eux, et eux seuls, qui racontent l’époque. Ce sont eux qui décident de ce qu’il faut dire, ne pas dire, de ce qu’il faut occulter, de ce qu’il faut marteler. L’immense majorité des gens ne connaissent en effet du monde que ce que les médias en disent ; ils ne savent que ce que les médias leur laissent savoir. Aucune curiosité, aucune envie d’en savoir plus ne les anime. Ils ne lisent pas, ils ignorent l’Histoire, ils ne savent pas qu’il existe un monde en dehors des débats politico-médiatiques — le degré zéro de l’observation et de l’analyse. Les médias sont leur seul référent, et cela leur suffit bien ; ils choisissent donc de leur faire confiance, cette forme sournoise de la paresse…
Rien de plus facile, dans ces conditions, que d’organiser l’ignorance de ses nuisances, et de plonger dans l’oubli ses méfaits passés. D’autant plus que les gens ne demandent que ça, d’oublier, d’avoir l’esprit léger, de ne pas se prendre la tête, n’est-ce pas, de ne pas s’encombrer l’esprit de vérités terrifiantes qui les sortiraient de leur agréable routine d’approbation bovine. Ainsi tout le monde est content : les journalistes conservent leur crédibilité, et les gens s’épargnent l’effort d’exercer leur mémoire et leur esprit critique.
C’est ainsi qu’on entend des troupeaux infinis de couillons ânonner que Le Monde, quotidien idéologisé jusqu’au trognon, « est un journal neutre, impartial, objectif », et se nourrir chaque jour de sa prose diarrhéique en la prenant pour parole d’évangile.
Il serait pourtant instructif de se souvenir des complaisances répétées du Monde pour le communisme (l’idéologie la plus criminelle du XXème siècle, et de loin, quoi qu’en disent les négationnistes autorisés). De rappeler que ce journal assimilait Soljenitsyne décrivant l’abomination communiste aux collaborateurs « qui accueillaient les nazis en libérateurs ». De signaler que ce grand quotidien neutre et indépendant paraphrasait les communiqués russes pendant le blocus soviétique de Berlin. Qui se souvient que le correspondant du Monde en Chine frétillait d’allégresse quand il évoquait la Révolution Culturelle de Mao (ce qui valut au quotidien de révérence ce joli surnom : « Le Monde, principal quotidien maoïste paraissant hors de Chine ») ?
Plus récemment, que n’a-t-on entendu comme contrevérités sur les si mal-nommés « printemps arabes » ? Pourquoi, au lieu d’un examen rationnel et lucide des acteurs en présence, nos grands médias nous inondèrent-ils d’un charabia lyrique, d’un éloge grandiloquent de la révolution relevant du puérilisme le plus intense ? Pourquoi enrobèrent-ils les événements d’un brouillard lyrique, de vagues envolées poétiques sur la beauté de la Rébellion, sur le Peuple qui se soulève toujours pour son bien, sur la sacro-sainte Démocratie en marche, sur les Droits de l’Homme qui avancent, et tout ce pathos vaporeux ?
Pourquoi, au lieu d’une présentation objective des faits, cette déferlante d’enthousiasme niais et d’utopisme infantile, qui noya les mises en garde des observateurs avisés ? Lesquels prévenaient que dans leur principe même, ces prétendus « printemps arabes » étaient voués à tourner à l’hiver islamiste. Mais personne ne voulait les entendre… Ou plutôt, personne ne pouvait les entendre. Il ne fallait surtout pas inviter ces rabat-joie, il ne fallait pas les laisser gâcher la fête des bons sentiments, le festival des illusions, le grand moment d’ivresse droit-de-l’hommiste orchestré en sous-main par DJ Djihad. Et tant pis si maintenant, la gueule de bois n’est pas près de passer…
On se dit quand même qu’il eût été utile que les médias opposent quelques faits aux délires libyens de Saint Bernard-Henri et de son disciple Sarkozy. On eût aimé qu’ils relaient ce que tous les géopoliticiens hurlaient dans le désert, à savoir que la chute de Kadhafi — nonobstant l’antipathie que ce personnage suscite légitimement — ferait sauter tous les verrous de la barbarie, ouvrirait la voie à un déchaînement de sauvagerie sans précédent et aux torrents de sang qui, hélas, ne manquent pas de se répandre aujourd’hui. Et on souhaiterait, maintenant, qu’ils nous prouvent que l’information est leur vocation en nous expliquant par le menu ce qui se passe là-bas — et qu’ils ont approuvé, soit par leurs applaudissements, soit par leur silence complice. Qu’ils nous décrivent dans le détail le paradis que nous promettait le grand visionnaire BHL ; qu’ils nous racontent ces viols, ces décapitations, ces égorgements quotidiens ; qu’ils évoquent le lynchage des Noirs et le supplice des minorités.
On se demande quand même où est passé l’humanisme de ces belles âmes, qui n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger l’autoritarisme de Kadhafi, mais n’évoquent qu’à demi-mots les atrocités que commettent les milices sanguinaires qui terrorisent le pays, et font de la Libye un enfer (auprès duquel l’ère Kadhafi ressemble rétrospectivement au monde des Bisounours). Pourquoi, si volubiles quand il s’agissait de dénigrer Kadhafi pour justifier l’erreur monumentale de sa destitution, sont-ils subitement si laconiques ? Pourquoi tant de pudeurs ?
On observe un phénomène étrangement analogue en Syrie, où Bachar el-Assad est présenté par nos médias impartiaux (la propagande, c’est toujours chez les autres) comme un monstre absolu, tandis que les exactions perpétrées par les « rebelles » sont occultées le plus possible et, quand il n’est vraiment plus possible de les nier, édulcorées, euphémisées, présentées comme le fait de « quelques extrémistes » évidemment non représentatifs, puisqu’on vous le dit. Pourquoi, alors qu’on ne cesse de nous parler avec horreur des armes chimiques du régime, n’évoque-t-on pas les exploits de ces émouvants rebelles, de ces sympathiques Jean Valjean moyen-orientaux qui s’amusent à dévorer le foie de leurs ennemis ? Qui relate les tortures ahurissantes de cruauté que subissent les Chrétiens ? Qui parle de ces Chrétiens crucifiés ? Et puis, assez étrangement, on n’entend pas beaucoup évoquer ce projet de pipeline que les Etats-Unis souhaitent faire passer par la Syrie, et auquel s’oppose el-Assad…
Plus près de nous — beaucoup plus qu’on ne le croit — il est une réalité dont peu de Français ont connaissance. Une réalité enfouie sous d’immenses couches de propagande, elles-mêmes enveloppées d’épais rideaux de fumée, et gardées par de redoutables colleurs d’étiquettes. Une réalité dont il est formellement interdit de parler, sous peine de mort sociale : les colleurs d’étiquettes veillent, et ils sont enragés : raciste, fasciste, néofasciste, nauséabond, intolérant, islamhomophobe, voilà la mitraille d’injures qu’ils réservent à quiconque ose effleurer le sujet. Game over.
Il est pourtant important, ce sujet. Il est capital. Il n’y a peut-être pas de sujet plus important (hormis bien sûr celui qui le sous-tend, à savoir la déroute de la civilisation européenne). Ceux qui sont en position de le faire connaître — journalistes, politiques, acteurs du débat public — et non seulement s’y refusent, mais insultent ceux qui ont le courage de braver leur loi du silence, auront une responsabilité historique dans les horreurs qui résulteront de leurs mensonges. De leurs silences. C’est en effet un silence de mort qui entoure la vie dans les « quartiers ». Bien sûr, tout le monde, même le plus formaté des bobos, évite instinctivement ces quartiers ; mais tout le monde, surtout le plus formaté des bobos, soutient également qu’il n’y a pas de réel problème dans ces quartiers. Il faut dire qu’il est difficile de faire autrement, d’une part en raison des chantages au fascisme évoqués plus haut, d’autre part à cause de l’interdit de représentation qui régit les médias officiels sur le sujet.
Ainsi, combien de petits marquis parisiens savent qu’à moins de dix kilomètres du restaurant bio et équitable où ils récitent, Libé en main, que l’immigration est une chance pour la France, le communautarisme un fantasme d’extrême-droite et l’insécurité une fable de vieux réac paranoïaque, des jeunes filles tournent toute la nuit dans des caves ou des locaux à poubelles après s’être fait casser le nez et les côtes ? Croient-ils qu’un problème cesse d’exister parce que les journaux n’en parlent plus ? Ces perroquets des médias ont-ils conscience que pendant qu’ils lèvent un toast à la Diversité, des blancs se font tabasser aux cris de « Bâtard, sale blanc, sale Français de merde. On va te brûler et violer ta salope de mère. » Comprennent-ils que quand Le Figaro écrit « Paul-Louis, 18 ans, déjà connu des services de police pour 22 faits de violence, est soupçonné d’avoir énucléé puis carbonisé une jeune fille de 17 ans qui refusait ses avances », le délinquant ne s’appelle pas vraiment Paul-Louis ? Savent-ils que pendant qu’ils s’extasient sur les merveilles de l’immigration massive et du multiculturalisme, des quartiers tombent sous la coupe de musulmans rigoristes, pas vraiment en pointe dans la sacro-sainte lutte contre les violences faites aux femmes, dans la déconstruction des stéréotypes sexistes, ni tout à fait gay-friendly ? Mais chut, il ne faut pas le dire, car ça fait le jeu du FN… Et ça, alors, vous comprenez, c’est vraiment odieux, de faire le jeu du FN. Il faut vraiment être sans cœur, hein, il faut vraiment être cynique, pour faire le jeu du FN… Parce que le vrai danger, ce n’est pas la fragmentation communautariste de la société, ce n’est pas la défiance croissante que se témoignent différentes fractions de la collectivité, ce n’est pas la barbarie qui monte, ce n’est pas l’effondrement de la civilisation. Non. C’est de faire le jeu du FN. Nos philanthropes assermentés et leurs laquais comprendront un jour, mais trop tard, toujours trop tard — c’est leur caractéristique, d’avoir toujours un combat de retard — que leur déni de réalité fait surtout le jeu des pires barbares. Une fois que le cauchemar se sera étendu, irréversible — car il faut être fou pour croire qu’il restera éternellement circonscrit aux « cités » — ils comprendront. Mais, répétons-le, il sera trop tard…
Cela dit, leur pire nuisance, c’est encore dans la vie intime des gens que ces faussaires l’exercent. Car ce n’est pas assez, pour eux, de couvrir les abominations passées, présentes et à venir ; ce n’est pas assez de tromper les gens, de leur mentir, de les culpabiliser odieusement s’ils osent utiliser leur propres yeux — et non les lunettes médiatiques — pour regarder le monde ; ce n’est pas assez de les obnubiler sur de faux enjeux, et de leur imposer un langage, des concepts, des grilles d’analyse impuissants à expliquer le monde ; ce n’est pas assez de les maintenir dans l’ignorance crasse, les préjugés grotesques et le chaos mental ; il faut encore que leurs relations les plus intimes soient infectées par le mensonge.
Combien de familles divisées, en effet, combien d’amitiés aigries, envenimées, dissoutes par les mensonges médiatiques ? Combien de carrières entravées, de réputations ruinées à cause de la vision caricaturale que propagent les médias ? L’oncle qui vote FN, ce facho, et qu’on n’invite donc plus aux repas — bah oui : il est intolérant — sinon pour se le faire. L’ami d’enfance à qui on ne parle plus depuis qu’il s’est déclaré opposé au mariage homosexuel (viaune controverse de haut vol sur Facebook ou Twitter), révélant ainsi son indéniable homophobie. Le collègue un peu louche, à surveiller, qui fait une drôle de tronche quand on lui vante les bienfaits de l’immigration… Et cet autre, alors, qui critique l’euro, comme Marine Le Pen, tu te rends compte?!!(alors que l’euro nous protège, on le sait bien, on ne sait pas pourquoi mais on le sait bien) Et je ne parle pas l’autre excité, un vraiment gratiné celui-là, qu’on a entendu à la machine à café critiquer l’islamisation de certains quartiers. Un vrai discours nauséabond, quoi. L’intolérance dans toute son horreur. L’archétype de l’immonde repli sur soi. Bref, un facho doublé d’un raciste. Et vice-versa.
Combien de médisances, combien de personnes salies, humiliées, rentrées dans des cases infamantes par la masse des crédules qui reprend à son compte les caricatures des médias ? Combien de relations brisées à cause de l’adhésion servile au credo médiatique ? Combien de controverses hargneuses, de sottes criailleries, combien de brouilles et de ruptures pourraient être évitées si les journalistes faisaient leur travail, à savoir informer ? Et non pas militer, donc occulter et falsifier ? Ainsi la lucidité ne passerait plus pour de la folie ; ceux qui décrivent le réel ne seraient plus tenus pour de grands dérangés, tandis que les idéologues, les sophistes et les enfumeurs seraient traités avec le mépris qu’il méritent. L’exact inverse de ce qui se passe aujourd’hui.
Qu’on mesure bien la situation, en effet : une petite caste d’idéologues gâteux, uniformisés jusqu’à la moelle, cherche à imposer ses délires à toute une population. De leur salle de rédaction, ces sosies décrètent ce qu’il faut dire, penser, et même ce qu’il faut voir. Rien ne doit dépasser : il faut que tout le monde souscrive à leurs analyses miteuses et à leurs critiques ignorantes, se prosterne devant leurs idoles en carton et leurs experts appointés, récite leur catéchisme ringard et leurs poncifs éculés. Toute attitude distanciée, critique, un tant soit peu libre par rapport à leurs dogmes les horripile, et déclenche en eux des réactions d’une violence inouïe. Ils sacrifient les mal-pensants sur l’autel de leur Tolérance, conspuent les non-alignés tout en clamant leur amour de la Diversité, rejettent les sceptiques en condamnant le rejet de l’Autre. Ils ne reculent devant aucune méthode pour rééduquer les masses : mensonges, chantages, intimidations, menaces. Rien, pas même de semer la zizanie dans la sphère privée des gens, ne saurait les faire renoncer à leurs projets d’endoctrinement. Ils feront tout ce qui en leur pouvoir — lequel est colossal — pour refiler leur sectarisme et leur confusion mentale à un maximum de moutons.
Il est donc urgent de les dénoncer ; plus que jamais, il importe de les montrer en pleine lumière, de démasquer leurs impostures, de faire savoir de quelles exactions ils se sont rendus complices.
Surtout, il faut de toute urgence envoyer paître ces flics médiatiques et leurs intimidations ridicules ; opposer une indifférence de fer à leurs menaces et à leurs chantages. Se dépêtrer de leurs grilles d’analyse obsolètes et de leurs débats retardataires ; cesser de regarder le monde avec les lunettes médiatiques. Remettre en question le langage des perroquets des médias, systématiquement et inlassablement. Refuser d’utiliser leurs concepts morts pour décrire le monde ; s’élever au-dessus des enjeux politiques et médiatiques pour enfin parler du réel. C’est un effort permanent, mais c’est la seule façon d’espérer accéder à une compréhension lucide de l’époque. La vérité, et la liberté, sont à ce prix.
Ce texte fait partie de l’ouvrage :
Soutenez Nicolas L sur TipeeeQui sème le vent
Jacques-Bénigne Bossuet
Il n’y a pas de problème d’intégration
Il n’y a pas de communautarisme
Il n’y a pas d’insécurité ; tout au plus un sentiment d’insécurité fantasmé par la fachosphère et complaisamment relayé par des médias malveillants et, pour tout dire, stigmatisants
La prison n’est pas la solution
Il ne faut pas stigmatiser
Touche pas à mon pote
«Jamais, je n’ai cru revoir de telles hordes acharnées dans le pays que j’habite, que j’aime et que je sers»
Claude Bartolone, affolé lyrique
Le mutant à roulettes
Filant élégamment sur sa fière trottinette,
Il honorait la rue de sa noble silhouette,
Et son torse bombé, son regard de vainqueur,
Faisaient, sur son passage, chavirer plus d’un cœur.
Placide, imperturbable, il glissait sans entrave,
Les passants s’écartant avec dévotion
Pour ne pas retarder la vive progression
De ce héros moderne au visage si grave.
Fier, le menton rentré, sérieux comme un pape,
Il imprimait au sol de grands coups vigoureux
Et s’élançait ainsi, infiniment gracieux,
Bondissant de plus belle à chaque nouvelle frappe.
Les roulettes, affolées, tournoyaient éperdues
Pour suivre la cadence de leur maître glorieux
Qui plastronnant, grisé, le port majestueux,
Chevauchait, triomphal, sa monture en alu.
Il affectionnait fort ce moyen de transport
Sain, rapide, athlétique, et zéro CO2,
Qui, de plus, lui donnait un air majestueux
Et mettait en valeur son esprit et son corps.
Il promenait ainsi sa silhouette festive :
Lunettes cerclées de rouge et chapeau de poète,
Écouteurs blancs vissés sur son ignoble tête,
Les oreilles inondées de diarrhée auditive,
Et s’en allait vaquer à ses occupations :
Une expo de street-art, un pic-nic citoyen,
Une marche anti F-Haine, un court-métrage libyen,
Ou encore son mi-temps en communication.
Bref, il accomplissait sa noble destinée ;
Sa vie, on le voit bien, était une épopée,
Une série d’exploits, de drames, une odyssée,
Un chef-d’œuvre de goût, de grâce et de beauté.
Cet inouï connard est le reflet flatteur
De notre belle époque, et de sa vraie grandeur ;
Ce crétin solennel, cet infini branleur
Incarne, mieux que tous, notre idée du bonheur.
Darwin avait raison : l’homme est toujours plus fort :
Après la Renaissance, après le siècle d’or,
Le siècle des Lumières, après les Découvertes,
Voici venu le temps du bipède à roulettes.
Des prestiges modernes illustre ambassadeur,
Ce crétin dédaigneux en est l’ultime honneur,
Et c’est l’humanité dans toute son ampleur
Qui se récapitule dans ce trottinetteur.
Beethoven
Il s’en est fallu de peu que je ne mette fin à mes jours. C’est l’art, lui seul, qui m’a retenu. Il me semblait impossible de quitter ce monde avant d’avoir donné tout ce que je sentais germer en moi.
Ludwig van BEETHOVEN
Je voudrais exprimer ma gratitude. Mon infinie reconnaissance pour certains hommes qui, lors de leur fugace vie terrestre, embellissent à jamais le monde. Ils lui insufflent leur vigueur, l’augmentent de leur esprit, le rehaussent de leur grâce. Par leur habileté et leur persévérance, ils enrichissent les siècles des trésors de leur âme. Maillons précieux, irremplaçables, ils sont les rares dont on peut dire, en s’en réjouissant : « Après lui, rien ne sera plus comme avant ». L’humanité qui vécut avant eux est donc à plaindre, privée qu’elle fut des merveilles qui jaillirent de leur inspiration.
Pour être tout à fait juste, ces êtres d’exception font bien plus qu’embellir le monde : ils sauvent l’humanité. Ils la sauvent de la laideur, de la tristesse, de l’accablante routine de la médiocrité. Ils mettent en échec la paresse et l’ennui. Ils terrassent la mesquinerie, triomphent de la bassesse et de la fatuité. Avec eux tout est grand, tout est beau, tout est noble.
Respirent-ils encore, à l’heure où nous parlons ? Ou nous ont-ils précédés il y a bien longtemps ? Peu importe, à vrai dire : leurs œuvres sont les preuves vivantes, là, sous nos yeux, dans nos oreilles, dans nos cœurs, que la vie humaine, cette lutte harassante et absurde contre le malheur, peut être victorieuse. Que la beauté et la grâce peuvent l’emporter sur l’amertume et la douleur. L’énergie, la ferveur qu’ils opposent — ou opposèrent — à la lancinante tentation du laisser-aller, de l’engourdissement, de la prostration, sont tout entières passées dans leurs œuvres. Et donc à la postérité. Voilà, grâce à eux, c’est prouvé, l’homme n’est pas voué au néant. Par l’attention, par l’effort, par leur curiosité insatiable et leur soif d’exprimer, ils ont transmis la vie à leurs œuvres. Ils sont la victoire de la vie sur la mort.
Avides de sentir, d’observer, d’exprimer, il semblent sans limite pouvoir se déployer. Ils n’en ont jamais fini avec l’expression. Avec la forme. Avec les formes… Eternelle insatisfaction du génie. Eternelle voracité, aussi. Jamais rassasiés, ces observateurs frénétiques examinent, scrutent, contemplent, jugent, critiquent, se réjouissent, se révoltent, rien ne les laisse indifférents, tout à leurs yeux est digne d’attention. Rien ne leur est plus étranger que l’inertie, la passivité, l’approbation bovine du cours des choses. Constante effervescence. La fièvre est leur état naturel. Leur vie une ivresse permanente. Grâce à cette prodigieuse attention au monde, eux voient. Ils voient ce que le commun des mortels ne remarque même pas, car ils ont conservé intacts ce sens du détail, cette curiosité, cette capacité d’étonnement que tant d’humains abandonnent en même temps que leur enfance (si l’on peut dire : en vérité, la plupart se débarrassent volontiers de cette rare qualité de leur enfance, mais en conservent les innombrables défauts). Leur acuité d’observation, leur sens exquis du Beau les font remettre en cause les plus solides consensus, hurler de choses qui ne choquent personne, et s’indigner quand tous se résignent — est-il besoin de préciser que leur indignation n’a rien à voir avec l’indignation moutonnière des rebelles homologués façon Hessel le Résistant Sanctifié ? Ils sont la clairvoyance, ils sont la lucidité, mais voir ne leur suffit pas : ce qu’ils voient, ou plutôt ce qu’ils ressentent en voyant, il faut qu’ils l’expriment. Désir irrésistible. Devoir impérieux, serait-on même tenté de dire, si l’on ne craignait de verser dans le stéréotype romantique de l’art comme sacerdoce…
Quoi qu’il en soit, ces esprits enflammés ne cessent de chercher — que dis-je, ils trouvent, ils ne cessent de trouver — la forme adaptée à l’expression de leurs émotions et de leurs pensées. Mais « adaptée » n’est pas « parfaite » : ils le savent. Mieux que quiconque. Mieux que quiconque ils connaissent l’imperfection humaine. Mieux que quiconque ils savent qu’aucune forme ne les satisfera jamais ; que tant qu’ils vivront, telle émotion, qu’ils avaient domptée par tel chef-d’œuvre, reviendra les assaillir ; qu’il leur faudra de nouveau relever le défi de l’expression ; de nouveau dire, traduire, transcrire, transposer, répéter, ré-exprimer ; et de nouveau gagner, bien sûr.
Leur vie est une guerre sans fin dont ils remportent toutes les batailles. Une guerre dont chaque victoire les fortifie, enrichit leur arsenal technique, renforce leur puissance d’expression, et affine encore leur sensibilité. Une guerre ? Oui, une guerre. Notre époque d’affadissement niais, d’édulcoration frénétique, d’euphémisation enragée peut bien détester ce mot, comme elle déteste toute formulation un peu vigoureuse de la réalité, peu m’importe sa réprobation : c’est bien d’une guerre qu’il s’agit. D’un antagonisme radical avec le réel. D’une insatisfaction permanente envers le cours des choses, et d’une volonté vivace et tenace de les changer. Sans les esquiver. Différence essentielle entre l’artiste et l’enfant (quel que soit son âge…) : confronté aux vexations de la réalité, ce dernier choisit la fuite et les chimères consolatrices (à moins qu’il ne décide tout simplement de se venger en la détruisant) ; l’artiste les dépasse. Il ne se dérobe pas : il regarde la réalité en face, l’intègre et la surmonte. Aux inévitables déceptions du réel, il oppose sa lucidité et son imagination, quand la plupart des bipèdes se réfugient dans le déni et l’utopie (les deux ferments des grandes catastrophes). Contrairement au sourd désir qui, plus ou moins consciemment, travaille les adultes infantilisés de notre époque, sa volonté n’est pas de supprimer le réel et ses contrariétés : c’est de le vaincre. D’être meilleur que lui. De prouver par ses créations qu’on peut faire mieux. Par son refus obstiné de consentir à l’ordre du monde — tout en en acceptant les règles du jeu — il l’augmente et l’embellit. Ce faisant, il ne s’oppose pas à Dieu, bien au contraire : il le prolonge, bien humblement. « Dieu semble les produire afin de se prouver », disait d’ailleurs Théophile Gautier des artistes, des vrais… Pour le dire autrement, ce que le véritable artiste oppose au réel, ce n’est pas le « non » capricieux et dévastateur de l’utopiste, encore moins le « non » stérile et moutonnier du rebelle de plateaux-télé ; c’est le « non » fécond du créateur. Négation = création. Son insatisfaction vis-à-vis du réel, il ne l’exprime pas vainement par l’aigreur, la colère ou la violence ; il la résout par l’effort, la persévérance et surtout le talent. A la lassitude, à la confusion du monde, il oppose son sens acéré de l’observation, son imagination ardente, et son habileté sans limite pour l’expression. Par sa ténacité et sa puissance, il imprime au réel son sens du sublime : s’il le change, ce n’est que pour le magnifier, jamais pour le rabaisser. L’art est un témoignage de la grandeur de l’homme. A notre époque de sécheresse d’invention, où tout un tas de merdeux impuissants tiennent le haut du pavé et font passer leur stérilité pour le nombril artistique du monde, il est donc plus que jamais vital. Sans art, en effet, sans cette preuve que l’homme est capable de grâce, il n’y aurait plus beaucoup de raisons d’espérer. Mais heureusement, ils sont venus, ils ont vaincu, nous les avons rencontrés, nous sommes sauvés.
Puisque j’en suis à évoquer notre époque de nains, j’en profite pour balayer un lieu commun que l’anthropoïde moderne, ce fier ennemi de tous les stéréotypes, de toutes les idées reçues et de tous les préjugés, radote pourtant avec une belle docilité. Il y a en effet de nos jours un consensus de fer pour dire que Rubens, Rembrandt, Raphaël, Le Corrège, Le Pérugin, Le Titien, Tintoret seraient des grands noms de la peinture classique. De même Beethoven, Mozart, Chopin auraient fait de la musique classique. Baudelaire serait un auteur classique. Et Molière, alors ? Ultra-classique !
Je ne sais pas vous, mais moi, quand j’entends « classique », je n’entends pas vraiment un compliment. Surtout à notre époque, où rien ne vaut que ce qui est réputé atypique, décalé, novateur, subversif, dérangeant, sortant des sentiers battus. Quand j’entends classique, j’entends banal, académique, conformiste, impersonnel, insipide, rébarbatif, plat. Rien de très séduisant. Tout se passe comme si l’on voulait faire accroire l’idée que les plus grands génies que la Terre ait portés, les hommes les plus originaux, les plus accomplis, les plus individuésqui aient jamais existé ne formaient qu’un troupeau uniformisé de pauvres types un peu désuets. D’ailleurs, un autre cliché bien ancré dans les cervelets contemporains est que tout art âgé de plus d’un siècle serait un art pour vieux (au sens péjoratif, évidemment, que notre fraternelle époque donne à ce terme). Les Beaux-Arts ? Des croûtes pour vieux ! La musique classique ? De la musique de vieux ! Et en effet, on ne peut que constater que Mozart est mort à l’âge vénérable de 35 ans. Que Raphaël, peintre sénile, a poussé jusqu’à 36 ans. Et ne parlons pas de Chopin, pianiste mort gâteux à l’âge de 39 ans. Ah, non, j’oubliais, Baudelaire pousse encore plus loin, lui qui s’en est allé à l’âge de 46 ans. Quant à Chassériau, ce petit vieux est parti à 37 ans… Et Géricault, alors ? A 33 ans, enfin, il s’en est allé !…
Alors pourquoi ? Pourquoi ces stéréotypes ? Pourquoi « classique » ? Pourquoi ce qualificatif dépréciateur pour désigner les productions les plus enivrantes du génie humain ? Car qu’y a-t-il, en vérité, de moins classique que la musique classique ? De moins conformiste, de moins académique ? Qu’y a-t-il de moins impersonnel que ces jaillissements de fougue, ces explosions d’ivresse, ces sanglots déchirants ? Qu’y a-t-il, au contraire, de plus original que les tempéraments de feu qui s’expriment dans ces chefs-d’œuvre ? Qu’y a-t-il, je vous le demande, de plus radical que ces vies intérieures d’une densité inouïe ? Oui qu’y a-t-il, si l’on tient vraiment à utiliser les adjectifs galvaudés de notre époque, de plus créatif que leurs inventions ? De plus novateur que leurs ouvrages ? De plus fantaisiste que les fruits de leur imagination ? Qui, mieux qu’eux, est sorti des sentiers battus ? Qui a plus innové ? Inventé ? Créé la sensation du nouveau ? Mais ce sont eux, bon sang, les vrais créatifs ! L’originalité, la vraie ! Ah, c’est sûr, pas l’originalité mimétique des bobos à bérets et autres moutons à lunettes carrées ! Pas celle des sosies à chapeau format Télérama, ni des clones à grosse barbe invités sur Nova ! Pas l’originalité d’emprunt de ces bataillons de castrés à lavallière qui, tout en se plagiant mutuellement, sont persuadés d’être dotés d’une riche individualité. Les artistes, les vrais, n’ont rien à voir avec ce ramassis de cabotins, de courtisans serviles, lèche-cul de producteurs ou larbins d’éditeurs n’existant que par l’amplification médiatique qui est faite de leur néant. Ils n’ont rien de commun avec ces morveux infatués qui confondent leur déjections narcissiques avec des productions artistiques ; rien de commun avec ces porcs impuissants que sont la quasi-totalité des prétendus « artistes » d’aujourd’hui — j’excepte bien sûr Amy Winehouse et quelques autres miracles. Ils sont l’antithèse même de ces personnalités délavées, de ces produits ultra-marketés qui disparaîtront dès que le système cessera de soutenir leur imposture. Les artistes dont je parle tiennent tout seuls. Par eux-mêmes. Par leur puissance. Par la consistance de leurs créations. C’est ce que tous les artistes à chapeau, tous les petits génies en CDD de notre époque ne peuvent supporter. L’existence de grands artistes est un affront à la prétention de ces vaniteux indécrottables. La comparaison avec eux une implacable humiliation. Il faut donc s’employer à les dissimuler. En parler le moins possible. Les enfouir dans le passé. Organiser méthodiquement leur méconnaissance en les figeant dans une réputation bien ronflante ; ou, à défaut, les dénigrer au maximum. Disqualifier leur existence, rabaisser la portée de leurs œuvres.
C’est de cette haine jalouse que procèdent les médisances du nain Sartre contre le géant Baudelaire. C’est elle qui est à l’œuvre dans les attaques de tant de roquets ineptes contre Céline. C’est elle encore qui s’exprime quand dans les plus belles églises de Venise, des « artistes » contemporains stériles et déprimés imposent aux visiteurs leurs chefs-d’œuvre de vacuité, et tentent de les mettre en équivalence avec les trésors d’humanité environnants. Enfin, on ne m’empêchera pas de penser que c’est cette même fièvre débineuse qui sous-tend l’emploi de vocables dévalorisants pour évoquer les ouvrages des grands maîtres.
Tout objet, en effet, est déjà préjugé par les termes dans lesquels on nous le présente. Le choix des mots n’est jamais anodin. Ces derniers conditionnent notre perception, notre opinion, notre jugement. Puissance redoutable de la sémantique. Il n’y a pas de langage neutre. Ainsi, qualifier de « classiques » les productions d’un artiste, c’est nous en donner un a priori assez peu bandant. Comme si on allait avec lui se coltiner de longs développements fastidieux, des platitudes sans fin, de longues minutes navrantes et soporifiques. C’est d’ailleurs à ce cliché que s’arrêtent la plupart des gens. Et se privent ainsi de plaisirs sensationnels. Mais après tout ça les regarde.
Moi, en tout cas, je ne suis pas près de vivre loin de ces mondes de voluptés suprêmes, d’émotions surpuissantes et de beautés renversantes qu’ont créés les génies. Pas près de passer une journée sans leur art, cette ivresse dont on ressort grandi. Pas près de décliner leurs perpétuelles invitations à la folie, qui sont aussi et avant tout des incitations à grandir, à s’élever, à prendre de l’ampleur. Non, ce n’est pas demain que je me priverai du réconfort de ces hommes qui redonnent foi en l’homme.
Parmi ces êtres glorieux, ces sommets de puissance et de délicatesse, il en est un qui dépasse tous les autres, tous modes d’expression confondus : c’est Ludwig van Beethoven. Plus grisant, plus émouvant encore que les quelques prodiges offerts par les siècles, Beethoven est l’artiste suprême — c’est-à-dire, avant tout, un homme profondément imparfait. Tempérament brûlant, impétueux, à la fois brutal et immensément sensible, capable de la plus folle élégance comme de la désinvolture la plus abrupte, cet homme miraculeux a tout vécu, tout ressenti, tout exprimé. De la détresse la plus lugubre à la joie la plus radieuse. Du plus sombre abattement au sentiment de triomphe le plus grandiose. Il suffit d’écouter ses morceaux, ces tourbillons de joie, ces flambées d’euphorie, ces explosions d’ivresse auxquels succèdent brusquement des sanglots craintifs, des gémissements anxieux, des élans sombres et tourmentés…
… restons entre esthètes : la suite est réservée à ceux qui savent vraiment apprécier ma plume. Explications :
« La seule manière de gagner de l’argent est de travailler de manière désintéressée. » Je révère Baudelaire, mais je dois me résoudre à cette désillusion : Baudelaire avait tort. Pour écrire, j’ai ruiné ma carrière. J’ai tiré un trait sur les gros salaires que me promettait mon gros diplôme de grosse école d’ingénieurs. Et je vais au devant de procès, d’intimidations, de saccages de ma vie sociale et de tourments en tous genres… J’en suis donc arrivé à me dire, peut-être orgueilleusement, que l’ivresse de mes textes valait bien celle d’un demi-demi de bière. Par mois… Et je me suis même dit, peut-être ingénument, que ceux qui m’appréciaient seraient heureux de pouvoir me témoigner leur gratitude par ce petit geste. Un petit geste pas si petit, à l’aune de l’effet qu’il aurait sur ma confiance et sur mon engagement… Un petit geste qui pourrait susciter de grandes choses… car si écrire est une activité solitaire, on est bien moins fécond lorsqu’on écrit dans le désert… Merci d’avance, donc, à ceux qui estimeront que mon temps, mes efforts, mes sacrifices, et surtout le plaisir qu’ils prennent à me lire valent bien ce petit geste de reconnaissance. Et d’encouragement. Car je ne sais pas si vous avez remarqué, mais en ce siècle barbare, les belles plumes sont une espèce de plus en plus rare… une espèce menacée…
Ce texte fait partie de l’ouvrage :
Evidemment
Le mouton
Un chapeau reflétant mon esprit atypique,
Une barbe touffue, car je suis un artiste,
Et une lavallière car si, vraiment, j’insiste :
J’ai une âme d’artiste, bohème et excentrique.
Ah, j’allais oublier mes lunettes carrées,
Signe, vous le savez, d’originalité,
Et puis mon pantalon vert-pomme acidulé
Soulignant ma très forte personnalité :
Je suis, n’en doutez plus, un être décalé,
Un esprit sans pareil, fantasque et singulier,
Un caractère unique, et bouillonnant d’idées
(Si je n’étais modeste, je dirais un surdoué).
Ma grandiose existence, ma noble destinée
Se déroulent ici, dans un écoquartier
Muni de bâtiments tous écobrevetés
Avec tri des déchets éco-optimisé.
Je m’y tiens informé des derniers éco-gestes
Qui, en diminuant mon empreinte carbone,
Démontrent que j’agis pour sauver la planète.
Et puis tous les trois mois je change de smartphone.
En écocitoyen éthique et responsable,
J’achète uniquement des produits équitables
Flanqués du beau label « Développement durable » ;
Je suis, vous le voyez, une âme charitable,
Dont l’éventail des dons, des grâces et des bontés
Dépasse largement ma belle éco-conscience :
Par mon esprit critique et par ma clairvoyance,
Je suis l’incarnation d’une lucidité
Qui me confère un rôle d’éveilleur des consciences :
Ayant fait HEC je sais ce que je dis ;
Etant très diplômé j’ai très bien tout compris ;
Chacun gagnerait donc à écouter ma science,
A m’approuver avec respect et déférence,
A s’extasier de mon immense intelligence,
A dire Amen à mes appels à la prudence.
Car oui, mes frères, l’heure est à la vigilance :
Les Saintes Écritures, enfin Libération
M’apprennent avec effroi que le péril fasciste
Sous les dehors trompeurs d’un parti populiste,
Fondé en 72, de collaboration,
Menace notre pacte et notre cohésion.
Misant sur l’ignorance de nos plus sombres heures,
Flattant les bas instincts et surfant sur les peurs,
Il multiplie mensonges et simplifications ;
Mais grâce aux cours d’Histoire de mon Libération
J’ai appris à déjouer leurs manipulations :
Je sais qu’eux au pouvoir, toute l’immigration
Serait déportée en camps de concentration.
Oui, j’ai compris derrière leurs désinformations,
Leurs falsifications, leurs intoxications,
Que tous leurs amalgames et stigmatisations
Annonçaient un projet d’extermination.
Quoi ? Ne flairez-vous pas ce parfum d’années trente
Préludant au retour d’Hitler, Vichy, Papon ?
République en danger, relents nauséabonds !
N’éprouvez-vous donc pas une froide épouvante
Devant ces électeurs, ces beaufs intolérants,
Ces salauds sans cerveau, sans âme, sans culture,
L’esprit plein de fantasmes et de caricatures ?
Ne voyez-vous donc pas comme ils sont méprisants ?
Ne sentez-vous donc pas la haine qui les ronge,
Leur hargne, leur fureur, fruits de leur ignorance ?
Ecoutez leurs discours saturés de violence,
Leurs insultes infamantes, leurs calomnies immondes !
Mais oublions ces porcs, ces franchouillards moisis,
Et rendons-nous plutôt au Mac Val de Vitry,
Espace d’émergence pour œuvres originales
Dans un contexte fort de mixité sociale :
Admirons en silence ce caca de Basquiat,
Prosternons-nous devant ces sacs plastiques en tas,
Glorifions cet amas de béton et gravats,
Et gavons-nous à mort de merda d’artista !
Puis une fois sortis de ce lieu enivrant,
Le cerveau bouillonnant de joie et de gaieté,
Et l’esprit élevé par toutes ces beautés,
Faisons un tour en ville et rencontrons les gens ;
Oui, comme les Inrocks allons dans les cités
Constater qu’il n’y a pas d’insécurité,
Que la concorde y règne, et que loin des clichés,
Le vivre-ensemble, ici, devient réalité.
Ouh là ! Euh… pas longtemps, car la nuit va tomber…
Ça suffit ! Rentrons vite à Saint-Germain-des-Prés !
Ah, ça va mieux ! Enfin… euh… je suis soulagé…
Euh, quoi, que dis-je ?… Ah oui : « Vive la diversité ! »
Voilà, c’est ça, et puis : « Il n’y a dans les cités
Ni communautarisme, ni insécurité » ;
Le « chaos des banlieues » est un mythe inventé
Par quelques vieux réacs, tout recroquevillés :
Nos gouvernants plutôt que de stigmatiser
Les violeurs, les tueurs, la petite délinquance,
Feraient mieux de s’en prendre à une vraie violence :
Celle des parents fous qui mettent des fessées.
A-t-on réalisé l’intense traumatisme
Que ressent un enfant qui prend une fessée ?
Il faut donc en urgence et en priorité
Combattre sans merci ces actes de sadisme ;
Nous y consacrerons tout l’effort de justice ;
Les violées attendront, les torturées aussi ;
Les assassins prendront seulement du sursis
Pour céder leur place aux auteurs de ces sévices
Qui y retrouveront les délinquants routiers,
Eux aussi grands fléaux de notre humanité
Qui se mettent en tête, non mais a-t-on idée ?
D’aller plus vite que la norme autorisée.
Voilà les criminels les plus préoccupants ;
Il faut s’y attaquer sans faiblir et aussi,
Au mépris du danger, combattre les nazis.
Comment ça ce n’est pas le danger du moment ?
Ah, que j’ai en horreur le négationnisme !
J’entends le fait de nier les crimes du fascisme
Ou de banaliser les horreurs du nazisme.
Pardon, que dites-vous ? J’oublie le communisme ?
Comment ça le goulag ? C’est un point de détail !
Femmes, enfants torturés ? Juste un point de détail !
Et les gaz asphyxiants ? Oh là, que de détails !
Cent-vingt millions de morts ? Merde à la fin : détails !
Que dites-vous ? Peine de mort pour les mineurs ?
Et puis aussi, semaine de quatre-vingts heures ?
Payée nada, et en fusillant les râleurs ?
Que fait la CGT ? Fermez-la, emmerdeur !
Quoi, encore ? Viols de masse ? Arrêtez les détails !
Famine, cannibalisme ? Oh, trêve de détails !
Déportations de masse en wagons à bétail ?
C’est un point de détail ! Juste un point de détail !
Tenez-vous le pour dit, et répétez-le bien :
La communisme n’a pas de sang sur les mains !
Et comme disait Sartre, un grand homme de bien :
Tout anticommuniste est un ignoble chien !
Viva Che Guevara, Lénine, Mao, Pol Pot !
Cessez de calomnier ces hommes bienfaisants,
De salir la mémoire de ces gens innocents,
Et dénoncez plutôt les vrais, les grands despotes :
Dans notre société la femme est opprimée
Victime d’un complot facho-patriarcal
Visant à promouvoir la domination mâle
Et à perpétuer les inégalités :
Ces fumiers de Français, en plus d’être racistes
Et de flirter avec des partis populistes,
Ont l’esprit saturé de préjugés machistes,
D’idées moyenâgeuses et de clichés sexistes.
J’en veux pour preuve, entre autres, un constat alarmant :
Quatre-vingt-dix pour cent des gens interrogés
Sont si endoctrinés qu’ils persistent à penser
Qu’il faut être une femme pour être une maman.
D’autres, encore plus givrés, estiment qu’un enfant
Se porte d’autant mieux qu’il a ses deux parents ;
Pas un, pas trois, pas huit, non, juste deux parents,
Equipés, de surcroît, de sexes différents.
Il faut de toute urgence tuer ces préjugés !
Innover, balayer ces idées arriérées !
Abolir le vieux mythe des corps différenciés
Et la fable de la complémentarité !
Briser le monopole de la reproduction
Que les hétéros croient leur être réservée
Pour faire reculer les inégalités
Et en finir avec les discriminations !
Adoptons sur l’humain un regard non genré !
Cessons de le voir comme un être sexué
(Tout en nous assurant avec férocité
Que les quotas de femmes sont partout respectés).
Et marions les homos, même contre leur gré
Pour que les hétéros, ces salauds d’enfoirés
Cessent enfin, ces ringards, de se constituer
Un monopole sur le droit de divorcer.
Et de toute façon c’est le sens de l’Histoire ;
Saint Progrès le commande, comme Sainte Télé,
Et c’est la volonté de Sainte Égalité :
Je ne peux qu’être pour, applaudir et y croire.
Pour, je suis toujours pour, pour l’approbation,
Pour dire oui à tout, et sans hésitation,
Au nouveau, au progrès et à l’innovation
A ce qui bouge bien, aux bonnes vibrations ;
Je suis pour avancer et aller de l’avant,
Bouger, évoluer et vivre avec son temps,
Positiver, sourire, et puis aimer les gens
(Sauf, bien sûr, ceux qui pensent un peu différemment).
J’adore mon époque, oui, j’aime à la folie
La convivialité, les projets citoyens,
Les débats sur le web, riches en contacts humains,
Et je jouis quand j’entends le mot « démocratie » ;
Je pâme quand j’entends le mot « égalité »,
Je frétille à l’idée de solidarité,
Je prends mon pied dans le soutien aux sans-papiers,
Mais l’orgasme c’est quand on me dit « parité ».
Venez, rejoignez-moi dans mon monde enchanté
Où tout est tolérance, amour, diversité,
Et conduisons ensemble avec ténacité
La lutte du progrès contre les préjugés.
Ensemble nous serons l’humanité nouvelle,
Pétrie de féminisme, ivre de parité
Sportive et solidaire, cent-pour-cent connectée,
Tweeteuse citoyenne, engagée et rebelle.
Nous formerons ensemble un puissant collectif
De tweeteurs philosophes, tweeteurs écoptimistes,
Tweeteuses vigilantes, tweeteuses antiracistes,
D’esprits indépendants, puissants et créatifs ;
Nous nous glorifierons de nos idées nouvelles,
Nous nous pavanerons dans nos belles nuées,
Et veillerons surtout à ne jamais croiser
Le fasciste, l’odieux, le scandaleux réel.
Coup d'Etat
De la bébélâtrie à la barbarie
Les discours actuels de négation de la différence des sexes, en particulier via la ringardisation des rôles parentaux différenciés, mènent bien sûr à la ruine de ce processus essentiel pour la structuration psychique de l’enfant. Les experts appointés du Monde qui encouragent papa à pouponner plus que maman, les équipes de chercheursqui établissent scientifiquement que le père peut intégralement, et sans dommage pour l’enfant, se substituer à la mère, les membres honoraires du Charlatans Institute of Toronto qui révèlent que la sexualisation des rôles n’est qu’une théorie misogyne destinée à promouvoir une société patriarcale heureusement en voie d’extinction, tous ces apparatchiks du néo-matriarcat contribuent à maintenir les humains en enfance. L’adoption par les couples homosexuels, qui fait hurler tant de papas-poussette, n’est en définitive que l’aboutissement logique de cette entreprise d’effacement de la division des sexes. Elle est le point culminant d’un travail de disqualification des rôles parentaux qui ne date pas d’hier… Elle est le coup de grâce porté à une figure paternelle déjà détruite depuis longtemps, bien souvent avec la complicité objective de ceux qui soudain s’en affolent.
En effet, nombre de ceux qui applaudissent depuis des années à la disparition du rôle spécifique du père, qui s’enchantent qu’un nombre croissant de pères au foyer se substituent littéralement à la mère, qui s’extasient de la multiplication des papas-kangourous solitaires, nombre de ceux qui en somme approuvent de toutes leurs forces l’indifférenciation sexuelle des parents, voient en revanche d’un mauvais œil que deux hommes se voient confier l’éducation d’un enfant. Au nom de quoi, au juste ? Puisque à leurs yeux la différence des sexes ne compte pas, puisque une distinction nette des rôles des parents selon leur sexe n’a aucune importance dans le développement de l’enfant, puisque un homme peut tout à fait être une mère comme les autres, quelle raison valable ont-ils de refuser à deux hommes le droit de materner un enfant et de le faire dormir entre eux ? Certains objecteront peut-être que l’adoption homosexuelle bafoue le besoin pour l’enfant de connaître sa filiation. C’est vrai ; mais quel est-il, ce besoin, en regard de celui de percevoir sans ambiguïté la différence des sexes ? Comment peut-on s’épouvanter, à juste titre, de la disparition de la filiation, mais accepter sans broncher la confusion des rôles des parents ?
Il est grand temps de réaliser que le règne des papas-poussette n’était que le prélude à l’avènement des papas-gays ; que le relativisme professé par le premier faisait le lit du second. Grand temps de comprendre que ceux qui nient que la confusion des rôles parentaux soit pour l’enfant la source d’une grande souffrance, et ceux qui souhaitent éperdument l’adoption par les homosexuels, se battent du même côté. Il est grand temps de prendre conscience qu’on ne peut à la fois se féliciter du saccage de la figure paternelle, et se plaindre que sur ses ruines prolifèrent les revendications des lobbies homosexuels. Ou encore, pour paraphraser Bossuet : on ne peut chérir les causes et abhorrer les conséquences. Il faut tout prendre, ou tout laisser.
Etre applaudi sans avoir rien fait, célébré pour s’être connecté, glorifié pour avoir étalé les détails les plus futiles de son existence, voilà qui rappelle furieusement le traitement normalement réservé aux jeunes enfants (à juste titre en ce qui les concerne). Pas étonnant que toute critique de Clonebook donne lieu aux dénégations féroces qu’on sait ; que tant de gens, passés maîtres dans l’aveuglement volontaire, s’obstinent à radoter que Clonebook n’est qu’un outil, « un simple outil pratique pour retrouver ses amis et organiser des soirées ». Rien de plus compréhensible que ces réticences à regarder en face l’image à la fois risible et terrifiante de la nouvelle humanité que nous renvoie Clonebook. Rien de plus naturel que de contester toute remise en cause de ce dont on est devenu dépendant…
Se rendre à la FNAC, par exemple, un samedi après-midi, rayon tablettes, et savourer ces faces bovines, ces yeux éteints, ces gueules d’envoûtés devant les jolies couleurs qui jaillissent des écrans. Ne jurerait-on pas, alors, qu’on se trouve dans une crèche ? N’a-t-on pas l’impression qu’un gros « Areuh ! » va bientôt sortir de ces tronches épatées ? Puis aller faire un tour au rayon consoles de jeu. Se délecter du sérieux obtus de ces grands poupons qui, harnachés de capteurs, multiplient les contorsions absurdes pour gagner 30 000 points. Plus drôle encore, déguster dans le métro le spectacle d’un forcené agitant comme un dingue ses doigts sur son iPhone pour détruire je ne sais quel vaisseau spatial (enjeu majeur, s’il en est, pour un homme de 35 ans). On pourrait poursuivre ainsi pendant des pages : la liste des occasions de rire qu’engendre l’infantilisation est infinie. Et c’est encore, c’est toujours la meilleure réaction qu’on puisse avoir face à la débâcle de l’humanité : rire. Rire pour rester vivant. Rire pour rester humain. Alors rions. Rions de ces poupons qui s’ignorent, rions de leur sérieux, rions de la fierté délirante de ces grands hébétés. Rions, rions encore, même si ce n’est qu’en tremblant : il faut en effet être aveugle pour ne pas voir, derrière leur bouffonnerie, poindre la barbarie.
Déroute
c’est le moyen le plus éprouvé de la lutte bolchevique »
Lénine
— Eh bien quand, dans un litige, une partie détient des éléments essentiels de l’instruction et les « perd », l’observateur lambda ne peut s’empêcher de trouver ça louche… de s’imaginer qu’elle cherche ainsi à faire disparaître des vérités gênantes… défavorables… Ce qui tend, en creux, à accréditer les dires de la partie adverse… à plus forte raison quand les accusations de celle-ci portent justement sur la déformation de faits. En tout cas, celle-ci peut alors ressentir l’impression qu’on la prend pour une idiote… qu’on tente avec elle le coup du « plus c’est gros, mieux ça passe »… Et ça ce n’est pas très respectueux, vous comprenez ? Parce que déjà, en général, les gens n’apprécient pas tellement qu’on leur mente ; mais alors qu’en plus on ne fasse pas l’effort, quand on les baratine, de leur concocter un beau bobard bien fignolé, c’est ajouter le mépris au mensonge. Ce qui frise l’insulte. Et peut énerver…



