Les vrais racistes

 « A quelques uns l’arrogance tient lieu de grandeur, l’inhumanité de fermeté, et la fourberie d’esprit. »
La Bruyère

« Les électeurs de Marine Le Pen sont des demeurés » ; « Les électeurs de Marine Le Pen ont un QI de bigorneau » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont débiles » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont racistes » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont des salopards ».
Moi qui croyais qu’il ne fallait pas stigmatiser. Ni faire d’amalgame.
Moi qui croyais qu’il fallait tordre le cou aux préjugés. En finir avec les clichés d’un autre âge.
Moi qui croyais qu’il fallait être tolérant. Fraternel. Ouvert à la diversité.
J’ai dû mal entendre. Ou mal comprendre. Il faut dire que je suis un de ces 15 à 20 millions de semi-débiles qui envisagent de voter pour Marine Le Pen. Je suis donc trop sommaire pour saisir les subtilités de la fraternité sélective que nos chantres de la Tolérance mettent en œuvre au quotidien, sans même s’en apercevoir. Oui, j’ai beau retourner le concept dans tous les sens, mon cervelet d’abruti ne parvient pas à résoudre cette contradiction : la tolérance à géométrie variable de nos humanistes officiels me semble antinomique. L’exacte antithèse de la tolérance, même. Je suis décidément un être bien basique.
Malgré tout, quand ils sont en forme, mes maigres neurones de raciste obtus et illettré m’autorisent à produire quelques embryons de pensée. J’essaie, alors, d’imaginer le scandale que susciteraient les amabilités déployées contre les électeurs de Marine Le Pen, transposées à d’autres catégories de population. Je sais pas, moi, les hindouistes… Ou les Bretons… Ou, pourquoi pas, les homosexuels. Ou les musulmans, tiens.
Oui, j’essaie de me figurer les réactions médiatiques et politiques si on remplaçait « électeurs de Marine Le Pen » par « homosexuels » ou « musulmans » dans des phrases comme : « Les électeurs de Marine Le Pen ont un QI très en dessous de la moyenne » ; « Les gens peu intelligents sont les plus enclins à devenir électeurs de Marine Le Pen » ; « Les électeurs de Marine Le Pen, c’est la France rabougrie, la France du repli sur soi, la France de la haine » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont recroquevillés sur eux-mêmes » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont nauséabonds » ; « Les électeurs de Marine Le Pen sont des fascistes qui s’ignorent ou s’assument » ; « Les électeurs de Marine Le Pen ne comprennent rien au monde dans lequel nous vivons » ; « Les électeurs de Marine Le Pen adorent qu’on flatte leurs bas instincts ».
Je me dis, déjà, qu’il y aurait peu de chances que des paroles aussi odieuses, aussi attentatoires à la dignité des musulmans (ou des homosexuels, ou des Bretons, ou des hindouistes) parviennent à l’opinion ; la censure s’abattrait à juste titre sur de telles horreurs. Et puis, si des propos aussi ignobles étaient publiés, une nuée d’associations vengeresses fondrait sans attendre sur leurs auteurs, et trouverait dans la justice des relais dociles et impitoyables pour les châtier. Poursuites judiciaires, condamnations exemplaires, lynchage médiatique, mort sociale, etc.
Dans un effort suprême, mes deux neurones de beauf analphabète accouchent alors d’une question : pourquoi une telle indulgence envers les propos qui salissent les électeurs de Marine Le Pen, et une telle intransigeance envers ceux qui diffament d’autres catégories de personnes ? Pourquoi cette indignation sélective ?
De même pourquoi, quand un sympathisant de Marine Le Pen (sur plusieurs dizaines de millions) tweete un message raciste, s’empresse-t-on d’affirmer qu’il est évidemmentrévélateur, qu’il traduit sans aucun doute possible la pensée des millions de sympathisants de Marine Le Pen, tandis que des appels au meurtre formulés par certains musulmans ou certains rappeurs contre les kouffars, les sales céfrans et autres faces de craie sont occultés et, les rares fois où les médias en parlent, minimisés, et finalement excusés par les deux commandements de la religion progressiste : « Faut pas généraliser » et « Faut pas faire d’amalgame : ce sont des cas isolés, mais la majorité est irréprochable » ? Pourquoi ce fopagénéraliseret ce padamalgam à géométrie variable ? Pourquoi trouve-t-on les excuses les plus farfelues à un Mehdi Meklat — voire à un djihadiste égorgeur —, et aucune à un électeur de Marine Le Pen ?
Devant ce contraste entre l’extrême sévérité déployée contre les dérapages des uns, et l’extrême complaisance consentie pour l’extrême violence des autres, je me dis que la haine et l’intolérance ne sont pas là où on nous les indique. Ni l’esprit moutonnier. Oui, plus j’observe, plus je me dis que les manipulés ne sont pas ceux qu’on croit.
Plus j’observe, plus je me dis que les vrais suiveurs sont ces perroquets des médias qui, depuis trente ans, récitent bien docilement leur catéchisme médiatique, et en tirent leur petite gratification sociale et narcissique. Ces dociles roquets dressés pour japper « La République est en danger ! » dès qu’ils voient apparaître Marine Le Pen, et obtenir en récompense leur petit susucre moral. Leur tout joli brevet de vertu.
Oui, plus j’observe, plus je me dis que c’est le crâne de ces moulins à propagande qui est rempli de préjugés. Que c’est chez eux que l’esprit critique s’est évaporé. Chez eux que les réflexes ont aboli la réflexion.
Ce sont ces moutons qui ne comprennent plus rien au monde dans lequel nous vivons. Ce sont eux qui sont obtus, fermés, sectaires ; eux qui sont réfractaires au changement ; eux qui refusent d’évoluer, et notamment de reconnaître que leurs caricatures des électeurs de Le Pen ne recouvrent plus aucune réalité.
Chez ces Tartuffe en voie de ringardisation avancée, la réflexion s’est arrêtée il y a trente ans : le consensus les dispensait de penser. Depuis, ils n’ont plus observé la France, encore moins analysé les formidables mutations qui s’y sont produites.
Le cerveau engourdi par leur routine de prêt-à-penser, ils se retrouvent désemparés face au retour en force du réel. Ils sentent enfin, quoiqu’encore confusément, que leurs évangiles médiatiques n’ont jamais rien expliqué ; qu’il ne s’y trouve aucun des outils intellectuels et conceptuels nécessaires pour décrypter le monde. Alors ils s’enferrent dans le déni et le rejet. Ils deviennent violents, insultants, haineux. Méprisants.
Le vrai racisme, il est là.
Le vrai racisme, en 2017, c’est le racisme social de ces grands démocrates qui crachent sur un tiers des électeurs. C’est le mépris de classe de ces grands tolérants qui ne tolèrent que leurs sosies. C’est le sectarisme de ces humanistes mondains qui exaltent la diversité, mais explosent de rage à la moindre divergence d’opinion.
Oui, le vrai racisme, en 2017, il est chez ces champions du padamalgam qui traitent de fascistes tous ceux qui ne « pensent » pas comme eux — c’est-à-dire qui n’ont pas l’esprit formaté comme eux.
Le vrai racisme, en 2017, c’est celui de tous ces compatissants de plateaux-télé qui cultivent une ignorance hautaine et obstinée du calvaire que vivent les Français, pour pouvoir mieux les moquer, les insulter, les humilier. Humiliation d’autant plus répugnante qu’elle s’exerce contre des gens qui sont à terre, et souffrent immensément.
Mais ces considérations n’émeuvent guère nos philanthropes de salon. Elles ne parviennent, au mieux, qu’à leur tirer un rictus de mépris. Ces belles âmes, en effet, n’ont que faire de la détresse des victimes non certifiées conformes : leur seul critère de « compassion », c’est le bénéfice narcissique et social qu’ils peuvent tirer de l’exhibition de leur prétendue compassion.
Dans les semaines qui viennent, ils vont donc déverser leur torrent habituel de crachats sur les électeurs de Marine Le Pen. Ces millions de gens qui aspirent simplement à vivre en paix, et à retrouver un peu de sécurité économique, physique et culturelle, ils vont les traiter de fascistes, de racistes, de nauséabonds, de sous-hommes. C’est leur fonctionnement, depuis toujours : résoudre leur vacuité argumentative par le mépris. Compenser leur absence de réflexion par les sarcasmes. Les intimidations à la place des explications. Les ricanements au lieu des arguments.
Nous allons en entendre beaucoup, de ces ricanements, dans les semaines qui viennent. Nous allons en voir, des bataillons de visages grimaçants, constipés, torturés par les ricanements. Ces ricanements nerveux, derrière lesquels percent la hargne et l’ignorance. Ces ricanements crispés, qui sont le masque de leur haine et de leur impuissance. De leur formidable mépris du peuple.

Experts ou escrocs ?

« Les intellectuels, ne l’oublions pas, ont bien intégré l’idée qu’il faut que les choses paraissent compliquées. Sinon, à quoi servent-ils ? »
Noam Chomsky

Marine Le Pen est nulle, nulle, nulle en économie. Nullissime ! Son programme économique est aberrant, et d’ailleurs il n’existe pas.
C’est les experts immensément doués et parfaitement indépendants des Echos(propriété de LVMH), de Challenges (groupe Nouvel Obs) et de l’Institut Montaigne (le fan-club de Macron) qui nous le disent. Vous savez, tous ces spécialistes incorruptibles qui nous annonçaient le plein-emploi par l’euro, l’apocalypse en cas de Brexit et le chaos économique si, par malheur, le démon Trump l’emportait. Tous ces grands humanistes qui n’ont à cœur que de servir le peuple (et non des intérêts privés, qu’allez-vous imaginer ?), et éclairent ce dernier avec une honnêteté, une transparence et une compétence jamais prises en défaut.
La preuve ? Prenez leurs promesses sur le paradis que devait apporter Saint-Euro : « Avec l’euro, on rira beaucoup plus » ; « L’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité » ; « L’euro est la réponse d’avenir à la question du chômage » ; « L’euro, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité » ; « L’euro, ce sera une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré ».
17 ans plus tard, leur compétence ne fait plus aucun doute : la zone euro affiche la croissance la plus faible au monde. La production industrielle italienne a chuté de 21%, l’espagnole de 15%, la française de 12% ; l’anglaise (sans euro) de… 5%. Dans tous les pays de la zone euro (exceptés l’Allemagne et les Pays-Bas, seuls pays pour lequel l’euro est trop faible et donc dope leurs exportations), le taux de chômage atteint des sommets inédits. En Espagne, la moitié des jeunes sont au chômage ; 1 salarié sur 3 touche moins de 750 euros par mois ; 2 millions de foyers ont tous leurs membres en recherche d’emploi. Y a pas à dire, avec l’euro, on rit beaucoup plus. Au Portugal, 1 salarié sur 5 gagne moins de 400 euros. En France, nous avons 15% de pauvres. 6,5 millions de chômeurs. 85% des embauches se font en CDD. Non, vraiment, tout démontre que l’euro nous protège.
La preuve du pudding, c’est qu’on le mange, disait Engels. De la même manière on pourrait dire que la preuve de l’euro, c’est qu’on travaille. C’est-à-dire qu’on n’est pas au chômage, au RSA, au SMIC, en stage à 28 ans, livreur à bicyclette, dans un « 1 euro job » ou je ne sais boulot uberisé (ce qui, en bon français, se dit « précarisé »).
Je sais bien que nos experts nous expliqueront péremptoirement que la débâcle économique qui a suivi l’arrivée de l’euro n’a rien à voir avec l’euro. Pardonnons-leur : ces brillants experts sont arrivés à de tels sommets qu’ils en ont oublié les bases. Et notamment ce principe économique élémentaire : la force d’une monnaie doit être adaptée aux caractéristiques de la zone à laquelle on l’applique (on parle alors de « zone monétaire optimale »). Par conséquent, doter d’une même monnaie des pays aux économies si dissemblables que la Grèce, le Portugal, la France et l’Allemagne est une aberration économique. Elle repose sur un déni : le déni de la diversité des économies et des peuples d’Europe. Or, en économie comme ailleurs, le déni se paie toujours, et souvent très cher…
Mais, répétons-le, il n’est pas question de mettre en doute l’honnêteté et la pureté d’intention de nos experts : ils n’œuvrent que pour le bien commun. Seulement, ils ont un don prodigieux pour se planter. Ils ne font que ça, depuis trente ans, se planter. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient nuls. Non. Ils sont juste montés à l’envers. Ils prévoient l’avenir, mais en miroir. Ce sont des prophètes à contresens.
Ce qui d’ailleurs, et paradoxalement, les rend extrêmement précieux pour éclairer nos décisions : il suffit de faire l’exact opposé de ce qu’ils préconisent. De prendre la négative de leurs propositions. Ils nous conseillaient d’adopter l’euro ? Il fallait s’en garder comme de chier au lit. Ils nous vantaient la mondialisation heureuse ? Il fallait entendre « mondialisation hideuse ». Ils prônaient le libre échange sans frontières ? Il fallait en toute hâte renforcer nos frontières et nos barrières douanières. Ils exaltaient la concurrence libre et non faussée, et vomissaient le protectionnisme ? Il fallait se dépêcher de mettre en place des mesures de protection de notre industrie et de nos travailleurs. Ils prophétisent l’enfer si nous sortons de l’euro (comme ils nous annonçaient le paradis si nous y entrions) ? Il faut de toute urgence sortir de l’euro.
Dans les semaines qui viennent, il faudra donc écouter très attentivement ces expertocrates. Avec la déférence qui est due à leurs beaux diplômes d’intelligents certifiés conform(ist)es. Pendant qu’ils pontifient, très épatés d’eux-mêmes, on pourra quand même s’amuser à penser à leurs résultats, et savourer le contraste entre leur orgueil inébranlable et leurs échecs systématiques. Puis, une fois identifiées leurs recommandations, on s’empressera de prendre les décisions opposées. Elles ne pourront qu’être meilleures. Pour la plupart, elles seront même excellentes. Puisqu’elles iront à l’encontre de ces gens qui ont tout détruit.
C’est facile, finalement, l’économie, en régime de propagande.

Les soldats japonais

« Marine Le Pen ? A peu près la même politique qu’Adolf Hitler. »
Guy Bedos
« Pourquoi voulez-vous que le peuple français soit le seul qui ait envie
d’avoir une fasciste à sa tête ? »
Jean-Luc Mélenchon

 

Plusieurs années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, des soldats japonais furent retrouvés sur des îles du Pacifique. Ils se tenaient sur le qui-vive, prêts à riposter à une attaque qui tardait à venir ; on avait oublié de les prévenir que la guerre était finie… Pour certains, il fallut développer des trésors de persuasion pour qu’ils acceptent de lâcher leurs armes, et de rentrer à la maison.
Nos résistants anti F-haine sont comme ces soldats japonais. En plus retardataires. Oh, très légèrement : cela fait juste 72 ans que la guerre est finie. Mais nos fiers résistants, qui n’ont décidément jamais un combat de retard, ne l’ont pas encore remarqué.
Pire : leur esprit semble définitivement bloqué avant la Seconde Guerre mondiale. Il faut les voir, en effet, rouler des yeux catastrophés en glapissant que nous sommes dans les années 30, que l’hydre fasciste nous menace, que le nationalisme est en train de nous conduire à la guerre, que nous vivons les heures les plus sombres de notre histoire, que d’ailleurs le Front national a un programme national et socialiste, ça ne vous rappelle rien ?, et autres analyses de haut vol.
Ces braves résistants 2.0 font penser à ces personnages archétypaux de films américains, ces vétérans de la guerre du Vietnam qui, plusieurs années après leur retour sur le sol national, étaient encore victimes d’hallucinations et, en plein cœur de New-York, continuaient de s’imaginer dans la jungle vietnamienne, craignant à chaque instant d’essuyer une attaque ou de tomber dans une embuscade.
S’ils avaient l’excuse d’avoir vécu de telles épreuves, nos résistants en carton mériteraient notre compassion. S’il résultait d’un véritable traumatisme, leur gâtisme antifasciste pourrait nous attendrir. Mais en l’occurrence, il ne parvient qu’à nous étonner. Et, admettons-le, à nous amuser.
Il y a en effet quelque chose d’étonnant à entendre des gens qui se gargarisent d’être toujours à la pointe de la modernité, des progressistes forcenés qui ne cessent d’exalter l’ouverture au changement et la souplesse d’esprit, radoter depuis trente ans le même catéchisme antifasciste. Il y a quelque chose d’amusant à voir ces bataillons de modernistes ébouriffés, ces dévots fanatiques du changement dont le mot d’ordre ultime est « Il faut vivre avec son temps », ressasser inlassablement leur prêt-à-penser éculé sur le F-haine et ses salauds d’électeurs. Tous ces prétendus « branchés » apparaissent étonnamment passéistes. Tous ces avant-gardistes autoproclamés se révèlent être des nostalgiques indécrottables. Ils se croient modernes ; ils sont le comble du ringard.
Non qu’il y ait quelque chose de mal à être passéiste, nostalgique ou ringard, bien sûr. Mais à la longue, ces simagrées antifascistes commencent quand même à devenir gênantes pour ceux qui s’y adonnent. On a envie de leur dire, à tous ces moutons héroïques, que leur ridicule est de plus en plus flagrant ; que cela fait maintenant dix ans que le coton-tige Lionel Jospin — qu’on peut difficilement suspecter de sympathies frontistes — a déclaré : « Avec le Front national, nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste […] Tout antifascisme n’était que du théâtre. ». Dix ans, donc, que le rideau est définitivement tombé sur le théâtre antifasciste. Mais nos résistants tweeteurs et autres mouches du coche n’en démordent pas : le fascisme ne passera pas !
Toute cette comédie, donc, pourrait prêter à sourire. Voir ces perroquets s’agiter pour combattre une menace fasciste aussi inexistante qu’eux-mêmes, et en tirer une jouissance narcissique aussi intense qu’injustifiée, voilà qui devrait constituer une source intarissable de comique.
Mais en l’occurrence, l’élan du rire est brisé par la gravité de la situation. Car pendant que nos résistants s’admirent le nombril, ils ne voient pas les véritables dangers qui se profilent. L’énergie qu’ils dépensent en simulacres de résistance, est perdue pour les vrais combats. Pendant qu’ils se donnent bonne conscience en pourfendant une menace imaginaire, ils laissent prospérer une autre menace, bien réelle, elle…
De cette menace, nos Jean Moulin 2017 ne disent jamais rien. Et quand elle se manifeste, nous livrant un avant-goût des décennies de cauchemar qui nous attendent, leur seule réaction est de nous exhorter à la paix. « Paix », écrivent-ils sur les panneaux et les murs de nos villes, quand surviennent les abominations de Nice ou du Bataclan. « Paix » : voilà la seule réponse de nos héroïques résistants à ces attaques ignobles. Devant une telle détermination, les islamistes doivent être terrifiés… sentir qu’ils rencontreront de solides obstacles à leur joli projet pour notre civilisation…
Nos résistants pacifistes ne semblent pas s’être avisés que quand elle n’est voulue que par une des parties, la « paix » n’est qu’un mot poli pour « soumission ». Tiens, ça tombe bien, « soumission », c’est l’un des sens du mot « islam ». L’autre sens étant « paix ». Le sens global étant : « la paix dans la soumission »…
Voilà, en vérité, à quoi nous exhortent nos intrépides résistants : la soumission, pour avoir la paix. Ce faisant, ils ne font qu’emprunter la voie suivie il y a 77 ans par les collabos : cette voie qui, partant du pacifisme, mène au défaitisme, puis à la trahison… A la collaboration… Si l’on tient vraiment à tisser une analogie entre notre époque et les heures les plus sombres de notre histoire, elle est là, et là seulement.
Que nos néo-résistants profitent donc du prestige social et des brevets de vertu que leur confère leur rébellion dans le sens du vent : cela ne durera pas. Car l’Histoire, cette « redresseuse de torts », finira par tomber le masque de ces Tartuffe. Ce sera un immense éclaircissement. La fin des bavardages. La fin des impostures.
Et tout le monde, alors, comprendra très nettement qui étaient les collabos.

Contre-Réforme

« J’ai la conviction que nous pouvons ramener la France au plein-emploi.
Pour cela, nous devons diminuer le coût du travail, simplifier et alléger notre droit du travail. » 
François Fillon
« La folie consiste à faire encore et toujours la même chose
en s’attendant à des résultats différents. »
Albert Einstein

Il faut faire des réformes. Et encore des réformes. Et puis d’autres réformes. Assouplir les conditions d’embauche et de licenciement. Aller vers une plus grande flexibilité de l’emploi.
Ainsi parlent nos bons maîtres. Nos spécialistes. Nos experts.
Vous savez, tous ces sachants qui nous annonçaient le plein-emploi par l’euro et l’apocalypse en cas de Brexit. Tous ces petits marquis nous expliquant le plus sérieusement du monde que si en moins de trois décennies l’œuvre industrielle de De Gaulle et Pompidou a été détruite, si nos industries textiles, sidérurgiques, automobiles se sont évaporées, si le chômage n’a jamais cessé d’augmenter, c’est simplement parce que nous n’avons pas fait assez de réformes. Que notre Code du travail est trop protecteur. Que nous ne sommes pas assez souples. Pas assez flexibles. Bref, que les Français sont de grosses feignasses.
Si nos experts étaient lettrés, ils paraphraseraient Oscar Wilde et nous diraient qu’« en France, rien n’est impossible, sauf les réformes ». Cela donnerait un peu de finesse à leurs énormités.
Car nos experts, tous experts qu’ils sont, ne profèrent que des énormités. Tout intelligents et diplômés qu’ils se présentent, il y a bien longtemps que ces parangons de sérieux ont quitté les rivages du principe de réalité pour barboter dans le principe de plaisir et la pensée magique.
On peut en effet être très intelligent, et gouverné par un psychisme infantile. C’est leur cas. Considérons par exemple Pierre Gattaz et son pin’s anticrise. Non, ça ne vous rappelle rien ? C’était en 2013. Le gros poupon postillonnant Pierre Gattaz, membre éminent du clergé ultralibéral, nous promettait qu’en échange d’une baisse des charges aux entreprises, il créerait un million d’emplois. La preuve ? Il portait un pin’s « 1 million d’emplois ». Sacré argument. Puissante démonstration. Rationnelle, carrée, cartésienne et tout et tout. En tout cas, il fallait le croire : grâce à ce super pin’s magique, l’emploi allait réapparaître. Abracadabra ! On allait voir ce qu’on allait voir.
Eh bien on a vu. Ou plutôt, on n’a rien vu. Enfin si, on a vu les charges baisser, et le chômage augmenter. On a vu que malgré la baisse des charges, malgré l’assouplissement des conditions d’embauche (85% des contrats signés en 2016 étaient des CDD), malgré la mise en œuvre de l’enchanteresse flexi-sécurité (ne riez pas), le chômage continuait sa course folle, battait tous les records, crevait tous les plafonds. 6,5 millions de chômeurs en 2017… Manifestement, il ne suffit pas de porter un pin’s antichômage — aussi élégant soit-il — pour créer de l’emploi. Ni d’inventer des néologismes oxymoriques du type « flexi-sécurité ». Ni de hurler « 1 million d’emplois ! ». Ni aucune autre formule magique.
La prochaine fois, gaga Gattaz pourra nous faire la danse de l’emploi, comme d’autres font la danse de la pluie, cela ne fera pas davantage revenir l’emploi, comme il dit de manière très révélatrice…
Car nos experts vont devoir s’y faire : l’emploi n’est pas un dieu vengeur auquel il faudrait offrir des sacrifices toujours plus cruels pour qu’Il « revienne ». C’est terrible pour eux, mais l’économie relève davantage des mathématiques que de la mystique. En conséquence de quoi le grand bébé Gattaz et ses camarades de nursery Macron et Fillon seraient bien inspirés, plutôt que de s’enivrer d’incantations aussi ridicules que leur bilan, d’essayer de résoudre ce problème de maths de niveau CP : « Si le coût d’un ouvrier français est cinq fois supérieur à celui d’un ouvrier bulgare, la baisse des charges suffira-t-elle à aligner le coût du Français sur celui du Bulgare ? ». Ils comprendraient alors qu’aucune baisse des charges — pas même leur annulation — n’est susceptible de nous rendre aussi compétitifs que des Bulgares ou des Chinois. Que si nous souhaitons rivaliser avec des travailleurs payés trois à dix fois moins cher que nous, il faut aller beaucoup plus loin que de baisser les charges : il faut démanteler le Code du travail, abroger la durée légale du travail, précariser les contrats, abandonner toute protection sociale, renoncer à toute norme sanitaire et piétiner toute contrainte environnementale.
Et encore, il est à craindre que ce chemin du nivellement par le bas soit sans fruit, et sans fin : car il y aura toujours un pays moins cher où délocaliser. La Pologne l’expérimente actuellement, qui avait fait de gros efforts pour séduire les vautours de l’ultralibéralisme mais, aujourd’hui, se voit à son tour délaissée pour d’autres pays encore moins chers…
Concurrencer des esclaves : voilà le but qu’ont fixé à l’Europe occidentale les fanatiques de la concurrence libre et non faussée qui ont pris les commandes il y a trente ans. But poursuivi par toute la classe experto-médiatico-politique depuis le virage libéral de Mitterrand (1983) et l’Acte unique de Jacques Delors (1986). Avec le bilan catastrophique qu’il faut vraiment avoir les yeux remplis des Echos ou de Challengespour ne pas voir…
Mais ce bilan ne gêne pas du tout nos experts. Pas davantage qu’il ne les incite à la remise en question. Ni à la modestie. Au contraire, ils en sont très fiers. Avoir détruit en un temps record le chef-d’œuvre industriel de De Gaulle n’empêche pas ces piteux de se croire très compétents. Invariablement épatés d’eux-mêmes, et souverainement indifférents au désastre qu’ils ont occasionné, ils continuent à s’admirer, à plastronner, à pontifier, à donner des leçons d’économie à la terre entière. En prenant soin, évidemment, de ne jamais aborder les vrais enjeux : en obnubilant l’opinion sur des considérations exclusivement microéconomiques — droit du travail, fiscalité —, ces Lyssenko de l’économie organisent la méconnaissance des causes essentielles de la débâcle économique que nous vivons depuis trente ans.
Leur formidable travail de diversion sert d’une part à les exonérer de leur immense responsabilité dans la ruine de la France, d’autre part à occulter cette réalité capitale et extrêmement dérangeante pour eux : l’hyper-chômage et l’hyper-fiscalité sont les conséquences de leur libre-échange sans frontières. En mettant en concurrencelibre et non faussée des Français avec des Chinois travaillant 80 heures par semaine pour 80 euros par mois, le libre-échange sans frontières provoque des délocalisations massives, qui elles-mêmes engendrent un chômage massif, dont le financement nécessite des prélèvements sociaux toujours plus massifs, et un endettement massif.
6,5 millions de chômeurs ; 2 000 milliards d’euros de dette ; une pression fiscale asphyxiante : faute d’avoir eu la poigne d’un de Gaulle pour nous opposer au démantèlement de nos barrières douanières, la richesse que nous ne produisons plus — et le manque à gagner fiscal résultant —, nous les compensons par des ponctions confiscatoires sur les travailleurs restants, et par de la dette.
C’est désormais l’Etat (donc les contribuables, particuliers et entreprises, via les impôts et… les charges) qui supporte le coût du libre-échange sans frontières ; à l’inverse, les multinationales qui ont mis en place ce système infect engrangent des profits colossaux, puisqu’elles produisent à bas coûts, et revendent dans des pays où les prestations de chômage maintiennent un relatif pouvoir d’achat.
Privatisation des profits, étatisation des pertes : c’est cette répartition des rôles qui explique que la pression fiscale et les dettes des Etats atteignent des sommets inconcevables il y a encore vingt ans, comme le fait la concentration des richesses.
Exploiter des esclaves pour vendre à des chômeurs : voilà en quoi consiste la merveilleuse concurrence libre et non faussée. Voilà le modèle économique répugnant auquel est acquise la quasi-totalité de la classe experto-médiatico-baratino-politique. Dans ce modèle, la seule façon d’enrayer la progression du chômage est de nous aligner sur le moins-disant mondial : il faut bien comprendre que tant que nous poursuivrons cet objectif vain, nous ne pourrons espérer recréer des emplois solides et durables. Au contraire, nous continuerons de voir fuir l’emploi à l’étranger, de nous infliger des réformes aussi cruelles qu’inutiles, et de nous enfoncer dans l’austérité.
Réforme… austérité… Baudelaire aurait sûrement trouvé que tout cela « pue le protestantisme » ; et il aurait eu raison, comme toujours. Il faudrait en effet un long développement pour exhumer le substrat protestant de cette affaire de concurrence libre et non faussée… De cet idéal de réduction au plus petit dénominateur commun… de ce goût pour la souffrance inutile… absurde… et perpétuelle…
Il est temps de briser cette spirale infernale du nivellement par le bas. Il est temps de réaffirmer la dignité de l’homme, qui n’est pas voué à être un esclave ou un chômeur. La mondialisation sauvage doit enfin être civilisée par le protectionnisme. Le pragmatisme le réclame ; l’humanisme l’exige. Donald Trump et Theresa May ont ouvert la voie ; Marine Le Pen pourrait bientôt être la prochaine actrice de ce mouvement historique. Dans le cas contraire, vous reprendrez bien un peu de réformes ?

(anti)fascisme

« Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes »
Winston Churchill
Le fascisme est à nos portes. La République est en danger. La démocratie est menacée.

Voilà les « arguments » que glapissent en boucle les opposants à Marine Le Pen. Tout en finesse. Tout en modération. Tout en padamalgam.

Quand on entend de telles énormités, on se dit qu’on aimerait être Marine Le Pen pour se réjouir d’avoir de tels adversaires. Tellement incapables de produire des arguments rationnels, qu’ils en sont réduits à jouer sur les peurs. Et encore, de la manière la plus ringarde, la plus gâteuse qui soit : c’est en effet Staline qui, il y a quatre-vingts ans, recommandait de traiter son contradicteur de fasciste. Méthode très novatrice, donc, et surtout hautement déloyale qui permet, à ceux qui n’ont pas l’intelligence de la controverse, d’esquiver un échange d’idées dans lequel ils se feraient ratatiner. Au passage, on voit que nos magnifiques antifascistes ont de vertueux prédécesseurs…

Se sachant incapables de rivaliser sur le terrain des arguments, ces impuissants du débat investissent à fond le terrain de l’insulte. C’est le seul où ils peuvent espérer briller, si l’on peut dire. Leur stratégie d’ « argumentation » se résume en effet à traiter Marine Le Pen et un électeur sur trois de fascistes. Quelle subtilité. Quelle clairvoyance.
Notons que ce sont les mêmes qui rugissent en permanence qu’il ne faut pas stigmatiser, nous mettent en garde contre la tentation des amalgames et le poison de la généralisation, et donnent des leçons de tolérance à la terre entière. Mais ne cherchez pas à leur suggérer qu’il y aurait là une légère incohérence : l’incohérence est leur élément naturel. Elle est l’air qu’ils respirent. Leur compagne de routine. A force de la côtoyer, ils ne la voient plus.
N’espérez pas, non plus, leur faire comprendre qu’en associant Marine Le Pen au fascisme pour la diaboliser, ils n’aboutissent qu’à dédiaboliser le fascisme. Les gros malins. Parce qu’enfin, si Marine Le Pen est fasciste, alors le fascisme, ce n’est vraiment pas grave.

Je crois savoir qu’il existe un délit de banalisation de crimes contre l’humanité. Je ne sais pas si les moulins à propagande qui radotent que les électeurs de Le Pen sont fascistes se rendent coupables de ce délit ; ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’en banalisant ainsi le fascisme, ces grands humanistes piétinent la mémoire des vraies victimes du vrai fascisme. Mais pardonnons-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils ne font en effet que porter à leur paroxysme la confusion mentale et la prodigieuse inculture du bipède contemporain, cet ignare prétentieux dont l’assurance est proportionnelle à l’ignorance.

S’ils connaissaient l’Histoire, nos Résistants 2.0 sauraient que le fascisme, c’est le refus de la contradiction au profit de l’intimidation ; la tyrannie des mots d’ordre au détriment de la controverse ; la terreur intellectuelle pour bâillonner l’échange argumenté. Bref, c’est précisément la façon que ces grands tolérants ont choisie de gérer la contradiction et le (non-) débat d’idées.

Quoi qu’il en soit, pendant que nos Héros s’activent narcissiquement dans leurs combats retardataires, les vrais dangers se développent. Le vrai cauchemar s’échafaude. Le vrai fascisme avance. Mais celui-là demande un peu plus d’indépendance d’esprit pour être perçu, et un peu plus de courage pour être dénoncé…
Car le vrai danger pour la France, en 2017, ce n’est pas le négationnisme : c’est le déni. Les vrais collabos, en 2017, ne sont pas ceux qui nient la Shoah ; ce sont ceux qui nient la menace islamiste.

La France a toujours été brocardée par ses ennemis pour avoir un combat de retard. Ce ne sont pas nos Jean Moulin 2017 qui nous aideront à rectifier cette image. Ces idiots utiles doivent en effet bien faire rire les lobbycrates de Bruxelles et les islamistes. Les vrais ennemis de la France, en 2017. Car nos résistants radoteurs vont devoir s’y faire : nous ne sommes plus en 1940.

Sondages ou trucages ?


Les sondages ne servent pas à refléter l’opinion, mais à la façonner.
Les sondeurs ont toujours raison. Même quand ils ont tort. Surtout quand ils ont tort.
Tous ces experts à tête de logiciel, ces pompeux spécialistes, ces Messieurs Chiffres bardés de diplômes et de titres ronflants ne doutent jamais d’eux-mêmes. Eternellement épatés de leur expertise autoproclamée, la remise en question n’est pas dans leurs fonctions.
Les faits démentent immanquablement leurs pronostics ? Leurs analyses pontifiantes sont systématiquement balayées par la réalité ? Ils restent imperturbables. Toujours très contents d’eux. « Marge d’erreur », répondent-ils doctement aux critiques qui leur sont adressées. « Intervalle de confiance », ajoutent-ils sentencieusement. Et puis « méthodes de redressement imparfaites ». Et puis aussi « fiabilité empirique de la méthode des quotas ». Bref, à grand renfort de pitreries jargonneuses, ils nous expliquent que nous sommes trop bêtes pour comprendre qu’ils ont raison de s’être plantés. De même que les « artistes » contemporains, pour faire oublier qu’ils sont tout simplement nuls, enrobent leurs non-œuvres de locutions pseudo-savantes destinées à intimider le regardeur et à susciter en lui un complexe d’infériorité, de même ces charlatans nous pilonnent de sabir mathématique pour faire diversion et occulter l’essentiel : à savoir qu’ils sont infoutus de faire correctement leur boulot. Pour ce qui est des sondages d’intentions de vote, en tout cas.
Parce que pour les sondages d’opinion, il faut admettre qu’ils sont assez performants. Quand ils expliquent, par exemple, que « 74% des personnes interrogées estiment que l’islam est une religion « intolérante », incompatible avec les valeurs de la société française », on les croit volontiers ; idem quand ils constatent que « 70 % des Français sont favorables à la construction de 20.000 places de prison supplémentaires » ; ou encore « que les Français sont 86 % à penser qu’“il faut passer d’une immigration subie à une immigration choisie” » ; ou que « 7 Français sur 10 seraient pour un rétablissement des contrôles aux frontières des États de l’UE ». Oui, quand il s’agit de portraiturer l’opinion des Français, nos sondeurs sont loin d’être calamiteux. En revanche, ils se ratatinent piteusement quand il s’agit de passer à la projection politique.
Alors pourquoi ? Pourquoi cette dichotomie (pour employer la somptueuse phraséologie de nos experts) ? Pourquoi sont-ils si doués pour analyser les grands courants d’opinion, et si lamentables pour en déduire leur traduction en intentions de vote ? Est-ce parce que le premier exercice est simple, et le deuxième très compliqué ? Trop compliqué ? Mais dans ce cas, pourquoi n’assortissent-ils pas leurs sondages bancals d’un avertissement du style : « Attention, le sondage que vous allez consulter présente des marges d’erreur tellement colossales qu’il n’a aucun sens» ? De la même manière qu’un présentateur météo nous annoncerait : « Demain, il fera beau. Avec une probabilité de 50% » ?
Oui, pourquoi ne nous préviennent-ils pas clairement que leurs sondages d’intentions de vote présentent une fiabilité proche du néant, plutôt que de nous l’expliquer une fois l’échéance passée ?… Et puis après tout, si les intentions de vote sont à ce point opaques, illisibles, insondables, si les sondages afférents sont si compliqués, pourquoi ne cessent-ils tout simplement pas d’en produire, plutôt que d’induire en erreur le corps électoral, de parasiter ses intentions et, in fine, de fausser le résultat des élections ? Oui, pourquoi insistent-ils ? Est-ce parce que, comme disait le médiocre Albert Camus, « la bêtise insiste » ?
Non, en l’occurrence non. Car nos maîtres-sondeurs sont loin d’être aussi bêtes que je le suggère. Ils sont même très intelligents. Nos maîtres-sondeurs ne sont pas des incompétents : ce sont des menteurs. Des menteurs très compétents. De talentueux équilibristes du mensonge, qui pratiquent une entourloupe assez subtile consistant à produire une grande quantité de sondages pertinents — essentiellement des sondages d’opinion — pour se construire une crédibilité puis, forts de cette crédibilité, intoxiquer l’opinion au moment des échéances électorales les plus critiques. Lesquelles sont assez espacées pour que les gens aient le temps d’oublier qu’ils se sont fait truffer… et les sondeurs le temps de se refaire une virginité…
Ce système, en effet — comme d’ailleurs l’ensemble du système médiatico-politique — repose avant tout sur l’amnésie des électeurs. L’amnésie, mère de la crédulité…
Pour qui n’est pas amnésique, en revanche, l’observation des faits mène à cette conclusion implacable : les sondages ne servent pas à refléter l’opinion, mais à la façonner. Non pas à révéler les intentions de vote, mais à les influencer.
Les sondages sont une arme essentielle dans l’arsenal de propagande déployé pour dissuader les sans-dents de (mal) voter. Pour leur cacher les véritables dynamiques à l’œuvre, et leur faire croire qu’ils sont isolés. Que leur candidat(e) n’a aucune chance de l’emporter, et ainsi les maintenir dans la désespérance, et son corollaire électoral : l’abstention.
Les sondeurs, en effet, comme les états-majors des partis politiques, et contrairement au prêt-à-penser fallacieux qu’ils débitent sur les plateaux de télévision, savent très bien que l’abstention est essentiellement le fait de ceux qui contestent les choix délétères opérés depuis trente ans par les partis dits « de gouvernement » (par antiphrase, sans doute, quand on voit leurs résultats désastreux). Les perdants de la mondialisation sauvage. Ceux qui vivent dans leur chair les conséquences atroces de l’utopie sans-frontièriste ; ceux qui subissent l’insécurité économique, physique, identitaire et civilisationnelle engendrée par l’abolition des frontières économiques et migratoires.
Ceux dont l’existence est tissée de boulots précaires, de périodes de chômage, d’humiliations, d’agressions, de soumission à la loi des racailles et des islamistes.
Ceux qui, loin des abstractions idéologiques du Monde et de Libé, expérimentent grandeur nature les voluptés de la concurrence libre et non faussée, et les délices du multiculturalisme. Ceux qui, à rebours de la fable de la mondialisation heureuse, vivent la réalité de la mondialisation hideuse.
Ceux qui, écœurés par les incohérences, les reniements et les trahisons de le classe politique, ont fini par perdre toute confiance et tout espoir en elle — surtout depuis la haute trahison du traité de Lisbonne…
Ceux qui, ne croyant plus, ne votent plus ; ceux qui, par l’abstention, signalent qu’ils ne sont pas dupes du simulacre de démocratie qui a cours dans notre pays depuis que leurs « représentants » l’ont transformé en une province de l’Empire européiste.
Ceux qui, s’ils se mobilisaient, auraient de fortes chances de renverser cette classe médiatico-politico-merdique qui leur fait tant de mal. Ceux dont l’éloignement des urnes est donc, pour l’oligarchie euromaniaque, une nécessité vitale : ceux qu’il faut à tout prix décourager de voter.
Les sondages remplissent cette fonction inhibitrice. Ils minimisent l’ampleur et la puissance des élans de contestation du système pour entretenir l’abstention chez ceux qui, déjà, inclinent de plus en plus à se résigner au cauchemar. Les sondages sont des machines à briser tout espoir de changement ; des machines à maintenir les classes populaires dans l’abstention ; des machines à reconduire ad vitam au pouvoirles mêmes clones immigrationnistes, communautaristes et libre-échangistes — bref, européistes. C’est ce qu’on appelle l’alternance… Voilà le seul véritable rôle des sondages. Il est crucial.
Je suis parano ? Je délire ? Peut-être. Mais alors la réalité est encore plus parano, encore plus délirante que moi.
Pour ne prendre qu’un exemple, considérons donc celui, emblématique, du premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Que prévoyaient nos si performants, nos si impartiaux spécialistes des intentions de vote dix jours avant le scrutin ? « Mélenchon distance Marine Le Pen » ; « Le candidat du Front de gauche s’impose comme le troisième homme de la présidentielle ». Mélenchon : 17% d’intentions de vote. Marine Le Pen : 15%. Soit Marine Le Pen 2 points derrière Mélenchon.
Et que se passa-t-il, dix jours plus tard ? Que titrèrent hypocritement nos faussaires médiatiques ? « La surpriseLe Pen ». Marine Le Pen : 18% des voix. Mélenchon : 11 %. Soit Marine Le Pen 7 points devant Mélenchon. De « -2 » à « +7 » en dix jours. Dix jours, donc, pour remonter de 9 points. Dix jours pour passer de « Marine Le Pen distancée par Mélenchon » à « Mélenchon écrasé par Marine Le Pen ». Et il y a encore des gogos pour faire confiance aux sondages… pour croire qu’ils sont autre chose que des instruments de manipulation de l’opinion, destinés à enrayer les dynamiques menaçantes pour le système en place. Sans ce sondage, qui avait pour but de dissuader les électeurs de Marine Le Pen de voter, le score de celle-ci eût été bien plus élevé…
Les sondages sont une science. Mais une science au service d’un système. Une science prostituée. Philippe de Villiers ne dit pas autre chose quand il explique qu’ « aujourd’hui, pour faire de la politique, il faut avoir beaucoup d’argent pour acheter les sondages, car ils sont prescripteurs et structurent l’offre. »
Ce n’est donc pas demain, et surtout pas dans les semaines à venir, que nous pourrons consulter des sondages fiables. Les petits Lyssenko des sondages sont aux ordres. Certes, nous ne sommes pas encore en URSS où, lors de la Grande Terreur en 1937, des statisticiens un peu trop attachés à la vérité furent emprisonnés pour « violation profonde des fondements élémentaires de la science statistique et des instructions du gouvernement ». Mais enfin, l’esprit de défense du système est le même.
Ainsi, la petite musique qu’on entend monter depuis déjà quelque temps est « Marine Le Pen battue au second tour dans tous les cas de figure. » C’est ce petit refrain bien décourageant qui sera rabâché jusqu’à l’échéance de mai prochain. Que cette idée s’imprime bien dans la caboche des sans-dents. Que ces sales beaufs nauséabonds ne s’avisent pas de se rendre aux urnes. Que ces dégueulasses partisans du repli sur soi laissent les idéologues et les technocrates poursuivre tranquillement leur travail de saccage des nations, et de destruction de la civilisation occidentale.
Cette technique, cependant, commence à montrer des signes d’usure. Tout se passe comme si des grains de sable étaient apparus dans la vaseline… Election de Trump… Vote en faveur du Brexit… Deux échéances électorales majeures, que les sondeurs ont une fois de plus tenté de manipuler. « Hillary Clinton va remporter la présidentielle : c’est mathématique » pouvait-on encore lire sur BFM TV, à quelques heures de l’élection triomphale de Donald Trump…
Or ces événements, qui ont une fois de plus lourdement disqualifié les instituts de sondages, sont encore assez récents pour que les Français s’en souviennent dans cinq semaines… et ne soient pas dupes, cette fois… D’où l’extrême fébrilité du clergé européiste. D’où leur panique. D’où leur aigreur. Les dévots de l’Eglise mondialiste (ou européiste, c’est la même chose) sentent bien que leur désaveu croît de jour en jour. Ils sentent se rapprocher l’odeur fétide des poubelles de l’Histoire… qui s’ouvrent devant eux… prêtes à les engloutir…

Alors ils vont jouer leur va-tout. Dans les semaines qui viennent, ils vont nous pilonner de propagande, d’intimidations, d’insultes et de menaces. Pour complexer le peuple, pour entraver la libre expression de ses aspirations, ils vont pousser à leur paroxysme leurs talents de terroristes intellectuels. Aucune leçon de morale, aucune stigmatisation des mal-votants, aucune référence ridicule aux années 30, aux heures les plus sombres de notre Histoire et à la République en danger ne nous seront épargnées.
Pour décourager le peuple, ils vont marteler jusqu’à la nausée le mythe du plafond de verre ; ils ne s’interdiront aucune désinformation, aucune manipulation, aucun fact-checking mensonger, aucun décodage fallacieux. Ni, bien sûr, aucun sondage truqué. Nous pouvons leur faire confiance : pour défendre leur système ignoble, les apparatchiks du mondialisme vont donner le meilleur, c’est-à-dire le pire d’eux-mêmes. Car c’est désormais pour eux une question de vie ou de mort. Surtout de mort.

Vivre à crédit ou vivre libre ?

Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation : l’une est l’épée, l’autre la dette.
John Adams

Il paraît qu’il ne faut pas jouer sur les peurs. Ni mentir aux Français. Que c’est une insulte à leur intelligence.

Si nous sortons de l’euro, nos créanciers vont se fâcher tout rouge. Et les taux d’intérêt vont exploser. Et nous ne pourrons plus emprunter. Et la France sombrera dans le chaos.

Ainsi parlent nos experts accrédités. Je ne sais pas s’ils jouent sur les peurs ; chacun jugera, selon son goût pour la comédie. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’ils mentent. Au moins par omission.

Car si l’on peut effectivement s’attendre à ce qu’une sortie de l’euro provoque une hausse des taux, s’obnubiler sur cette perspective est fallacieux. Car ce qui compte, dans la sortie de l’euro, ce n’est pas un de ses effets isolé : c’est la résultante de tous ses effets. C’est en examinant cette résultante que nous saurons s’il est opportun de sortir de l’euro ; comme le meilleur moyen de savoir s’il fut opportun d’y entrer est d’observer, 17 ans plus tard, sa résultante sur notre économie, notre industrie, notre chômage…

« Avec l’euro, on rira beaucoup plus » nous annonçaient ceux qui, aujourd’hui, nous annoncent l’apocalypse en cas de sortie de l’euro. « L’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité » prédisaient-ils. « L’euro, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité », prophétisaient-ils. « L’euro est la réponse d’avenir à la question du chômage », promettaient-ils.

17 ans plus tard, nous avons 6,5 millions de chômeurs. 85% des embauches se font en CDD. 15% des Français vivent sous le seuil de pauvreté. Depuis l’introduction de l’euro, la production industrielle française a chuté de 12% ; l’espagnole de 15% ; l’italienne de 21%. En Espagne, la moitié des jeunes sont au chômage ; 1 salarié sur 3 gagne moins de 750 euros par mois. Au Portugal, 1 salarié sur 5 gagne touche moins de 400 euros. En Grèce, le taux de suicide, longtemps un des plus bas du monde, atteint des sommets terrifiants. La zone euro affiche la croissance économique la plus faible au monde.

Mais répétez avec les dévots de Saint Euro : la vie avec l’euro, c’est le paradis ; et la vie sans l’euro, ce serait l’enfer. Allez, reprenez en chœur : la désindustrialisation, le chômage de masse, ce n’est pas aujourd’hui, depuis que nous avons l’euro ; ce sera demain, quand nous n’aurons plus l’euro. Amen.

Outre qu’elle est profondément malhonnête, puisqu’elle occulte le bilan désastreux de l’euro, et cache obstinément les effets positifs d’une sortie de l’euro, la rhétorique des adorateurs de l’euro est révélatrice de la vision glaçante qu’ils ont de la France — de «  ce pays », comme ils disent avec mépris. Leur discours est en effet un discours de renoncement. Et de servitude. Hors de la Dette, point de salut : voilà leur slogan. Par quoi l’on voit que des eurolâtres sont avant tout des défaitistes. Ils apparaissent en effet incapables d’envisager que la France se finance autrement que par l’endettement. La création de richesse ? Vous n’y pensez pas ! C’est dépassé, enfin, dans la France de 2017 ! Ce n’est pas moderne ! Et bien trop fatigant ! D’ailleurs regardez comme les taux sont bas ! Ce serait dommage de ne pas en profiter, non ?

L’obsession des fanatiques de l’euro pour les conditions d’emprunt en dit long sur la (non-) ambition qu’ils nourrissent pour la France ; elle traduit leur résignation à ce que « ce pays » soit une sorte de chômeur surendetté, léthargique, croulant sous les engagements, harcelé par une nuée d’organismes de crédit à la consommation pour honorer des emprunts qu’il ne remboursera jamais, faute de pouvoir un jour retravailler.

Dans cette logique, l’euro est effectivement indispensable : quand on ambitionne de vivre à crédit, le seul paramètre économique qui importe est le niveau des taux. C’est la voie qu’ont choisie les eurolâtres. La vie sous perfusion. Leur discours les trahit, qui se concentre exclusivement sur la question des taux d’emprunt. C’est-à-dire du prix de la perfusion.

Mais il existe une autre voie. Une voie suivie avec constance pendant des millénaires, par tous les peuples du monde. Une voie qui repose sur une idée révolutionnaire : vivre de son travail.

Cette voie, c’est celle de la création de richesse.

Si l’on choisit cette voie, les taux d’intérêt deviennent un paramètre économique parmi d’autres. Pas négligeable, bien sûr : il semble illusoire, tout au moins à court-terme, de ne plus du tout s’endetter. Mais d’autres paramètres entrent alors en compte, bien plus décisifs que les taux d’intérêt. Parmi eux, la force de la monnaie. Si elle est trop élevée, elle ruine notre compétitivité et nous oblige, pour essayer de compenser, à comprimer les salaires. C’est ce qui se passe en Espagne et au Portugal, où la (relative) baisse du chômage dont se réjouissent nos experts ne se fait qu’au prix d’une formidable déflation salariale. C’est aussi ce qui se passe en France, dans une moindre mesure… C’est à vrai dire ce qui se passe dans tous les pays de la zone euro hors Allemagne ; l’Allemagne est en effet le seul pays pour lequel l’euro est trop faible — c’est le FMI qui le dit. C’est la raison majeure pour laquelle, alors que les industries de la zone euro se sont effondrées depuis l’introduction de l’euro, la production industrielle allemande s’est, elle, amplifiée de… +34% !

Nous sommes face à un dilemme : l’outil qui nous permet d’emprunter à taux bas est également celui qui nous empêche de créer de la richesse. L’outil qui nous permet de vivre à crédit est celui qui nous met au chômage.

Pour trancher ce dilemme, il faut et il suffit de savoir quelle est notre conception de la France. D’identifier quelle ambition nous avons pour elle — et, par conséquent, pour nous et nos enfants. La vie sous perfusion, ou le déploiement des énergies ? Le rabougrissement, ou l’expression des talents ? L’assistanat, ou l’accomplissement ? La consommation, ou la création ?

Autant de questions derrière lesquelles on voit se profiler d’autres interrogations, plus fondamentales. Autant de questions à travers lesquelles on sent bien que l’enjeu du maintien de la France dans l’euro n’est, en vérité, qu’accessoirement économique.

« Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation ; l’une est l’épée, l’autre la dette », disait John Adams. C’est ce qu’avait compris Napoléon, qui exécrait les financiers : « Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. » C’est ce qu’avait compris de Gaulle, qui refusa toujours farouchement d’endetter la France : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille. » C’est ce qu’avaient compris tous les dirigeants de la France jusqu’à la génération de traîtres qui, il y a quarante ans, a pris les commandes, et les a progressivement transférées à des intérêts privés, nous dépouillant ainsi de notre indépendance et de notre liberté. L’adoption de l’euro fut le point d’orgue de ce processus de dépossession et d’asservissement. « Permettez-moi d’émettre et de contrôler les ressources monétaires d’un pays, et je me moque de celui qui écrit ses lois » disait Mayer Amschel Rothschild. Oui, le Rothschild de la banque où a officié M. Macron…

L’euro donne corps à la prophétie de Rothschild. C’est le cauchemar que vit la Grèce, qui est tombée dans le piège de la dette. Elle a cru qu’elle pourrait vivre éternellement à crédit. Elle réalise cruellement que tout cela n’était qu’un leurre. Aux promesses d’une vie facile, ont succédé l’humiliation et la misère. La Grèce est en train d’en mourir, de la manière la plus atroce qui soit… Obligée d’aller régulièrement quémander auprès de ses bourreaux les fonds qui lui permettront de prolonger son agonie. C’est l’avenir qui nous attend, si nous ne sortons pas au plus vite de ce piège.

Recouvrer notre indépendance et notre liberté : voilà la vraie raison pour laquelle nous devons sortir de l’euro. Elle prime sur toutes les autres. Elle suffirait à elle seule, si nous ne savions de surcroît que la maîtrise de la monnaie est une condition indispensable à notre performance économique.

Si nous n’accomplissons pas cet acte d’émancipation, notre avenir sera celui de la servitude. De l’humiliation perpétuelle. Il se réduira à ramper pour obtenir des prêts. A nous prosterner bien bas devant nos créanciers, à nous soumettre à leurs exigences les plus sévères pour qu’ils daignent nous verser de quoi survivre. Toujours garder en tête l’exemple de la Grèce… Et ceux qui trouvent que j’exagère, que je joue à mon tour sur les peurs, feraient bien de s’aviser que cela a déjà commencé : nos 2 000 milliards de dette ne viennent pas de nulle part… Nous partons seulement de plus haut que la Grèce ; mais la destruction de notre appareil productif, et donc de notre capacité de vivre de notre travail, est en cours… et déjà bien avancée…

Les arguments des avocats de l’euro le révèlent assez : l’euro est la monnaie de la vie à crédit. De la vie sous perfusion. Petit à petit, il ronge notre capacité à créer, à travailler, et nous enferme dans la passivité, la dépendance aux marchés. De ce genre de scénario, il est vain d’espérer une issue heureuse. Il est donc temps de sortir de ce chemin de servitude dans lequel nous ont engouffré nos « dirigeants », et de renouer avec l’esprit de grandeur porté par de Gaulle et par Napoléon. Oui, il est plus que temps de tourner la page de ces quarante années de trahison. Il en va de notre dignité, de notre honneur, de notre indépendance. Il en va de notre liberté.

L'imposture


« La Révolution française n’a pas appelé au pouvoir le peuple français,
mais cette classe artificielle qu’est la bourgeoisie.Cette classe qui s’est de plus en plus abâtardie, jusqu’à devenir traîtresse à son propre pays. »
Charles de Gaulle

 

Est-il coupable ? Innocent ? Nous y verrons plus clair, une fois l’incandescence des passions militantes retombée. On sait seulement que François Fillon tarde à produire les preuves de l’activité parlementaire frénétique de sa femme. Comme il tarde à démontrer que cette charge de travail harassante justifie une rétribution de 7 900 euros par mois. Par le contribuable. Comme il tarde à dissiper les suspicions de causalité entre le versement de 100 000 euros à sa femme pour deux notes de lecture (soit un feuillet A4), et l’obtention de la Légion d’honneur par le généreux commanditaire desdites notes. Comme il tarde à porter plainte contre Le Canard enchaîné pour « l’odieuse campagne de diffamation » dont il est victime. On se demande vraiment pourquoi…
Mais attention : pas de conclusion hâtive. Car tout cela ne prouve rien, n’est-ce pas ? Présomption d’innocence, pas vrai ? D’ailleurs, même Sherlock Holmes resterait perplexe, devant un cas si complexe. Oui, sa perspicacité s’avérerait impuissante à résoudre l’énigme que constitue la défense pour le moins évasive du candidat de la vérité et de la transparence.

Dans ces affaires d’emplois fictifs présumés, la culpabilité du candidat de l’honnêteté et de la droiture restera donc un épais mystère. Il est, en revanche, un emploi fictif que François Fillon a occupé de manière certaine, et ce pendant cinq ans : celui de Premier ministre.

Qu’y a-t-il, en effet, de plus fictif que l’emploi de Premier ministre, depuis que nos « représentants » ont transformé la France en une province de l’Empire européiste ? Qu’y a-t-il de plus fictif depuis que Fillon et ses petits potes du Parlement ont, par le traité de Lisbonne, achevé de transférer nos dernières souverainetés aux dictateurs euromaniaques ? Oui, qu’y a-t-il de plus fictif que l’emploi de Premier ministre depuis que nos « dirigeants » sont devenus de dociles toutous de la lobbycratie bruxelloise ?

C’est là, en vérité, que réside la culpabilité de Fillon. Et, plus généralement, dans son bilan désastreux quand il était au « pouvoir » — c’est-à-dire un servile exécutant des injonctions de l’oligarchie bruxelloise. 200 000 immigrés par an. 600 milliards d’euros de dette supplémentaire. Fillon, donc, l’homme de la droite dure… et le talentueux gestionnaire…
C’est, enfin, son programme qui accable Fillon. Les incohérences qu’il contient ; la duplicité qu’il révèle. Fillon le conservateur, le défenseur des valeurs traditionnelles, qui entend maintenir la mariage et l’adoption simple pour les homosexuels (ce qui est excellent pour les enfants, et pour la défense de la famille traditionnelle). Fillon le catholique, qui propose un programme économique et social d’une dureté inouïe envers les plus fragiles. Fillon le gaulliste, qui pense que « c’est un leurre et une démagogie sans nom que de prétendre rétablir les frontières nationales. ». Fillon le candidat de la lucidité, dont le porte-parole Benoît Disparu estime que « le lien entre politique migratoire et attentats n’a jamais été établi. » Fillon qui fustige l’assistanat, mais semble avoir un faible pour l’assistanat fictif…

Ces incohérences, qui confinent à l’imposture, culminent dans le cadeau qu’a fait Fillon à la bobo lugubre NKM de sa propre circonscription. NKM, l’antithèse absolue de Fillon (seulement sur le papier, et dans « l’esprit » des cocus de compétition qui, non contents de s’être fait truffer par Sarkozy, envisagent de remettre ça avec Fillon). Cette tromperie de son électorat, quelques semaines après sa victoire à la primaire, confirme le double discours de François Fillon, et sa connivence avec les élites immigrationnistes, communautaristes, ultra-libérales et ultra-libertaires — bref, mondialistes. Cette trahison en annonçait bien d’autres, sur le modèle indépassable de Sarkozy. Les défenseurs fanatiques de Fillon devraient donc remercier la personne qui a fait fuiter ces « affaires » : elle leur a épargné cinq nouvelles années d’avalages de chapeaux, de reniements et de trahisons. Car il n’y a plus qu’une promesse que Fillon aura l’occasion de trahir : ce défenseur de la retraite à 65 ans est bien parti pour expérimenter la retraite à 62 ans.

Le mirage Fillon

« Disons le clairement : c’est un leurre et une démagogie sans nom que de prétendre rétablir les frontières nationales. »
François Fillon
« Je suis perplexe quand j’entends qu’on voudrait interdire le voile à l’université, parce que j’y vois une atteinte à la liberté individuelle. »
François Fillon
« Le sujet des effectifs de police qui alimente régulièrement les polémiques est en réalité un sujet marginal. »
François Fillon
« Le lien entre politique migratoire et attentats n’a jamais été établi. »
Benoît Disparu, porte-parole de campagne de François Fillon
« Pour servir les idéaux et les intérêts de la gauche, la droite est l’instrument idéal. »
Eric Zemmour

 

 Les experts sont de retour. Plus frétillants que jamais. Après la taloche du Brexit, la rouste du référendum italien, la raclée Donald Trump, les revoici, toujours aussi épatés d’eux-mêmes. Le cul encore douloureux de leurs dernières fessées, les voilà qui de nouveau gigotent, bondissent, s’agitent frénétiquement. « Moi je sais, moi je sais ! Interrogez-moi ! » réclament-ils tout fiévreux, avides d’étaler une fois de plus leur immense savoir et leurs extraordinaires dons de prémonition. Les féroces déculottées qu’ils viennent d’essuyer ne leur ont pas enseigné la modestie, encore moins la prudence. Bien au contraire : tout se passe comme si les désaveux systématiques que le réel inflige à leurs analyses drolatiques les confortaient dans leur conviction d’être très subtils. Comme si l’accumulation des preuves de leur cécité renforçait leur certitude de voir juste et loin. De plus en plus ivres d’eux-mêmes à mesure que les faits ridiculisent leurs bavardages oiseux, et avec un aplomb qui force l’admiration, ils nous ont ainsi récemment livré leurs doctes analyses, leurs si précieux points de vue d’experts sur le numéro de cirque baptisé « primaire de la droite ». « Grand moment de démocratie », pâmèrent-ils. « Plébiscite de François Fillon », s’extasièrent-ils. « Le retour de la vraie droite » jubilèrent-ils. « De la droite de conviction » ajoutèrent-ils dans des spasmes orgasmiques.
Ainsi péroraient-ils à propos d’une élection qui a mobilisé 10% du corps électoral. Ce qui signifie que 9 électeurs sur 10 sont restés chez eux. 90% d’abstention ; un « grand moment de démocratie », donc. Organisé par un parti qui, lorsqu’il fut aux affaires, non seulement n’organisa aucun référendum, mais annula le résultat du référendum de 2005 sur la Constitution européenne, empêcha la tenue d’un référendum en Grèce, et supprima l’obligation de soumettre à référendum toute nouvelle étape d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Bref, un parti dont le quinquennat fut riche en grands moments de démocratie, pour parler comme nos experts en antiphrases.
Mais ne digressons pas, et revenons à notre bien nommée primaire. Sur les 10% d’électeurs qui n’avaient rien trouvé de mieux, pour tuer leur dimanche, que de faire le piquet pendant deux heures pour indiquer leur préférence entre la peste et le choléra — entre deux ex-Premiers ministres aux bilans tous deux tragiquement désastreux —  66% ont en effet décidé que François Fillon était le moins toxique. Autrement dit, François Fillon a remporté les suffrages de… 6,6% du corps électoral. C’est ce que nos experts appellent un « plébiscite ». Manifestement, ils ne sont pas encore experts du petit Robert.
De ce « plébiscite massif », nos pompeux spécialistes — les mêmes qui annonçaient la prospérité par l’euro, l’apocalypse en cas de Brexit et la victoire inéluctable d’Hillary Clinton (« c’est mathématique ») — croient pouvoir extrapoler une victoire écrasante de François Fillon à la présidentielle de mai prochain. Ainsi, selon ces sachants, les 10% de maniaques qui se sont passionnés pour l’affrontement entre un destructeur de la France et un fossoyeur de la France, ces 10% d’amnésiques (ou de francophobes, et en tout cas de complices objectifs du naufrage français) constituent un échantillon représentatif de la population française, comme on dit dans le sabir sondagier. Eclairons donc cette hypothèse à la lumière de la sociologie électorale. En l’occurrence, il serait plus approprié de parler de sosiologie, tant ces 10% d’électeurs se ressemblent. C’est en effet une frange très particulière du corps électoral qui s’est déplacée en ce dimanche historique : l’élite électorale. Une catégorie parfaitement uniformisée. Indifférenciée. Qui relève d’un seul et même profil sociologique : celui des retraités aisés. Retraités de naissance, et retraités de papier. Jeunes rentiers, et vieux rentiers de la mondialisation sauvage. Petits bourgeois, dans les deux cas. Nés quand et où il fallait : bien intégrés dans l’économie-monde. Du bon côté du manche, comme on dit trivialement. Epargnés par, et indifférents au saccage social engendré par le libre-échange sans frontières et la concurrence libre et non faussée. Réclamant donc encore davantage de libéralisation  et de flexibilité — sans réaliser l’inutilité et la cruauté de ces tentatives d’alignement sur le moins-disant social, tant il est vrai qu’aucune simplification du Code du travail, aucun assouplissement des conditions d’embauche et de licenciement, aucune diminution du coût du travail ne nous rendra aussi compétitifs que des enfants du Bangladesh travaillant 70 heures par semaine pour 50 euros mensuels — du moins faut-il l’espérer…
Plus précisément, une bonne moitié de ces 10% d’idiots utiles de l’esclavagisme mondialisé étaient des retraités de papier. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que les retraités administratifs constituent le socle électoral de l’UMP (45% des électeurs de l’UMP ont plus de 65 ans, trop peu de gens le savent). L’autre moitié de ces 10% de cœurs secs était constituée pour l’essentiel de retraités de naissance. Des petits morveux bien lisses, bien formatés, bien dressés pour approuver l’infâme modèle économique et social qui nous régit depuis trente ans ; cette mondialisation heureuse dont ils sont les seuls à profiter, tandis que l’immense majorité du peuple vit le cauchemar infernal de la mondialisation hideuse. Engourdis dans leur confort matériel et intellectuel, et obsédés par leur respectabilité, ces archétypes de  conformisme, de tiédeur et de lâcheté se revendiquent, pour une large part, « catholiques ». Personnellement, j’ai du mal à comprendre que des « catholiques », « attachés aux valeurs » comme ils le claironnent narcissiquement, s’enthousiasment pour un candidat qui n’entend pas abroger le mariage homosexuel, ni même empêcher l’adoption par les couples homosexuels. J’ai les plus grandes difficultés à comprendre que des « catholiques » encensent un candidat dont le programme économique et social procède d’un mépris et d’une dureté inouïs envers les plus faibles, les plus fragiles, les plus petits. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre vous, c’est à moi que vous l’avez fait »… Un tel consentement à la cruauté me semble dénoter, chez ces « catholiques », une conception pour le moins acrobatique des valeurs catholiques de compassion et de charité  Une étonnante aptitude aux contorsions intellectuelles et morales… et à l’aveuglement volontaire… Tout se passe comme si ces « catholiques », dont l’exigence de vérité semble être à géométrie variable, avaient tout simplement décidé de ne pas lire le programme de Saint Fillon. Comme s’ils refusaient obstinément de juger l’arbre à ses fruits en examinant le glorieux bilan de Fillon ministre de l’Education nationale, puis ses épatants résultats de Premier ministre… pour continuer à se laisser bercer par le mythe du candidat de la vraie droite, catholique et conservatrice, et ainsi voter comme il faut… comme il sied chez les gens biens….chez tous ces bons chrétiens qui se bouchent le nez dès qu’on leur parle du peuple… et crispent la gueule de dégoût dès qu’ils entendent « Marine Le Pen »… Bref, la charité et la tolérance incarnées… et l’amour de la vérité… «  Si l’on me demande quel est le symptôme le plus général de l’anémie spirituelle, je répondrai certainement : l’indifférence à la vérité et au mensonge. » (Bernanos)
Il y a beaucoup de non-dits sur François Fillon. Beaucoup de contrevérités. De désinformations. L’ensemble des médias, les uns pour s’en réjouir, les autres pour s’en affoler, le dépeignent comme un réac, un représentant de la France catholique et conservatrice. Tous mentent. Comme à leur habitude, mais en l’occurrence avec un culot remarquable, ils redoublent d’enfumages, d’intoxications, d’analyses fallacieuses. Car rien, absolument rien de la caricature grotesque qu’ils entendent imprimer dans « l’esprit » des électeurs ne résiste à l’examen du bilan politique de François Fillon, encore moins à celui de son programme présidentiel. Mais personne ne semble vouloir s’y mettre, à cet examen. Etrangement, tout le monde s’arrête devant les écrans de fumée médiatiques, comme tétanisé face aux innombrables couches de propagande, de falsifications, de mensonges éhontés à traverser pour atteindre la vérité. Comme si s’était établie entre « presse de gauche » et « presse de droite » une entente tacite pour donner de Fillon une image que tous les faits démentent. Ce brouillage permanent crée un flou artistique (il serait d’ailleurs temps de mettre à jour nos expressions, et de parler désormais de flou médiatique) qui suscite des erreurs d’analyse, des contresens, voire des énormités, lesquelles culminent dans ces déclarations de Robert Ménard : « François Fillon, c’est la victoire des valeurs. » « François Fillon, c’est une droite conservatrice assumée ; c’est la victoire de nos idées. » Ce qui veut dire, si l’on en croit les sympathies frontistes de Robert Ménard, que la victoire de François Fillon, c’est la victoire des idées de Marine Le Pen.
J’ignorais pourtant que, comme François Fillon, Marine Le Pen était favorable au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels. Je croyais au contraire qu’elle était la seule personnalité politique à avoir maintenu, avec une constance indéfectible, sa promesse d’abroger le mariage homosexuel — et l’adoption subséquente. Et j’attends toujours que d’éventuels objecteurs me citent une seule, je dis bien une seule déclaration de Marine Le Pen qui dénoterait un début de flottement sur cette question. Les charabias spongieux, les sophismes entortillés, les transferts d’attaques sur Florian Philippot et les pitreries mystificatrices des imposteurs de Sens commun ne changeront rien à cette réalité : Marine Le Pen est la seule candidate qui se soit engagée de manière claire, ferme et définitive à abroger le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. François Fillon, lui, les maintiendra. Il l’a dit, il l’a répété ; et c’est écrit en toutes lettres dans son programme. Mais il est vrai que « ceux qui ne veulent pas lire, ceux qui ne veulent pas comprendre ce qu’ils lisent, on ne les convaincra jamais. » (Philippe Muray) Pour les autres, ceux qui préfèrent la clarté et la vérité aux enfumages et aux mystifications, les choses sont limpides : avec François Fillon, ce grand défenseur de la famille et des valeurs traditionnelles, non seulement les couples homosexuels pourront se marier, mais ils pourront élever des enfants. Ce qui, de l’avis des plus grands pédopsychiatres (dont Aldo Naouri), est excellent pour l’équilibre psychique de ces derniers. François Fillon, une chance pour l’enfance.
J’ignorais également que, comme François Fillon, Marine Le Pen était « souverainiste européenne » (ce qui est magique, avec les mots, c’est qu’on peut les associer pour créer des signifiants qui ne recouvrent aucune réalité : on peut ainsi écrire, selon son bon principe de plaisir, « carré rond », « islamiste modéré », « nazi sympa » et « souverainiste européen »). Je croyais en effet que Marine Le Pen était simplement, bêtement « souverainiste ». C’est-à-dire, si l’on tient vraiment à ajouter un adjectif, souverainiste française — mais c’est un pléonasme. C’est-à-dire opposée à la confiscation de la souveraineté nationale — l’autre nom de la démocratie — par la lobbycratie bruxelloise. Confiscation opérée en grande partie par le gouvernement Fillon via le scélérat traité de Lisbonne, lequel piétina avec un dédain sans précédent la souveraineté populaire. Je croyais que Marine Le Pen souhaitait reprendre à l’oligarchie européiste les souverainetés que nos « dirigeants » lui ont abandonnées : souverainetés monétaire, territoriale, budgétaire et législative — quand François Fillon, ce docile laquais de l’Union européenne, veut perpétuer l’euro (qui nous protège, ça crève les yeux), le paradisiaque espace Schengen (qui nous protège, ça crève tout court), le traité budgétaire européen, et la primauté des lois euromaniaques sur les lois nationales.
J’ignorais aussi que, comme François Fillon, Marine Le Pen était immigrationniste. Je ne savais pas qu’elle souhaitait rivaliser avec le record historique d’immigration atteint par le gouvernement Fillon : 200 000 immigrés légaux par an, suppression de milliers de postes de douaniers, explosion du budget de l’Aide Médicale d’Etat. Je croyais également que contrairement à François Fillon, Marine Le Pen entendait supprimer le regroupement familial et le droit du sol. Jamais, non plus, et contrairement à François Fillon, ne l’ai-je entendue approuver les centres d’accueil pour les « migrants ». Surtout j’ignorais que, comme François Fillon, Marine Le Pen tenait le retour aux frontières nationales pour un « leurre » et une « démagogie ». Il me semblait que c’était l’exact inverse ; que des événements récents et moins récents (attentats du 13 novembre, de Nice et de Berlin, viols de Cologne, crise des « migrants », libre circulation des esclaves — pardon, des travailleurs détachés — , des prostituées, des armes, des trafiquants de drogue et des islamistes), elle avait tiré la conclusion que c’étaient plutôt les frontières européennes de l’enchanteur espace Schengen qui s’avéraient être un « leurre ». Une utopie. Donc, comme toute utopie, un vecteur de barbarie et de chaos. J’avais cru lire et entendre qu’elle faisait du rétablissement des frontières nationales une ambition majeure, et à vrai dire le socle de son programme présidentiel. Frontières économiques, bien sûr, pour en finir avec l’odieuse concurrence libre et non faussée (qui consiste à exploiter des esclaves pour vendre à des chômeurs) ; mais avant tout frontières migratoires, pour briser la libre circulation des esclaves et des islamistes et surtout, en arrêtant l’immigration massive, mettre un coup de frein à la fragmentation communautariste de la société française.
J’avais cru comprendre, en effet, que contrairement à François Fillon, Marine Le Pen n’était pas communautariste (ce qui en fait d’ailleurs une exception dans l’offre politique française) ; que ce n’était pas elle, mais bien François Fillon qui, en 2010, avait inauguré la grande mosquée d’Argenteuil — une première pour un chef de gouvernement —, tout jovial, en présence d’une petite fille voilée. Que ce n’était pas elle, mais bien François Fillon qui avait fait de l’Union des organisations islamiques de France — émanation des Frères musulmans, classée sur la liste des organisations terroristes par de nombreux pays dont les Emirats arabes unis — l’interlocuteur privilégié de notre République démocratique et laïque. Que ce n’était pas elle, mais bien François Fillon qui avait mis en place des mesures d’exemption fiscale pour attirer, dans notre beau pays des Droits de l’Homme, les investissements du Qatar et de l’Arabie saoudite — deux sympathiques pays démocratiques, tolérants et paritaires, qui financent par ailleurs le non moins sympathique terrorisme islamiste. J’avais cru entendre Marine Le Pen déplorer la fracture communautariste qui morcelle le peuple français et met en péril la paix civile ; j’avais cru l’entendre dénoncer la sécession culturelle, identitaire, civilisationnelle à l’œuvre dans les « territoires perdus » (sécession qui s’est considérablement aggravée lors du quinquennat Fillon, les centaines de Molenbeek et autres poudrières islamistes qui gangrènent la France n’étant pas tombés du ciel il y a un an) ; j’avais cru l’entendre condamner la salafisation des « quartiers sensibles » via des associations alimentées par les fonds qataris et saoudiens, attirés par les mesures incitatives de notre bon Fillon… « Fillon le catholique », donc, comme disent les perroquets des médias…
Enfin, j’avais cru comprendre que Marine Le Pen n’était pas possédée par un prurit de privatisation. Que les deux jambes de son programme ne s’appelaient pas libéralisations et privatisations. Qu’elle prônait, pour résorber le déficit de l’Etat, une approche un peu moins rudimentaire que de désengager celui-ci de certaines de ses missions. Méthode qui, au risque de vexer les dévots de l’Eglise ultralibérale, ne procède pas d’une grande subtilité… ni d’une grande imagination… Amputer plutôt que soigner : voilà la méthode du docteur Fillon. Du boucher Fillon, serait-il donc plus idoine de dire. Derrière ses airs de social-démocrate suédois, modéré à en crever d’ennui, docteur Fillon se révèle être une brute assez sommaire. « Un problème ? On ampute ! » : voilà la philosophie raffinée qui sous-tend les projets du boucher Fillon pour la sécurité sociale. Et pour la sécurité tout court (police, gendarmerie). Ah, il est certain que transférer des prérogatives de l’Etat à des entreprises privées, c’est un moyen de diminuer son déficit ! Qu’en déléguant un problème, on ne l’a plus à sa charge ! Un élève de CM1 y penserait. Mais se raviserait aussitôt en pensant que ce n’est évidemment pas la réponse qu’on attend de lui… Il est certain, également, que ces transferts de compétences raviraient lesdites entreprises privées, qui verraient alors s’ouvrir à elles des marchés colossaux et des perspectives de profit vertigineuses (et il faudrait vraiment avoir l’esprit tordu ou malveillant pour établir un lien entre le projet de François Fillon de privatiser la sécurité sociale, et l’amitié qui le lie à son clone Henri de Castries, ex PDG d’Axa, qu’il souhaite d’ailleurs voir intégrer son gouvernement). Ce qui est moins certain, en revanche, c’est le bénéfice de ces transferts pour le citoyen-consommateur… On pense à la sécurité sociale, bien sûr, et au parcours du combattant qu’il faudrait affronter pour se faire indemniser par les assurances privées ; on pense surtout à la réduction des effectifs de police et de gendarmerie au profit de sociétés de sécurité privées. Ce qui signifie que les plus riches pourraient toujours aligner les thunes pour se protéger du sentiment d’insécurité (comme disent les désinformateurs médiatiques), pendant que les plus modestes en seraient réduits à prier pour ne pas faire de mauvaises rencontres… et à serrer les fesses quand ils auraient pas d’bol, comme dit l’autre ectoplasme…C’est cela, sans doute, l’égalité républicaine
Quoi qu’il en soit, Marine Le Pen est aux antipodes de François Fillon concernant les moyens de réduire le déficit. Car si elle ne méconnaît pas les graves problèmes budgétaires de la France (dont Fillon est d’ailleurs largement responsable), elle n’entend pas pour autant se ranger à la solution de facilité — et de lâcheté — consistant à privatiser certaines de ses prérogatives. D’une part parce qu’il en résulterait de graves injustices, une accentuation des inégalités au sein de la société française ; d’autre part car de tels abandons de missions contreviennent à la conception que Marine Le Pen se fait du rôle de l’Etat. A ses yeux, en effet, ce dernier a avant tout vocation à protéger les plus faibles, et à assumer les fonctions régaliennes dans leur plénitude.
C’est d’ailleurs cette conception de l’Etat qui a traditionnellement prévalu en France, avec un succès jamais démenti ; c’est cette conception de l’Etat contre laquelle s’inscrit le tropisme ultralibéral de Fillon. Cela peut surprendre, de la part de quelqu’un que nos chers observateurs présentent comme attaché aux traditions… comme fidèle à l’esprit français  et comme gaulliste… D’ailleurs, Fillon lui-même se revendique fièrement de l’héritage de Thatcher. Il lui a sans doute échappé, à ce grand patriote, que Thatcher n’était pas française. Et que la crédibilité du modèle thatchérien avait du plomb dans l’aile, depuis que les ravages du libéralisme à outrance se voient comme le nez au milieu du visage… depuis, surtout, le Brexit et l’élection de Trump… Mais peut-être Fillon, ce grand visionnaire, considère-t-il ces événements comme négligeables…
 Ainsi, il est vrai que Marine Le Pen ne fait pas des sacro-saintes privatisations et libéralisations l’alpha et l’omega de sa doctrine de dépense publique. Qu’elle n’envisage pas de privatiser de larges pans de la sécurité sociale, ni de la force publique. Qu’elle ne promet pas, comme François Fillon, de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires (promesse qu’il faudrait vraiment être cruel pour y déceler une trace de démagogie), pour ensuite payer leur chômage… Elle entend au contraire reconstituer les effectifs de police et de gendarmerie décimés par le gouvernement Sarkozy-Fillon au moment précis où, compte tenu des menaces sans précédent qui pesaient sur la population française, il eût fallu les renforcer massivement (il paraît que gouverner, c’est prévoir ; drôle de parti de gouvernement). Elle veut que l’Etat se trouve enfin en mesure d’assurer efficacement ses missions régaliennes de police et de justice. Ce n’est pas du luxe, quand on entrevoit les épreuves qui arrivent… Elle souhaite également embaucher des fonctionnaires dans les hôpitaux. Toute personne s’étant dernièrement rendu aux « urgences » admettra volontiers que, là encore, ce n’est pas du luxe…En revanche, elle compte remettre de l’ordre et de la modération dans les effectifs des collectivités territoriales, lesquels ont explosé à la faveur de la décentralisation, de la régionalisation, et de l’ensemble des redécoupages administratifs de la France façon Frankenstein… Oui, elle compte faire le ménage dans toutes ces féodalités où règnent recasage, copinage, népotisme et favoritisme… où pullulent doublons et emplois fictifs…
Voilà donc un premier gisement d’économies. Pour le reste, Marine Le Pen entend résorber le déficit non pas en désengageant l’Etat de ses prérogatives, mais en licenciant les lobbycrates de Bruxelles (et en se passant de leurs mauvais et déloyaux services) ; en s’évitant les coûts dantesques de l’immigration légale et de l’accueil des « réfugiés » ; en éradiquant la fraude sociale ; en stimulant l’activité économique grâce à une monnaie nationale — donc adaptée à notre économie — et à des mesures protectionnistes (que tous les pays du monde mettent en œuvre, hors Europe) ; et en faisant ainsi baisser le chômage et son coût faramineux, autant direct qu’indirect.
Toutes ces problématiques, François Fillon les esquive soigneusement. Et pour cause : il n’a sur elles aucune prise. Car « son » programme relève d’une capitulation sans condition face aux exigences de l’oligarchie bruxelloise et, plus généralement, des fanatiques du libre échange sans frontières. « Ses » solutions ne sont que des expédients, des pis-aller déployés pour gérer les conséquences désastreuses du modèle économique et social appliqué depuis trente ans — et dont les économistes assermentés et autres escrocs médiatiques voudraient nous faire croire qu’il est de toute éternité. Si notre économie est dévastée, si notre industrie a disparu, si le chômage ne cesse d’augmenter, ce n’est pas en raison des rigidités du Code du Travail ou de je ne sais quel taux d’imposition des entreprises. C’est à cause de la monnaie unique — bien trop forte pour notre économie —, et de notre mise en concurrence libre et non faussée avec des pays quasi-esclavagistes. C’est cela, avant tout, qui explique les délocalisations et le chômage de masse. Et il faut bien comprendre que tant que nous persisterons dans ce modèle, l’anémie économique et le désastre social — et le déficit et la dette qui en résultent — se perpétueront. En effet, nous pouvons toujours sabrer les salaires, démanteler le Code du Travail, nous ne serons jamais aussi bon marché que des Bengalis, des Bulgares ou des Chinois. D’ailleurs, notre champion de la réduction des déficits a déjà eu l’occasion d’appliquer sa brillante doctrine. C’était entre 2007 et 2012. Cinq ans de gouvernement Fillon. Résultat : une explosion de la dette publique de 600 milliards d’euros — un record absolu… Mais le grand gestionnaire Fillon peut compter sur l’amnésie et l’aveuglement volontaire de ses électeurs, ces dupes de toutes les impostures… l’imposture Sarkozy hier, l’imposture Fillon aujourd’hui…
On le voit : sur les questions économiques et budgétaires, c’est une divergence de fond, quasi-philosophique, qui sous-tend l’opposition entre François Fillon et Marine Le Pen. Deux modèles de développement économique, deux conceptions du rôle de l’Etat se font face. Libéralisation, privatisations d’un côté ; protectionnisme, patriotisme économique de l’autre. Que des esprits ineptes ou malveillants caricaturent ces dernières options en économie administrée à la soviétique, ou en je ne sais quelle mélenchonnade, ne peut que faire hausser les épaules de pitié. Car il s’agit en vérité de remettre en œuvre le capitalisme d’Etat déployé avant elle par de Gaulle et Pompidou — et avant eux par Colbert —, avec à chaque fois un certain succès… Il s’agit non pas de se fermer aux échanges internationaux, mais de les réguler. Pour préserver le pays des délocalisations, et protéger les citoyens de la loi de la jungle. Fillon, comme ses clones Macron, Juncker et Hollande, souhaite au contraire les y exposer encore davantage. Ce libéral obtus n’entend aucunement remettre en question le modèle économique abject qui, depuis trente ans, détruit des pans entiers de l’économie française, et plonge des millions de Français dans la détresse. Il n’entend aucunement mettre fin au cauchemar ultralibéral. C’est au contraire une fuite en avant dans les eaux glacées de la mondialisation sauvage qu’il projette. Le plan magique de Fillon pour « recréer de l’emploi » ? Faire passer les Français du chômage à l’esclavage. C’est de toute façon sa seule marge de manœuvre dans le cadre de la monnaie unique et du libre échange sans frontières ; c’est ce qui se passe en Espagne, au Portugal, et dans tous les pays où nos économistes appointés nous annoncent en couinant d’extase que le chômage baisse… en se gardant bien de nous préciser à quelles conditions les gens, brisés par le chômage, acceptent désormais de se faire embaucher…
Souverainistes sociaux contre mondialistes libéraux : voilà le clivage qui structurera l’élection présidentielle de mai prochain. Clivage en germe depuis le virage libéral de Mitterrand (1983), manifesté clairement lors des votes du traité de Maastricht (1992), du traité de Nice (2000) et du Traité constitutionnel européen (2005) et qui enfin, en 2017, remplacera et enterrera définitivement le clivage gauche-droite. Il y a longtemps, d’ailleurs, que le clivage gauche-droite n’a plus de « réalité » que chez les journalistes et les militants politiques — c’est tout dire. Le peuple, que les mêmes médiatiques et politiques prennent pour un ramassis de débiles, a depuis longtemps compris que ce clivage gauche-droite était une couillonnade, une mise en scène grotesque destinée à vendre du papier, et à créer une illusion de débat démocratique pour mieux éluder les vrais sujets ; que la seule vraie fracture est celle qui oppose les défenseurs de la nation, de sa souveraineté, de son identité, à ceux qui consentent à sa dilution dans la « construction » européenne, le multiculturalisme et le marché tout puissant. Ceux qui se battent pour que les nations persistent, à ceux qui approuvent leur disparition sous les effets conjugués de l’immigration massive, du communautarisme, de la crétinisation consumériste et de la technocratie hégémonique. Oui, la seule vraie fracture est entre les souverainistes et les mondialistes : entre les démocrates et les lobbycrates.
C’est parce qu’il a compris cela que le peuple, dans sa majorité, ne se déplace plus aux élections intermédiaires. Il sait que les enjeux critiques n’y sont jamais abordés ; que les leviers décisifs sont dans les mains des technocrates de Bruxelles. Alors il ne vote plus. Refuse de jouer le jeu. Pour montrer qu’il n’est pas dupe de cette parodie de démocratie consistant à glisser un bulletin dans une urne pour ensuite voir appliquer des orientations contraires à celles qu’il a majoritairement réclamées. Comme l’a dit l’ineffable Juncker à l’occasion du vote du traité constitutionnel européen : « Si c’est oui, nous dirons : « On poursuit « . Si c’est non, nous dirons : « On continue » ». Ainsi, et contrairement aux sottises qu’on peut entendre à chaque soirée électorale, l’abstention bénéficie aux partis en place, et nuit au Front national. L’abstention est la réponse qu’ont trouvée ceux qui contestent les choix opérés par nos élites depuis trente ans : si les abstentionnistes reviennent aux urnes, ce sera pour voter Front national. Derrière leurs pitreries télévisuelles, les « partis de gouvernement » (leurs états-majors, en tout cas, pas leurs militants cocus) le savent bien. Ils savent qu’ils sont structurellement minoritaires. Et qu’ils ont donc intérêt à ce que l’abstention se maintienne à un haut niveau.
Quoi qu’il en soit, une fois de plus, le peuple ne s’est pas déplacé pour arbitrer le combat de nains Juppé-Fillon. Il savait bien qu’il n’avait rien à attendre du vainqueur, quel qu’il soit. Que ces deux apparatchiks étaient d’accord sur l’essentiel, à savoir l’abandon des souverainetés nationale et populaire à la lobbycratie bruxelloise, et la perpétuation de son agenda ultralibéral, immigrationniste et communautariste.
La seule élection pour laquelle le peuple se déplace encore significativement est la présidentielle. C’est la seule en laquelle il place encore quelques espoirs. Celle de mai prochain ne fera sans doute pas exception, même si cinq ans de Hollande, précédés de cinq ans de Sarkozy, ont gravement discrédité la fonction présidentielle, et entamé encore un peu plus la confiance résiduelle que le peuple nourrit pour celle-ci. Mais cela sera sans doute compensé par la configuration inédite de cette présidentielle : pour la première fois, en effet, elle opposera deux candidats qui incarnent parfaitement le véritable clivage de Maastricht. D’un côté un candidat immigrationniste, communautariste, sans-frontièriste et libre-échangiste — bref, européiste — ; de l’autre, une candidate souverainiste, protectionniste, opposée à l’immigration massive, au multiculturalisme et à la confiscation de la démocratie par l’oligarchie bruxelloise. Pour la première fois, le peuple pourra choisir une candidate qui porte ses aspirations. « Le peuple ? Quel peuple ? », me demanderez-vous. L’immense masse des perdants de la mondialisation sauvage. Les jeunes, les (ex-)ouvriers, les retraités pauvres, les agriculteurs. Tous ceux qui vivent les conséquences économiques et identitaires du refus des frontières : chômage de masse, précarité, islam agressif. Tous ces gens qui ont disparu des écrans radar des politiques et des médiatiques, et qui représentent 60% de la population française. Dix fois plus que l’élite électorale qui s’est récemment déplacée pour voter Fillon…
On ne se risquera pas pour autant à faire des pronostics. Mais une chose est sûre : si tous les électeurs se déplacent, Marine Le Pen l’emportera. Une autre chose est sûre : tous les électeurs ne se déplaceront pas. L’issue de cette présidentielle dépendra donc de la capacité de Marine Le Pen à balayer les dernières propagandes dont elle est victime, et à mobiliser les abstentionnistes. A susciter chez ces derniers un espoir suffisant pour qu’ils retrouvent le chemin des urnes. Sans cela, le quinquennat qui vient achèvera l’œuvre funeste des précédents. Il sera celui des funérailles de la France. Et de la mort de la civilisation européenne.

Populistes contre peoplistes

« Et j’aime l’asservi des chiottes médiatiques
Quand il voit démentis tous ses beaux pronostics. »
Philippe Muray

Le réel est cruel. Impitoyable. Brexit. Trump. « No » massif au référendum italien. A qui le tour ?

Oui, le réel est déchaîné. Il pilonne sans merci la chape de plomb médiatique qui, pendant trente ans, a maintenu à l’abri de la critique les discours et les agissements de nos élites médiatico-politico-artistico-intello-merdiques. Il envoie des peignées d’enfer à ces bataillons d’experts qui se trompent tout le temps, de sachants qui ne savent rien, de penseurs qui ne pensent rien, d’intellectuels qui ne comprennent rien, de spécialistes qui n’anticipent rien, d’éditorialistes qui n’expriment rien, de visionnaires qui ne voient rien venir, de tolérants qui ne tolèrent qu’eux-mêmes et de sondeurs qui ont perdu leur sonde — mais pas leur arrogance.

Pour ces êtres mi-flics mi-larbins, ces dociles chiens de garde de la pensée unique, la fin de règne est proche. Sous la pression de la réalité, leurs masques se fissurent. Leurs déguisements d’humanistes se déchirent. Leurs couillonnades idéologiques volent en éclats. Leurs entourloupes sémantiques ne dupent plus personne. La fable d’Andersen a pris un coup de vieux : ce n’est pas l’empereur qui est nu, mais le grouillement des petits marquis qui pullulent dans les rédactions parisiennes, sur les plateaux de télévision et derrière les micros de nos chères radios d’Etat ; tous ces serviles moulins à propagande qui, depuis trente ans, exercent une dictature étouffante sur la vie des idées. Leurs intimidations ne fonctionnent plus. Leurs mystifications sont de plus en plus vaines. C’est un immense éclaircissement. C’est le début de la fin de leur dogmatisme. De leur sectarisme. C’est le début de la fin de leur obscurantisme.
Mais ils ne s’en aperçoivent pas. Ces terroristes intellectuels ont tellement pris l’habitude d’écraser la contradiction sous les insultes, les hurlements d’indignation et les procès — faute d’arguments — qu’ils ne réalisent pas que plus personne ne les écoute. Ils se sont tellement crus l’incarnation du Progrès et de la Modernité, qu’il va leur falloir du temps pour prendre la mesure de leur ringardise et de leur gâtisme.
Pour la plupart, même, le temps ne fera rien à l’affaire — pour paraphraser Brassens. Car ils sont pris au piège de leur propre propagande. Englués dans le magma de mensonges, de désinformations, de falsifications, de foutaises idéologiques qu’ils déversent à flux tendu depuis trente ans. Ils ont tellement rabâché les évangiles médiatiques qu’ils ont fini par y croire. Ils ont tellement truqué l’information, falsifié les faits, ils ont si bien camouflé la réalité qu’ils ne la retrouvent plus.

Leurs lunettes médiatiques, qu’ils n’ont jamais ôtées une seule fois en trente ans d’« observation » et d’« information », les empêchent de percevoir les formidables mutations que nous vivons. Et à plus forte raison de les comprendre. Alors, à chaque fois que survient un évènement qui ne rentre pas dans leurs grilles d’analyse obsolètes, ils ne trouvent à lui opposer que des glapissements d’indignation et des injures impuissantes. « Celui-ci est fasciste, cet autre populiste. Celui-là stigmatise, et celui-ci divise. Quant à lui, très nauséabond, il est sexiste et xénophobe. ». Certains, même, résolvent leur impuissance spéculative par la démence pure, allant jusqu’à appeler au meurtre de ceux qui leur déplaisent. « Trump c’est le candidat qui redonne aux Américains l’espoir : l’espoir qu’il se fasse assassiner » a ainsi récemment déclaré un de ces bouffons hargneux. Ces philanthropes de salon, toujours ardents pour exhiber narcissiquement leur prétendu amour de la diversité, de la fraternité et de la tolérance, ont ainsi inventé le concept antinomique de tolérance à géométrie variable. De fraternité sélective.

Et de critique sans argument. En effet, vous aurez beau chercher : vous ne trouverez chez ces perroquets des médias aucune trace d’argument, ni d’explication. Juste un agrégat de stéréotypes, d’incantations et d’insultes. A force de croupir dans le prêt-à-penser médiatique, leur cerveau s’en est complètement imbibé, et est devenu impropre à construire une pensée articulée. Et ne parlons même pas d’une pensée personnelle…
Ces chiens de garde du système ne « pensent » qu’en meute. Ils ne se retrouvent qu’entre gens qui pensent comme il faut. C’est-à-dire qui ne pensent pas. Ils font la morale, bien plutôt. C’est ça, leur rayon. Ils n’argumentent pas : ils prêchent. Ils ne contredisent pas : ils excommunient. Leurs prétendus « débats d’idées » ne sont que des concours de vertu. Dans leur « esprit », il n’y a pas de contradicteurs : il n’y a que des blasphémateurs. Ces cul-bénits qui s’ignorent se croient areligieux, mais ils réhabilitent la mise à l’Index : toute analyse qu’ils ne retrouvent pas dans les évangiles médiatiques, c’est des rumeurs de la fachosphère. Tout ce qui n’est pas validé par les évêques du Monde ou de Libé, c’est des discours d’extrême-droite. Tout ce qu’ils ignorent, c’est du complotisme. Il y en a beaucoup… D’ailleurs quelqu’un qui voit des complots partout, c’est un complotiste, c’est entendu. Mais quelqu’un qui voit du complotisme partout ? Comment l’appelle-t-on ? Quoi qu’il en soit, ces pourfendeurs du complotisme voient des fachos partout…

D’où leur entre-soi forcené. D’où l’effarante uniformité idéologique qui règne dans les cercles médiatico-artistico-intello-politiques. Dans ces clubs de sosies, l’inceste intellectuel est la norme. Ils restent entre eux, se célèbrent entre eux, se confortent mutuellement dans leur déni de réalité et leur mépris du peuple. Entre miroirs, on s’entend bien. Et quand se profile quelqu’un qui ne pense pas comme eux, et risque donc d’ébranler leurs certitudes d’ignorants, ils font front (notamment « républicain »). « Populiste ! », glapit l’un. « Fasciste ! », rugit l’autre. « Heures les plus sombres de notre Histoire ! » reprennent-ils tous en chœur. Et ils se tapent la tête contre les murs.

C’est que la consanguinité idéologique génère des pathologies mentales désormais bien connues, car observables à grande échelle : abolition de l’esprit critique, haine de la liberté d’expression et de pensée, réflexe d’insulte, déni colérique du réel, prurit moraliste, paresse intellectuelle incurable. Même les plus brillants n’y échappent pas : car gros cerveaux ou non, ils tournent à vide. Refusent obstinément d’embrayer sur le concret. Saint Thomas ne croyait que ce qu’il voyait. Eux ne voient que ce qu’ils croient.

Autant dire qu’ils sont aveugles. Donc voués à se vautrer en permanence. Dernièrement encore, certains croient pouvoir anticiper une victoire écrasante de Fillon en mai prochain au motif qu’il vient d’obtenir, à l’occasion de la bien nommée primaire, les suffrages de… 6% du corps électoral. C’est d’ailleurs un mérite qu’il faut reconnaître à ces experts : celui de la constance. Ils sont tout le temps à côté de la plaque, et ils sont tout le temps épatés d’eux-mêmes. Plus ils se plantent, plus ils se vantent. Plus ils ont tort, plus ils s’adorent. C’est ce qu’on appelle l’aplomb de l’ignorant. L’arrogance des médiocres.
Le plus cocasse étant encore la méthode qu’ils ont trouvée pour conférer une apparence d’objectivité à leur déni de réalité : ils s’enivrent de fact-checkings caviardés, de décodeursfarcis de sophismes et de mauvaise foi, de dossiers désintox où les faits sont triés sur le volet et tordus dans tous les sens. Ces misérables opérations d’auto-intoxication ne servent qu’un but : tenir méthodiquement hors de portée de la réalité leurs utopies de plomb. Occulter tous les faits et tous les événements qui contredisent leurs fables. Et ainsi continuer à défendre, la conscience tranquille, les causes du désastre que nous vivons.

Ce club des aveugles autosatisfaits fait de plus en plus penser à certains aristocrates qui, au crépuscule de l’Ancien régime, s’avérèrent incapables d’entrevoir leur fin prochaine. L’esprit engourdi dans la torpeur de l’entre-soi, ils demeurèrent obstinément aveugles aux signes avant-coureurs du cataclysme qui s’annonçait. De la même manière que nos notables médiatiques, ils se glorifiaient entre eux, se faisaient mille grâces, mille minauderies, s’étourdissaient de pâmoisons flatteuses et caresses vaniteuses. Avant que surgisse la guillotine…

Bien sûr, cette analogie doit être nuancée : car il y a au moins deux différences majeures entre les aristocrates à la fin du XVIIIème siècle, et les médiacrates en ce début de XXIème siècle. La première étant que ces aristocrates étaient des géants d’intelligence et de raffinement comparés aux moins vulgaires de nos despotes médiatiques. Qu’ils contribuèrent de manière décisive à la grandeur et au rayonnement de la France, quand ces roquets enragés et aux trois-quarts illettrés ne font que l’avilir, la salir, la détruire. La deuxième étant que les médiacrates ne subiront pas le sort funeste des aristocrates à la Révolution. En effet Oscar Wilde, qui ne se trompe jamais, a écrit que « le journalisme justifie son existence par le grand principe darwinien de la survie du plus vulgaire. » Nos apparatchiks médiatiques survivront, donc. Ils prendront des raclées farouches, des torgnoles retentissantes, ils trépigneront de rage vengeresse à mesure que le réel taillera en pièces leurs utopies, ils s’en feront des ulcères inouïs, des dépressions féroces, mais ils survivront. Ils continueront de débiter leurs âneries, et de recevoir leurs subventions. Ainsi, faute de les lire et de les écouter, les citoyens continueront de financer leur train de vie. Et, en retour, de se faire insulter. Bref, rien ne changera à la routine actuelle. C’est d’ailleurs le seul clivage qui survivra à la recomposition en cours : le clivage entre ceux qui méprisent le peuple, lui font sans cesse la morale, et veulent en finir de toute urgence avec les référendums et la démocratie, et ceux qui compatissent aux drames que vit ce même peuple, à ses souffrances, à sa détresse. C’est d’ailleurs bien plus qu’un clivage : c’est une fracture. Profonde. Irréconciliable. La seule véritable ligne de démarcation. Celle qui oppose les élites politiques, médiatiques, « intellectuelles » et « artistiques », et leurs courtisans branchés et diplômés des grandes métropoles, au peuple. Les avocats de la mondialisation hideuse, à ses victimes. Peoplistes contre populistes. Un combat sans merci.