
Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours — de poésie, jamais.
Baudelaire
Le covid a tué 800 000 personnes. C’est fâcheux.
Mais le covid a surtout éradiqué des dizaines de millions de touristes. C’est merveilleux.
Le covid a eu raison du plus terrible fléau de la modernité : le tourisme de masse. Il a accompli ce miracle, d’abolir ce qui semblait inéluctable. De résoudre l’insoluble. D’inscrire le mot « Fin » à un cauchemar qui s’annonçait sans fin.
Liquidant ce nuisible essentiel qu’est le touriste contemporain, le covid nous a délivrés de l’ignoble spectacle de sa vulgarité inculte et arrogante ; il a, par là même, restitué à la planète un peu de poésie. Elle est dorénavant un lieu plus habitable. Plus respirable. Plus humain. Le covid nous réhumanise. Ou, tout au moins, limite les occasions d’exprimer notre barbarie.
Peu importent, dès lors, les quelques méfaits du covid ; ils sont dérisoires au regard de cet immense bienfait : l’extermination des touristes. Qui a pu arpenter Rome en août post-covid, même en souffrant personnellement des séquelles de ce covid ; qui a pu, loin de l’obscène grouillement des monstres sur Segway et des barbares sur Instagram, savourer la paix et la beauté de la Ville éternelle, ne peut que le reconnaître : le covid est une bénédiction.
Certes, seulement voilà : ce qui a empêché l'invasion du vulgum pecus festivus vous empêche également d'aller et venir à votre guise dans votre propre environnement.Dieu sait que moi aussi je hais le Touriste, mais je hais encore plus l'enluqué qui m'interdit désormais (depuis hier matin pour être précis) de sortir sans muselière en pleine rue à 100 mètres de chez moi ce en plein jour.Ne vous y trompez pas cher Nicolas : nous perdrons tout dans ce processus et les rares bénéfices périphériques ne sont que l'œuvre du diable qui parfois porte pierre.
J’aimeJ’aime
Sans doute avez-vous raison, et suis-je trop naïf ; il n'en demeure pas moins que ce sursis est délectable. C'est toujours ça de pris, avant le très probable retour en enfer.
J’aimeJ’aime
Le mal et le bien sont étroitement liés. Quand l'un progresse l'autre le fait autant.
J’aimeJ’aime
Etrangement, cette reflexion est très… touristisque ^^
J’aimeJ’aime
Donc l’idée est d’être soi-même un touriste mais sans les autres touristes.
J’aimeJ’aime
Exactement ; enfin, sans CES autres touristes, ces monstres, ces barbares :http://les-minuscules.blogspot.com/2016/07/le-tourisme-est-une-nevrose.htmlSi les touristes contemporains n'étaient pas des archétypes d'arrogance et de vulgarité, sans doute m'accommoderais-je moins difficilement de leur présence. Cela dit, libre à vous de trouver ces horreurs merveilleuses ; et de vous réjouir de ce désastre anthropologique.
J’aimeJ’aime
Cher Nicolas,Je ne crois pas qu'il existe « des » touristes particuliers : il n'y a que des touristes, nécessairement monstrueux et barbares puisque c'est dans leur essence même.Le xanthoderme qui débarque de Wuhan pour se prendre en selfie au Louvre a peu de rapport avec un jeune Hollandais du XVIe siècle réalisant son Grand Tour !
J’aimeJ’aime