OSEZ LE PENIS !


On accuse souvent les féministes de haïr le sexe masculin. C’est injuste. Elles sont, dans ce domaine, d’un paritarisme exemplaire : c’est tout le sexe qu’elles souhaitent voir disparaître. C’est l’érotisme qu’elles veulent abolir. C’est la possibilité même du désir qu’elles veulent supprimer. Le féminisme, ce n’est pas la guerre des sexes, c’est la guerre au sexe.
A ceux qui en douteraient encore, la dernière campagne de rééducation sexuelle lancée par le collectif « Osez le féminisme ! » apporte une preuve éclatante.
On peut ainsi voir, dans les rues de Paris, des affiches figurant un immense entrecuisse béant, dessiné avec une absence scrupuleuse de soin : quatre espèces de langues rouge sang, gigantesques, flasques, pendantes, censées symboliser les lèvres, sont surmontées d’un affreux barbouillage indiquant la toison pubienne. Nausée garantie. Qui se double d’étonnement quand je m’avise que ce désolant gribouillis ne ressemble à aucune des rencontres de mon existence pourtant juponnière. Et s’aggrave de colère quand je lis, sous cette hideuse représentation de la source plus ou moins lointaine de tous les délices de l’existence, le message suivant : « Osez le clito ! ». A l’extrême vulgarité du dessin, nos élégantes féministes ont donc décidé d’ajouter celle du texte. On ne se refait pas…
« Osez le clito ! », donc, voilà les ordres. Après avoir réussi l’exploit de désérotiser le fondement même de l’érotisme, ces sensuelles féministes nous enjoignent d’oser le clito. Et en effet, il faut oser, après l’avoir vu comme elles le voient. Qui aurait envie d’approcher d’une horreur pareille ? Quel être normalement constitué pourrait éprouver du désir face à cette vision cauchemardesque de l’organe le plus fascinant, le plus enivrant du corps féminin (et donc du corps humain, puisque le corps masculin n’est rien) ?
On le voit bien : sous couvert d’incitation à des pratiques sexuelles soi-disant peu répandues (on se demande d’ailleurs d’où nos féministes extralucides tirent cette information, et surtout de quel droit elles se mêlent de l’intimité des gens ; toujours ce prurit totalitaire qui démange les frustrés, les enragés, les jaloux, les grincheux, de régenter la vie privée des gens, c’est-à-dire de les rendre aussi malheureux qu’eux), ces « féministes » veulent l’éradication du sexe par exhibition jusqu’à l’écoeurement. Pour leur prochaine fausse campagne de promotion du clito(mais vraie campagne de vaccination contre le clito), je leur conseille de montrer une photo de cramouille ravagée par un herpès carabiné, ça ira plus vite.
D’ailleurs, en parlant de campagne publicitaire, je croyais avoir compris que les féministes se battaient farouchement contre la réduction de la femme à sa dimension sexuelle, et que la moindre image publicitaire représentant uncorps féminin légèrement vêtu (insulte à la dignité de la femme comme chacun sait, vous me le copierez cent fois) leur arrachait d’interminables caquets d’indignation. Fulminer contre les images publicitaires avilissantes pour les femmes et inonder les rues de gros plans d’entrecuisses béants, voilà qui ne manque pas d’originalité, ni de cohérence. Pas moins que de prétendre s’opposer à la transformation de la femme en objet sexuel et de ne parler que de son clito — et encore, avec une crudité, une grossièreté inouïes. Il faut en effet se rendre sur le site internet de ces vieilles filles illettrées pour prendre toute la mesure de leur vulgarité et de leur démence.
Qu’écrivent-elles, ces douces ? Eh bien d’abord, comme de juste, qu’elles sont pleines d’humour, débordantes de joie de vivre et pétillantes d’allégresse tourbillonnante. « Notre méthode ? Travail, humour et patience ». « Nous souhaitons afficher un féminisme joyeux, efficace, décomplexé, et surtout… connecté ».  (ça ressemble à quoi, un féminisme connecté ? Et connecté à qui ? A quoi ? Sûrement pas à ce que je pense). Il est toujours plaisant d’entendre les plus hargneux roquets, les plus amers rouscailleurs, les enragés désolants coléreux se présenter comme des êtres épanouis, ravis, pétulants, radieux. Quand quelqu’un éprouve le besoin impérieux de vous dire et de vous répéter qu’il est heureux et plein d’humour, vous pouvez être sûr que son malheur est extrême. Et qu’il va tout tenter pour vous faire identifier son intense détresse à la plus délectable plénitude. Son idée fixe est de vous rendre aussi hystérique et haineux que lui.
Ces féministes n’ont donc qu’un but : vous refiler leur ressentiment. Faire que vous aussi consacriez votre existence à rabâcher sans rire (bien que vous ayez beaucoup d’humour) que « le clitoris est l’objet de dénigrements », que c’est « un vrai sujet de société », et que surtout, surtout, le clitoris « ne va pas sans interroger fortement les fondements de notre société ». Que vous aussi déchiffriez des complots partout et ne trouviez rien de grotesque dans la thèse d’une entente secrète entre « littérature, philosophie et médecine », d’une conspiration au fil des siècles pour disqualifier la femme (tandis que la réduire à ses organes sexuels, en parler comme d’un clito sur pattes et en écrire le mode d’emploi à grand renfort de croquis dégueulasses n’est bien sûr pas la disqualifier) ; que vous aussi passiez votre temps à beugler contre une prétendue société patriarcale (disparue depuis longtemps, il n’y a qu’à voir dans la rue les bataillons de papas châtrés avec bébé en bandoulière) ; que vous aussi fustigiez rageusement la soi-disant différence des sexes qui est, tous les slips le savent, une construction purement culturelle — et sans jamais vous aviser que même si vous aviez raison, la culture de l’humanité ne tombant pas du ciel, elle a peut-être quelque chose à voir avec sa nature…
Nos adorables féministes aiment tellement l’humanité qu’elle ne rêvent que de la changer. Elles tiennent tellement à la liberté des femmes qu’elles leur interdisent de se sentir tout simplement complémentaires des hommes (et vice-versa, donc). Elles souhaitent tellement leur épanouissement sexuel que quand elles leur parlent de sexe, il n’est question que de biologie, de mensurations et de technique (« les deux bulbes vestibulaires mesurent environ 5 cm de long et se réunissent au-dessus du vagin, entre le clitoris et l’orifice urinaire »), soit les ennemis absolus de l’érotisme. Mais cela ne doit pas nous surprendre : comme je l’ai déjà dit, ces femmes ne seront tranquilles que quand tout désir (c’est-à-dire toute contradiction ; c’est-à-dire toute vie) aura été liquidé. C’est que, pour des raisons qu’il serait trop long d’exposer ici (et qui tiennent souvent à une histoire personnelle douloureuse — les féministes méritent à ce titre toute notre compassion), elles sont terrifiées par le mystère de l’altérité, de l’irréductible et merveilleuse dissymétrie entre hommes et femmes. D’où leurs éloges furtifs mais récurrents de la sexualité autoérotique (parodie de la sexualité prépubère), moyen d’esquiver la rencontre avec le différent, le jamais vraiment connu. Bien sûr, ces pauvres femmes sont libres de mener leur (non-)vie sexuelle comme bon leur semble. Mais de grâce, qu’elles cessent de harceler celles qui vivent une sexualité spontanée (mais y en a-t-il une autre ?), ne diluent pas leur plaisir dans des délires paranoïaques, et ne confondent pas jouissance et allégeance. Il en reste si peu ! La prétendue libération sexuelle (qui ne visait, on commence enfin à le comprendre, qu’à nous libérer du sexe), avec son exhibitionnisme obligatoire et sa manie de mesurer le plaisir, a déjà ruiné le désir de la plupart des humains. Mais les féministes ne s’arrêteront pas là ; à nous de nous demander si nous voulons vivre dans le monde puritain où elles nous mènent tambour battant.
Et je préfère ne pas connaître la réponse.

12 commentaires sur « OSEZ LE PENIS ! »

  1. « avec son exhibitionnisme obligatoire et sa manie de mesurer le plaisir, a déjà ruiné le désir de la plupart des humains. »Mais non, mais non! Qui se soucie de leurs diktats? Pour parler crûment, ce sont des mal-baisées qui ratiocinent et grand bien leur fasse!

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  2. J'aimerais tant que vous ayez raison, Ordalie.Hélas, il me semble bien qu'entre « l'éducation sexuelle » profusément dispensée à l'école, la pornographie à tous les étages, et le mimétisme consumériste triomphant associé à la prolifération des « réseaux sociaux » qui entravent plutôt qu'ils ne lient, bien des êtres humains (à tous le moins en France, et de moins de trente ans) sont maintenant plus effrayés qu'autre chose à l'idée d'aller vers un plaisir à partager.

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  3. Les féministes ne se battaient pas précisément « …Farouchement contre la réduction de la femme à sa dimension sexuelle » on ne cherchait qu’à changer l’idée de femme-sac-à-foutre en femme-personne-vivante-avec-des-emotions-des-preferences-et-des-envies… Çe qu’a bouleversé l’humanité, on le dirait.

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  4. Bonjour,j'ai découvert votre blog depuis peu et je vous trouve fort intéressant. Nombre de vos textes sonnent juste et emportent l'adhésion (que je sois convaincu à l'avance doit jouer certainement), mais pour ce coup-ci j'ai des réserves.Mettre (inélégamment) le clitoris en avant est un moyen d'affirmer que les femmes ont droit, elles aussi, au plaisir sexuel déconnecté de la procréation. De nombreuses femmes sont clitoridiennes et vivent sans plaisir leur sexualité avec des compagnons qui ne jurent que par la pénétration.Je pense qu'il faut tenir compte de cet aspect là du combat féministe puisque, si les abus de ce combat ne se comptent plus, certaines causes féministes sont pertinentes.Si les féministes les plus actives et revendicatives sont souvent excessives et ridicules elles ne doivent pas invalider certains de leurs combats.Bonne année à vous !

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  5. Hi hi billet taquin cette fois,bon comme souvent,il m'a fait pensé ce documentaire a la tv un jour,une salle de musculation,une femme,algerienne,dopée aux stéroïdes elle etait claire sur ce point,elle dit de ce fait «il faut trouver le partenaire qui accepte qu'a cause des anabolisants,j'ai un clitoris de..hem,5cms de long!»Sacré micropenis que voilà!

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  6. 99% de femmes s'emmerdent en baisant  » c'est de Brassens ! lui etait surement un connaisseur ! vs vs exprimez une haine de frustré dans votre article , beaucoup de femmes n'arrivent pas a jouir avec le sexe d' un homme mais sont clitoridienne ! et non vaginale ! la preuve quand on voit le nombre d'homme en manque de sexualité si votre joujou extra etait tellement magique et extra leur femmes s'en occuperait, les hommes maries n'iraient pas voir ailleurs ou chez des p….! on sent chez vs une haine du sexe feminin !

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  7. Merci ma douce, vous êtes bien aimable. Et puis vous au moins vous n'êtes ni frustrée ni aigrie ni haineuse; vous respirez la sérénité et l'épanouissement (et la bienveillance envers le sexe masculin). Je vous embrasse. Où vous voulez.

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  8. Je vois clairement, derrière ces campagnes de rééducation en tous genres qui demandent un gros investissement de temps et d’énergie, la manifestation d’un évident désœuvrement. Le militantisme petit bourgeois est intimement lié au développement de la civilisation des loisirs. La disparition du travail ayant pour conséquence la multiplication des redresseurs de torts, nous promet bien du plaisir…

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  9. Je suis bien trop vieux, en tout cas bien trop fatigué, pour me plonger dans toute la richesse de ce que vous avez écrit, longuement, en fouillant, au cours des années. Mais je parcours, je m'arrête, j'apprécie. Il y a déjà quelques semaines que je voulais vous répondre sur ce texte hautement clitoridien. Mais l'alliance de ma fatigue et de ma paresse (dont témoigne mon blog à parution infréquente et aléatoire) m'en dissuadaient. Pourtant, le genre de « docu » sexo-clito-fémino-vulvoïdal que diffusait Arte ce soir, « Viva la vulva », est une piqûre de rappel. Vous évoquez l'invraisemblable schéma montrant des « langues rouge sang, gigantesques, flasques, pendantes, censées symboliser les lèvres », et j'avais tiqué comme vous à la vue de cet appareillage. Bien que médecin, j'ignorais tout de cette machinerie : il s'agit en fait de « l'anatomie interne » du clito(ris), avec ses bulbes (?) et ses racines (?), qui a fait son apparition à ma connaissance il y a moins de deux décennies… En plein délire féministe, dans une quête éperdue « d'égalité » avec les hommes, les fumelles se sont découvert tout un énorme appareil secret, encore plus grand que le sexe masculin, et complexe au-delà du raisonnable. « Plus, c'est mieux », ont-elles l'air de dire, alors que justement c'est une forme d'art que de découvrir comment se servir du « bouton » tout petit et que les jeunes filles, de mon temps (années 60) ignoraient dans une large mesure. Bref. Je n'ai pas pu manquer ce soir (vous non plus, peut-être…) le « viva la vulva » diffusé par Arte. Je me disais que sous ce titre faussement enjoué, il y avait peut-être des choses intéressantes, du nouveau (du nouveau sur la conscience féminine, je veux dire, parce que pour un médecin en fin de vie il n'y a guère de nouveau à découvrir dans ce lieu d'apaisement toujours renouvelé). Je n'ai trouvé que du consternant, ou presque. Mais c'est sociologiquement intéressant. Je vous conseille donc vivement de parfaire votre instruction (ou votre éducation, comme on dit désormais) en regardant ce docu ici : https://www.arte.tv/fr/videos/079452-000-A/viva-la-vulva/. Vous saurez des tas de choses vagues sur le bulbe et sur la choquante asymétrie entre phallus et vulve.En tout cas, merci pour ce que vous faites.

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  10. Je ne lis cet article que maintenant et je le trouve excellent et si juste. Plus de 10 ans après, l’exhibition du privé dans la sphère publique ne s’est pas arrangée et tous ceux (à commencer bien sûr par l’Etat) qui veulent régenter la vie intime sont en marche accélérée… je pense notamment à l’ignoble déploiement d' »éducation sexuelle » à l’école, qui fait des ravages au sens propre du terme. Agenda de déconstruction et d’asservissement. Bref, il faut toujours plus préserver l’intime et le privé.

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