L’art, l’âme et le bourgeois

Quand un bourgeois se mêle d’art, on n’est jamais déçu. N’ayant avec son âme qu’un rapport très ténu, le bourgeois est incapable de comprendre que la peinture est l’expression d’une âme – et très accessoirement la représentation d’une scène. Ainsi débite-t-il, tout fier de son savoir consensuel donc faux, l’inepte lieu commun selon lequel c’est la photographie qui aurait tué la peinture, machine à représenter la réalité. Inutile de lui opposer que la mort de la peinture est la conséquence de la guerre à l’âme menée par les Lumières : le bourgeois ne croit pas qu’on puisse perdre du temps à cultiver son âme. Et il est trop orgueilleux pour reconnaître qu’il a eu tort. Toute sa vie, donc, le bourgeois récitera fièrement cette sottise, que la peinture était l’ancêtre de la photographie, convaincu sans doute qu’avec la photographie, Rubens et Raphaël auraient fait des selfies à la place de leur autoportrait. Et pris en photo la Vierge à l’enfant et la crucifixion de Jésus.

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