Les humanistes

 « Vous n’aurez pas ma haine », c’est uniquement pour ceux qui égorgent nos concitoyens. Tout ce qui est russe, en revanche, jusqu’aux handicapés russes, chats russes, poupées russes et même montagnes russes, mérite notre haine. Sans nuance ni modération. Sans espoir de pouvoir susciter la moindre pitié.

Lumières…

 Quand un conflit éclate, il y a les moutons, les suiveurs, les perroquets à propagande qui prennent immédiatement et docilement le parti qu’on leur indique comme avantageux socialement ; et il y a les héritiers de mille ans d’intelligence européenne qui, avant de prononcer un jugement, font l’effort d’instruire le dossier… de comprendre les enjeux… de connaître l’Histoire… de faire preuve de nuance… Inconscients ! Ils n’ont pas compris, ces raisonneurs candides, que dans notre Occident infantile, la nuance est un crime ; que le manichéisme est la vertu suprême.

Patriotisme mondain

 

Au milieu des horreurs de cette guerre ukrainienne, il est un doux spectacle source de réconfort : c’est de voir des bobos devenir patriotes. C’est d’entendre des gens qui ont passé leur vie à conchier le drapeau et à diaboliser la fierté nationale, être saisis de transes de tirades élogieuses à l’endroit des héros nationaux, des sauveurs de la nationet de la résistance de toute une nationcontre l’envahisseur. C’est d’écouter ces inconditionnels de l’amour de l’Autre (même s’Il les agresse) et du « Vous n’aurez pas ma haine » (même si vous égorgez mes compatriotes), exiger furibonds l’usage le plus féroce des armes les plus létales contre les orduriers ennemis de la nation. Les nouveaux convertis sont souvent excessifs… Une question, cependant, reste encore en suspens : ces nouveaux patriotes le seront-ils un jour pour leur propre pays ?

Moutons

 Contre des djihadistes présents sur notre sol et massacrant nos concitoyens : des nounours, des bougies, « Vous n’aurez pas ma haine. »

Contre un pays lointain engagé dans un conflit auquel, gavés de certitudes d’incultes, ils ne comprennent rien : glapissements de haine, « Envoyons des tonnes d’armes !! »

Les voies du conformisme sont des plus tortueuses.

Vers la barbarie

 Manichéisme, inculture et esprit de troupeau : voilà les trois piliers de la pensée occidentale moderne – qui se donne à voir dans toute sa subtilité à l’occasion de cette crise ukrainienne. L’avenir s’annonce glorieux. 

Les bébés diplomates

 Si j’en crois la nouvelle doctrine diplomatique de ce gouvernement — chef-d’œuvre de finesse, de tempérance et de discernement —, il s’empressera au prochain Bataclan de saisir les biens immobiliers de tous les musulmans présents en France. Et de les empêcher d’exercer leur profession. Et de leur retirer, le cas échéant, leurs titres de séjour. Et j’ose à peine imaginer ses discours et ses actes, à la prochaine campagne de frappes israéliennes…

SOS Rucisme

 Tiens, personne pour s’indigner du racisme anti-Russes… Ni même pour tenter de le juguler… Tout au contraire : nos champions du Pas d’amalgame, du Faut pas généraliser et du Faut pas stigmatiser se révèlent les plus fanatiques pourvoyeurs de discours de haine qu’on ait entendus depuis longtemps. « Vous n’aurez pas ma haine », qu’ils disaient en revanche à des monstres ayant égorgé, décapité et rafalé à la kalach leurs propres concitoyens… De là à les traiter d’escrocs… Et de complices du pire… 

Pas d'amalgame

 Dans le tumulte et les passions de cette crise ukrainienne, certains, de plus ou moins bonne foi, confondent Russie et Union soviétique. Pas moi. Je vomis l’Union soviétique et surtout le communisme (contrairement au Monde, à Libé et à toute l’intelligentsia française quand il ravageait la Terre). Je ne suis pas de ceux qui, après avoir idolâtré Lénine et Staline, s’improvisent humanistes en tapant sur Poutine. Et je comprends la haine que les peuples ayant subi le cauchemar communiste vouent à la Russie – même si cette haine me semble anachronique : eux aussi confondent Russie et Union soviétique, mais on ne peut demander à des esprits ayant enduré un tel traumatisme de faire la part des choses. Les autres doivent comprendre que les enjeux contemporains n’ont plus rien à voir avec la Guerre froide : les autres doivent condamner l’exploitation cynique, par les Américains, des souffrances inouïes de ceux qui, abandonnés par l’Occident, ont vécu l’enfer communiste – qu’ils soient baltes, polonais, roumains ou… ukrainiens.