Jésus et les philosophes

Le catholicisme est un pédantisme. Dans ses modalités contemporaines, en tout cas. Jésus s’exprimait de manière simple, à l’aide de paraboles compréhensibles par tous ; les catholiques parlent comme des notices d’art contemporain. « La dévotion au Cœur du Christ n’est pas le culte d’un organe séparé de la personne de Jésus : nous contemplons et adorons Jésus-Christ tout entier, le Fils de Dieu fait homme, représenté dans une image où son cœur est mis en évidence. » ; « Le désir de connaître intimement le Seigneur et de faire un colloque avec lui, cœur à cœur, est caractéristique du dynamisme spirituel et apostolique ignatien, tout entier au service de l’amour du Cœur de Dieu. » ; « Dans le Cœur du Christ est vivante l’action de l’Esprit Saint, auquel Jésus a attribué l’inspiration de sa mission et dont il avait promis l’envoi lors de la dernière cène. » Qui demande à un catholique de parler de sa foi se retrouve immanquablement enseveli sous un fatras de jargon prétentieux, de platitudes pontifiantes et autres casuistiques ronflantes au fond duquel gît, mort, le seul mot important : amour. Entre la prose impétueuse de Saint Paul et la logorrhée spongieuse de BHL, les catholiques ont choisi… Y compris, et surtout, le clergé catholique. Rien n’est plus enivrant qu’une messe de Mozart ; rien n’est plus affligeant qu’une messe contemporaine. Cette liturgie soporifique, ce cérémonial terne, ces longues phrases filandreuses, atroces, interminables, qui font mille détours et qui ne disent rien, ces chansons ridicules, ces mélodies idiotes, ces paroles d’une niaiserie à peine imaginable : il faut vraiment aimer Jésus pour consentir, une heure par semaine, au supplice de la messe. Des messes « animées », si l’on peut dire, par des missionnaires fonctionnaires de l’Église qu’aucune flamme n’anime. Et qui sont, paraît-il, les messagers de Jésus. Les témoins de son amour. Et de sa joie. Et de la victoire de la vie sur la mort… Ce qui, à bien y réfléchir, est finalement assez réussi, en tout cas pour le dernier point : ils ont tout de morts-vivants, ces notables torpides qui sont, paraît-il, des prêtres. Des prêtres tièdes. Des prêtres vides. Des prêtres qui ressemblent beaucoup plus à des fonctionnaires qu’à des missionnaires. Des prêtres dont on se demande bien quel est leur but, sinon de faire passer le message du Christ pour un charabia pâteux d’intellectuel chiant (pléonasme). Des prêtres qui haïssent le silence. Comme le Diable… Des prêtres qui ne voient pas où est le problème à transformer la maison de Dieu en centre de performances d’art contemporain (encore lui…), mais trouvent extravagant et même très irrespectueux (contrairement à l’art contemporain, sans doute) qu’on leur demande de pouvoir s’y recueillir. Des prêtres dont la seule utilité est de rendre limpide cette phrase : Dieu vomit les tièdes. Car quand on réalise la sale gueule qu’a l’Église depuis qu’elle est devenue un tas gluant de tièdes, cette certitude s’impose : l’enfer, c’est les tièdes. Et l’Église n’est plus un rempart à l’enfer – pour parler par litote. Des âmes étiolées s’enivrant de mots vides : voilà l’Église contemporaine. « Qui se sait profond s’efforce d’être clair ; qui veut paraître profond s’efforce d’être obscur » a écrit Nietzsche (qui était beaucoup plus catholique qu’il ne le pensait). Jésus, c’est la solide simplicité d’un message d’amour ; les catholiques contemporains, c’est une frénésie d’ergotages vaniteux, de péroraisons creuses, de verbiages ampoulés, de boursouflures sémantiques, c’est l’exhibition prétentieuse de connaissances et de concepts qu’ils s’ingénient à rendre obscurs pour paraître subtils. Mais Jésus n’était pas un philosophe. Jésus n’était pas un intellectuel tortillant du pétard pour dire des choses impressionnantes et incompréhensibles. Jésus était un cœur infiniment aimant. Présenter le message de Jésus comme un mystère d’initiés procure sans doute à ceux qui s’y adonnent une satisfaction narcissique ; il n’est pas certain que cela donne au monde beaucoup d’amour.

2 commentaires sur « Jésus et les philosophes »

  1. Oui c’est vrai qu’on s’ennuie ferme à l’église pendant la messe.

    Vous avez tout très bien dit sur les paroles des chants, la musique, l’intellectualité du discours, la torpeur des présents etc

    Heureusement certaines églises présentent une architecture enjouée, modeste ou bien aux beaux volumes, où quelques vitraux multicolores laissent entrer leur lumière réjouissante, cela nous distrait, invite au voyage et permet à l’oisif ennuyé de vagabonder dans ses pensées.

    Allez: des idées pour un nouveau rite!

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