Les mutants



Celui qui se sait profond s’efforce d’être clair ; celui qui voudrait sembler profond s’efforce d’être obscur. 

Nietzsche
Dans le prolongement des textes « CSP+ » et « Les élites illettrées », voici un nouveau florilège du charabia de mutant de nos élites. Une nouvelle occasion d’admirer à quelle profondeur « pense », et avec quelle élégance s’exprime la fine fleur de l’Occident contemporain. Une nouvelle occasion de vérifier, s’il en était besoin, que le niveau monte. Que notre époque est résolument celle de la beauté et de la grâce. Et que l’Histoire considérera notre civilisation d’esthètes avec un immense respect — que dis-je, avec un intense émerveillement.
Mais trêve de commentaires et de critiques : place aux faits. Place au terrain. Ouvrons les guillemets. Et cédons la parole à nos analphabètes en costume cravate :
« 
J’pense qu’on commence à être en capacité de savoir les questions qu’on s’pose.
L’innovation, ça vient des gens qui ont des problèmes et qui innovent.
Ca vaudrait l’coup qu’on martèle ce warning.
Il faut en discuter de comment on met ça en place rapidos.
Alors moi j’vais r’bondir sur c’que tu viens d’dire.
J’suis d’autant plus à l’aise de dire ça que c’est pas moi qui le dis.
Ce nombre est assez significativement supérieur par rapport à celui observé par ailleurs.
C’est intéressant de voir l’écart entre la contrainte ou pas.
Pour savoir ce qui se passe, il faut de l’info sur ce qui se passe ou pas.
Ca soulève quoi, ça ?
Est-ce qu’on peut pas dire je sais pas, tu vois ?
Oui nan mais j’suis d’accord.
C’est fou le pessimisme ambiant qui règne.
Y a des petits écarts assez légers.
Ca ils l’ont fait conjointement ensemble.
On peut se faire une lunch-session pour en parler.
Ca continue parce que c’est pas fini.
On est intéressé par qu’est-ce qu’on pourrait avoir.
Comment on clarifie un plan d’action commun ensemble ?
C’est ça, j’ai envie de dire.
On vit dans un monde qui est un monde mouvant.
Il faut qu’on fasse une présentation sur qui fait quoi.
Faut être partie prenante d’aller dans des sens qui créent de la valeur.
Il faut innover collectivement avec les autres.
A mon avis tout le monde a à apprendre de l’autre.
Ca c’est la première réunion avant les suivantes.
Ca pourrait être un axe par rapport auquel il faudrait qu’on travaille sur ce point là.
Ca n’engage que moi mais par rapport à ce que vous dites y a un sujet qui m’a frappé.
Ca change parce que c’est pas la même chose.
Pasqu’en fait c’qui s’sont aperçus c’est qu’en fait c’est pas ça.
Attends je finalise le premier jet.
Je sais pas s’il est spécialiste ou pas.
Comme j’fais pour challenger ? Sachant qu’jai pas les éléments autoportants ?
Est-ce que vous êtes d’accord avec ce consensus ?
C’est un peu bizarre parce que c’est étrange.
On devrait bientôt pouvoir avoir un premier sentiment de si c’est bon ou pas.
Il faut forcer le trait sur ce point.
Je vais me consacrer sur ce point dorénavant.
Le Thalys, c’est copieux le petit déj. Et quand tu voyages l’après-midi tu as droit à un en-cas. C’est top.
Il faut déterminer le critère le plus prépondérant.
Je t’ai envoyé un petit relent il y a une semaine pour te relancer.
Plus nous serons nombreux, plus nous serons pertinents collectivement pour réussir.
Ca peut être possible, potentiellement.
On propose une différenciation des différentes offres.
Faut prendre en considération les vrais trucs.
Si c’est pas vrai ça risque d’être faux.
Qu’ils le fassent ou même s’ils le font pas, ils auront pas d’effet d’aubaine.
Du coup ça nous impacte en conséquence.
C’est une discussion qu’on pourrait faire.
Y a pas d’souci.
C’est sur là-dessus que je voulais partager.
Ca te parait clair un peu du coup ?
Le point qu’on évoquait il est pas évident.
En tout cas, voilà.
J’ai échangé pas mal de choses entre nous.
Pour les réponses aux réclamations j’ai constitué une réclamothèque.
On se prononcera ultérieurement par la suite.
Là déjà, y a des questions qui s’posent.
L’histoire de ces trucs là machin, les enjeux, pfffiou…
Vu de maintenant, j’ai pas d’alerte. Donc a priori pas d’alerte.
A priori ça devrait pas changer, sauf si y a des changements.
Si tu veux, moi, mon sentiment, c’est que, bon voilà quoi.
Je suis dans l’truc, tac tac tac, voilà tu vois.
Si y a des grosses conneries ou j’sais pas quoi, qu’est-ce qu’on fait ?
Moi c’que j’constate c’est que j’ai pas cette impression.
Voilà moi c’est c’que j’dis à date.
Ca a été discuté à l’oral.
J’le sens pas, ce point là.
Ca c’est pas le plus prioritaire.
Y a déjà eu pas mal de points sur ce point.
Ca marche ou ça marche pas ? Si ça marche pas faut faire en sorte que ça marche, sinon je pense que ça ira.
Je préfère les documents écrits qu’oraux.
Est-ce que nous pouvons finaliser les travaux demain soir si on fait comme cela ?
Il me faut la liste, sur lequel nous n’avons pas accès au lien envoyé, et où tu devais te renseigner pour avoir une liste propre.
 
Ca nous permet de pouvoir avoir une vision synthétique.
 
Nous n’avons pas accès au fichier sur le lien que tu nous as envoyé pour accéder au fichier.
 
Merci de vos retours au plus vite afin que nous puissions avancer au plus vite.
On n’a pas une pléthore de choix mais bon.
Cet hôtel c’est différent que le Hilton c’est sûr.
Il faut mettre tout le monde sur un même pied d’égalité.
J’me suis un peu arrêté un peu rapidement.
C’est fou comme c’est compliqué quand c’est pas clair.
Je fais simplement qu’appliquer les formules.
Tu penses que la loi peut nous permettre de faire ça ?
Salut ! Tu vas bien et toi ?
Y a un truc qu’est pas très clair dans c’que j’comprends pas.
C’est peut-être probable que ce soit possible.
Pour te rappeler en mémoire, je te rappelle de quoi il s’agit.
Si ça joue ou autre, bon ; mais si ça joue pas beaucoup, tu vois, bon…
Est-ce que ça sert vraiment à rien, ça, ou pas ?
Tu m’as affirmé ça de manière affirmative, et maintenant tu te rétraques !
Il faut se méfier des dangers.
Ca te dit un p’tit point rapide ?
Je t’appelle parce que j’ai une question assez bête à te poser.
Ca prend un peu de temps parce que c’est un peu long.
Je sais pas si j’me suis peut-être trompé ou pas.
C’est pas encore acté effectivement même si c’est acté dans les faits.
Ca cadre pas forcément avec le cadre.
Je t’envoie un mail avec ce que j’ai besoin dedans.
On fait une dernière passe sur ce point ?
J’ai un premier jet qui est prêt, tu veux que je te l’envoie direct ?
Ceux-là ils ont le droit d’être éligibles.
Est-ce que vous avez besoin d’éléments supplémentaires ou pas ? Ou d’autres compléments, éventuellement ?
Ca peut arriver que ça arrive jamais.
Je l’ai refait à nouveau.
Ca normalement c’est pas normal.
Si c’est ok c’est ok.
Il faut faire un point sur tous ces points.
On peut s’interroger si ça durera sur la durée, je veux dire dans le temps. Et si oui, pour combien de temps.
Tout ce qui n’a pas changé, c’est la même chose.
Ca leur laisse l’espoir qu’ils voient que en face tient compte de leurs besoins.
T’as pas le choix : c’est un truc qui fait que tu prends le truc.
Quelque part, ça se foisonne entre eux.
Plus le portefeuille est important plus ça se foisonne.
Si c’est 0,2, y a pas de raison que ce soit 0,3.
Il faut qu’on passe ça dans des réunions assez rapides.
Pour moi, j’pense qu’ils peuvent pas faire autrement que de continuer dans la continuité de l’existant.
Il faut faire juste ce qu’il y a à faire, ni plus ni moins afin de ne pas en faire trop ni trop peu.
Ca permet de pouvoir faire ça.
Les prestataires doivent prester : c’est leur raison d’être.
Il est possible de peut-être ne pas tout refaire.
Y avait des gens présents qui étaient là.
Ah c’est actuellement en cours ?
J’pense qu’à mon avis t’as raison.
Attends deux secondes il faut que je m’interface !
Si tu prends autre chose et moi autre chose, alors on n’aura pas la même chose.
Quel est ton ressenti, par rapport à là-dessus ?
Pour le moment, en fait, ce que j’ai opté c’est ça.
La première année où je suis arrivé.
Une question nous a été posée pour savoir si on est d’accord.
C’est un système d’information assez important.
L’objectif, c’est que cette réunion soit assez conclusive.
L’ordre de grandeur, il est juste énorme.
Y a des nouveaux risques qui sont en train d’apparaître.
Il faut essayer d’être capable de faire ça.
Je sais pas s’il faudrait pas qu’on fasse ça ou pas.
Ca peut aller dans les deux sens, hein : dans un sens comme dans l’autre.
Ca va venir vite : c’est éminent.
J’pense qu’à mon avis ça me va.
Là je prends un cas qui n’est pas le même cas.
C’est pas le cas pour ce cas.
Là c’est relativement pas trop ambigu.
Y a une task-force qu’a été montée sur le sujet.
A priori, on pourra être capable de ça.
J’suis pas très à l’aise avec la façon dont on fait ça ou autre.
Pour être clair, on sait pas trop comment expliquer ça.
C’est pas encore très clair, ce qu’on fera ou pas.
Faut qu’tu tartines tes coûts sur ta totalité !
Et toi, t’es originaire de quelle origine ?
Non mais là j’me focuse sur un cas en particulier.
J’ai fait une phrase là-dessus.
Ah, c’est eux qui leadent ? Mais c’est pas à nous de leader, là ?
J’pense qu’un jour on l’fera. J’sais pas si c’est tout de suite ou quand mais oui, on l’fera.
Quand j’dis « on », c’est collectif.
Tu as peut-être des infos complémentaires par rapport à ce qu’on a ?
J’suis pas débile : je sais le sujet.
T’y as déjà réfléchi ? Ou pas trop ?
Sur ce sujet-là, y a pas de sujet.
On n’est toujours pas au clair de ce qu’on veut faire ou pas.
Je ne pourrai peut-être pas être en capacité de faire ça.
C’est quasiment presque pareil.
C’était une demande qui a été faite.
J’te fais demain une présentation de ce sur quoi on a parlé.
J’sais pas si c’est bien clair pour tout le monde machin ou quoi.
J’ai pas d’a priori a priori.
C’est bon ? T’as sorti les sorties ?
Y a pas une deuxième alternative ?
Je pense que ça a un sens au sens où ça veut dire quelque chose.
J’ai pas encore très bien saisi qui quoi qu’est-ce ? Je sais pas ?
J’pense pas qu’on ait tous les éléments, au contraire.
OK j’pense peut-être qu’ils pourraient demander de le faire ; mais honnêtement j’pense pas.
Comment dire ?… Machin truc il est pilote de ce processus ?
Il sera peut-être là ou pas. On verra.
Potentiellement, on peut le faire, mais on pourra pas le faire.
Est-ce que ça, on sait ou pas ? Eh bien ça je sais pas.
Est-ce que tu es capable de faire une demande pour cette demande ?
Les deux vont de paire : ils sont corrélés entre eux deux.
Tu vas répondre si oui ou non tu veux.
Potentiellement, on peut rendre ça possible.
Le fait de faire ce geste, ça déclenche le process.
Est-ce qu’on a une info, et est-ce que le cas déchéant l’info est pertinente ?
Les juristes ils font un travail de juridique.
On regarde la question de savoir s’il est pertinent de se positionner sur le sujet ou pas.
Je pense que c’est vraiment pas très simple, au contraire.
Là j’ai strictement rien du tout.
Là ça devient juste complètement ridicule.
Moins ça se sait, plus c’est confidentiel.
L’idée c’est de finaliser le machin.
Demain on se consacre uniquement à ce point : c’est une journée de consécration exclusive sur ce point.
Humainement, il est sympa.
Les coûts faut voir si on les a pas couverts ou pas.
Ca faut le dire à l’oral donc pas l’écrire.
Moi, mon sentiment, c’est est-ce que ça vaut le coup ?
Ni l’une ni l’autre des solutions est bonne.
Je parle de nos clients qui achètent nos produits.
On se base sur l’utilisation d’approches de type big data.
On a développé des outils d’innovation innovants.
La réalité virtuelle, c’est concret.
C’est urgent, mais modérément.
On peut être en capacité de faire ça.
Il faudra qu’on s’organise pour l’organisation.
Demain je présente ma présentation.
Normalement c’est pas normal.
Si t’as pas ça ou autre, comment tu fais ?
Tu te bases sur quelle base ?
C’est sur la partie « Qu’est-ce qu’on propose ? ». En clair.
On fait ça pour éviter toute suspicion ou autre.
On a pris la position de dire : on veut défendre ce qu’on veut pousser.
Je pense qu’il va falloir qu’on soit obligés de faire quelque chose.
Tout le monde se mêle de tout, dans les sujets.
Ca, faut qu’on le partage ensemble.
C’est provisoire, pour le moment.
Y a un projet qui se monte.
C’est complètement pas du tout à jour.
Il faut donner du sens sur à quoi ça sert.
De toute façon cette question c’est un vrai sujet.
Ca c’est des évolutions pour s’adapter de manière évolutive.
Je sais pas ce que ça veut dire dans le sens : c’est quoi ?
Faut qu’on discute à haut niveau sur comment on s’organise sur qui fait quoi comment.
C’est des modalités quand même assez impactantes.
J’ai cru comprendre que qui fait quoi n’est pas encore défini.
Ca c’est une surprise à laquelle on s’attendait pas.
J’pense que ça, à mon avis, j’pense que c’est pas complètement défendable.
On a listé tous les points point par point.
Il se peut que ça puisse pas être possible, au final.
Il reste combien de clients restants ?
Et si on le fait ou pas, est-ce que ça change ?
Il faut travailler à la sustainabilité du système.
Ca c’est mutualisé en commun.
Ca on le fera pas. A moins qu’il faille le faire.
Je m’interroge sur si on le fait ou pas.
Si c’est des pouillèmes ok ; si c’est pas des pouillèmes faut voir.
Faut qu’on regarde l’enjeu ; parce que tu comprends, si l’enjeu est faible c’est moins important que s’il est pas faible.
C’est légèrement un peu différent.
Ce qui est quasiment probable, c’est qu’il va se passer quelque chose sur ce sujet.
Pour répondre à ta question : je peux pas t’dire.
Je suis en attente d’une proposition de « comment fait-on concrètement ».
Si oui, qui et quand répondra à la question sous-jacente ?
Je suis d’accord avec la proposition de rédaction proposée.
Y en a un qui prévaut sur l’un par rapport à l’autre.
Là y a un enjeu de problématique.
Prévenez-moi s’il y a quelque chose ou autre.
Vaut mieux qu’on anticipe avant plutôt qu’après.
Pour ça, faut faire un ad hoc spécifique.
« On », ça veut dire collectivement.
Y a un p’tit bisbille mais c’est en train de se résoudre.
Dans ça faut qu’on mette not’nez d’dans parce que ça va nous péter dans la tronche.
On s’interroge sur notre capacité à être capable de pouvoir faire ça.
On peut supposer que c’est peut-être ça.
Quelqu’un peut évaluer l’estimation ?
Ca donne quand même des indices sur l’état de la situation actuelle.
C’est pour une durée de temps limitée.
L’intérêt des discussions sur le sujet, c’est de prendre conscience qu’il y a un sujet.
C’est un truc qui pourrait être possible.
Il faut soulever tous les points problématiques qui posent problème.
A travers les questions, on se questionne, on se pose des questions, et c’est sain.
Ca c’est un sujet qu’on pourrait peut-être faire émerger dans le document.
Là où je m’interroge, c’est comment on pourrait faire vivre cet écosystème là.
« – Tu veux dire quoi, par French tech ?
– Bah, tous les clusters ! »
Faut qu’on se voie pour partager ce qu’il faut introduire.
Est-ce que ça c’est vraiment évident pour tout le monde, et vice et versa ?
Le point, c’est de monitorer.
Si on est convaincu que ça a du sens, faisons le, si on est convaincu que ça en a pas, ne le faisons pas.
Ce que je mesure pas, c’est dans quelle mesure y a une stratégie plus intéressante l’une que l’autre.
Y a un vrai boulot : c’est pas juste pouf c’est fini.
Ca, faut vraiment l’avoir en tête dans notre poche.
Voilà ! La suite à suivre ! 
»

PS : aussi ahurissant que cela puisse paraître à ceux qui n’ont pas encore pris la mesure du désastre anthropologique en cours, chacune des monstruosités linguistiques ci-dessus est certifiée authentique.

Idiots utiles

Le communisme avait ses idiots utiles ; il n’y a pas de raison que l’écologisme, autre utopie dévastatrice, n’ait pas également les siens. 
Des esprits moutonniers, dont la capacité de déni est telle qu’ils restent obstinément aveugles aux catastrophes engendrées par leurs chimères (et qui vont exactement à l’encontre de leurs intentions claironnées). 
Ce sont les lobbies éoliens qui doivent rigoler, d’être soutenus par des gens dont ils font les poches pour défigurer la nature. Au nom de la nature. Et sous leurs applaudissements enamourés. 

minuscule


Nous avons tué notre roi ; ne nous étonnons pas d’être gouvernés par des marquis.
Nous avons refusé la grandeur ; ne nous étonnons pas de vivre à genoux.
Nous avons voulu être égaux : nous voilà exaucés. Tous nains.
Ce cliché, en effet, n’est-il pas le plus beau manifeste égalitariste qui se puisse imaginer ? La preuve la plus exaltante que le programme indifférenciateur de l’Occident touche au but ? Que désormais, et pour notre plus grande satisfaction narcissique, tout se vaut ?
Le coquet pédant qui nous sert de Président n’est que le produit de deux siècles de haine de la hiérarchie, de la verticalité, de la grandeur. L’aboutissement inévitable de notre rejet de la transcendance.
Toute verticalité, en effet, procède de transcendance ; toute hiérarchie est subordonnée à l’existence de ce sommet. Comme un chapiteau s’écroule si le sommet défaille, une civilisation sans Dieu est vouée à l’affaissement, au rabougrissement, et à la mort.
Ainsi, quoi qu’en disent nos « intellectuels » et autres entourloupeurs professionnels, la généalogie de la dégringolade inouïe de l’Occident est facile à retracer. Elle tient en trois mots : refus de Dieu. Une civilisation qui fait de l’homme la mesure suprême, une civilisation dont le sommet n’est plus Dieu se condamne à viser toujours plus bas. A se ratatiner sans relâche. Puis à disparaître comme un pet.
Il y a un peu plus d’un siècle, Nietzsche écrivait : « Dieu est mort ». Il oubliait d’ajouter que l’Occident allait le suivre dans la tombe.
Une civilisation qui méprise assez l’homme pour nier son âme ne peut que devenir méprisable. Et mettre à sa tête des hommes méprisables — lesquels ne sont jamais que le miroir de l’image qu’elle se fait de l’homme. Des êtres sans ampleur, sans honneur, sans dignité et qui, d’outrages en humiliations, la mènent à la mort qu’elle s’est choisie.

Les merveilleux droits

La « civilisation des droits de l’homme » est une contradiction dans les termes. Une antinomie. Un oxymore.
Il n’est de civilisation que des devoirs de l’homme. 
« Droits de l’homme » est une locution ronflante pour « caprices ». Pour refus des contraintes. Pour règne sans partage du principe de plaisir. 
Derrière « droits de l’homme », il faut entendre  « caprices du bébé ». Donc stérilité. Donc effondrement.
C’est ce qui arrive à l’Occident puérilisé, n’ayant plus comme fierté que son hochet des droits de l’homme.
En privant l’homme de contraintes, l’idéologie des droits de l’homme empêche celui-ci de grandir et, précisément, de devenir un homme. 

L’idéologie des droits de l’homme assigne l’homme au berceau : l’idéologie des droits de l’homme est le tombeau de l’homme. 

Progrès

En échange de l’impôt, les aristocrates de jadis protégeaient le peuple, et faisaient rayonner la France ; en échange de l’impôt, les politiques d’aujourd’hui abandonnent le peuple, et font s’effondrer la France.

Seul l’islam peut nous sauver

Une humanité d’une culture aussi élevée, et par là même aussi fatiguée que l’est aujourd’hui l’Europe, a besoin non seulement des guerres, mais des plus terribles — partant de retours momentanés à la barbarie — pour ne pas se voir frustrée par les moyens de la civilisation de sa civilisation et de son existence mêmes.
Nietzsche (1878)

Pour que dans le cerveau d’un couillon, la pensée fasse un tour, il faut qu’il lui arrive beaucoup de choses et de bien cruelles.
Céline

Il y a quelques semaines, la presse italienne révélait que le pape, en 2013, avait fait pression sur le Premier ministre italien pour qu’il rapatrie et accorde inconditionnellement l’asile aux clandestins qui tentaient de rejoindre les côtes européennes. Peu après fut lancée l’opération Mare Nostrum, coup d’envoi des formidables vagues migratoires qui, depuis, déferlent sans relâche sur le Vieux continent. Des vagues qui charrient des milliers de soldats de l’islam, dont l’intention de soumettre l’Europe à la loi d’Allah n’est niée que par les menteurs et les ignorants.

Ainsi va le progrès. Les papes, jadis, prêchaient la guerre sainte contre l’islam ; notre pape, aujourd’hui, organise la guerre sainte de l’islam. Toute petite nuance de préposition…

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire tout le mal que je pensais de ce pape. De mon pape. De notre pape.

J’ai déjà pris la plume pour exprimer toute la colère que suscitait en moi ce guide de l’Église catholique qui fait tout pour hâter le triomphe de l’islam.

J’ai déjà dépeint le mélange de consternation et de dégoût que m’inspirait ce chef du catholicisme qui se félicite de l’imprégnation musulmane croissante de l’Europe.

Eh bien, j’avais tort. Il me faut désormais réviser mon jugement.

Certes, je maintiens que ce pape est criminel. Je le maintiens car ce n’est pas un jugement, mais une vérité rigoureuse. Un constat objectif.

C’est une vérité rigoureuse, car son éloge épaté des migrations le constitue en complice objectif de trafiquants d’êtres humains. Des mafias de passeurs aux patrons philanthropes (qui font turbiner ces esclaves 2.0 dans les cuisines de leurs restaurants et les chiottes de leurs hôtels), tous les exploiteurs de la misère humaine se félicitent que le pape non seulement bénisse leurs turpitudes, mais réclame que tout soit fait pour les faciliter (ajoutons, pour couper court à des objections prévisibles, qu’à un niveau de responsabilité tel que celui du pape, la naïveté n’est pas une excuse, pas davantage que l’ignorance).

Que l’action du pape soit criminelle est un constat objectif, sur lequel s’accordent tous ceux — et plus encore toutes celles — qui ne vivent pas sur des plateaux de télévision ni dans des salles de rédaction. Les femmes de Cologne, par exemple. Et celles de Berlin. Et celles de Stockholm. Et toutes ces femmes d’Europe qui ne sortent plus sans leur alarme ni leur bombe lacrymogène (la mode, sans doute). Et, bien sûr, tous les policiers. Et les criminologues. Et les juges. Tous ces gens qui côtoient le crime depuis des années et constatent, effarés, l’explosion des taux de viol, de vol, d’agressions au couteau, d’égorgements, d’attaques à l’acide. Et d’attentats.

Partout en Europe, l’ignominie se banalise. Le chaos se répand. La barbarie prend des formes inédites dans ces contrées où, jadis, furent atteints les plus hauts sommets de l’humanité. Ces contrées où accostent désormais chaque jour de nouveaux islamistes, venant gonfler les rangs des djihadistes déjà présents depuis plusieurs décennies et qui, patiemment, attendent leur heure… Parfois, un ou deux, un peu moins patients, décident d’anticiper. Poignard, kalach, camion ou camionnette. Allah Akbar. Un mort. Ou deux. Parfois cents. Premiers sangs très modérés, avant le grand carnage. Mises en bouche dérisoires, avant les étripages de masse. Des étripages d’une sauvagerie sans précédent, que notre pape aura appelés de ses vœux. Des étripages auxquels le pape aura pour ainsi dire donné sa bénédiction. Pape François, saint patron des étripeurs…

Pourtant, je le disais, je n’en veux pas à notre pape. Je ne lui en veux plus. Et c’est paradoxalement en apprenant que mon pape avait été bien plus qu’un approbateur : un catalyseur de l’invasion islamique de l’Europe, que j’ai compris mon erreur. C’est en lisant que notre Saint Père avait non seulement souhaité, mais concrètement provoqué l’appel d’air qui amène sur notre sol des milliers de djihadistes, que j’ai réalisé que je ne pouvais qu’avoir tort. Car notre pape ne pouvait pas être si bête : son entêtement forcené dans l’erreur était trop absurde pour ne pas être, en vérité, plein de sens. Un sens auquel, jusqu’alors, j’étais resté hermétique. Un sens qui, désormais, me paraît évident.

Tout cela grâce à une question, une simple question ; une question toute bête, en forme de réponse. Une question-réponse. Et s’il n’y avait pas l’islam ? Que deviendrait l’Europe ? Et s’il n’y avait pas les migrations ? Où irait l’Occident ? Qu’adviendrait-il de l’homme occidental, si rien ne venait enrayer la débâcle miteuse dans laquelle il est engagé depuis deux siècles ?

Quelle allure pathétique afficherait l’homme occidental, après encore cinq ou dix décennies de gavage au médiatisme, au consumérisme et au droit-de-l’hommisme ? Quelles stupéfiantes difformités mentales manifesterait-il, après un nouveau siècle de dressage aux crétinismes féministe, écologiste et antiraciste ? Quelles perversions insoupçonnées développerait-t-il, après un siècle supplémentaire de narcissisme-égocentrisme-exhibitionnisme ? Un nouveau siècle d’addiction aux selfies, à Facebook et à Adopte un Porc ?

Que resterait-il d’humain dans un tel monstre ? Que resterait-il de vivant dans cette besace léthargique, sous perfusion constante de stimuli narcissiques et de sottises médiatiques ? Que resterait-il de libre dans cet automate inerte, cette mécanique uniformisée, ce robot vidé de toute émotivité, de toute délicatesse, de tout sens critique ? De toute capacité d’étonnement ?

Le devenir-amibe de l’homme occidental est allé trop loin. L’extraordinaire rabougrissement de la vie intérieure qu’il subit depuis deux siècles ne peut plus durer. Le cerveau dévasté, et l’âme anéantie, l’homme d’Occident n’est plus en mesure de mener à bien un quelconque projet de civilisation.

Car la vacuité à perpétuité n’est pas un projet de vie. Ni de civilisation.
Or l’Occident, désormais, ne propose plus que ça : la perpétuation ad vitam de l’absence de sens. Le sommeil éternel de l’âme.

Une fois qu’on a saisi cela, une fois qu’on a pris conscience du désastre anthropologique qui se déroule en Occident, l’irruption brutale de l’islam prend toute sa signification. Elle apparaît même comme une nécessité historique. Une nécessité à laquelle le pape, figure historique majeure, ne peut que s’associer. En pleine connaissance de cause, ou avec une dose d’inconscience, là n’est pas la question. Car nous ne saurons jamais vraiment ce qui se passe entre les oreilles de ce jésuite ; si cet esprit retors, assurément bien moins candide qu’il n’y paraît, agit en toute clairvoyance, ou s’il joue son rôle sans en percevoir la portée exacte. S’il influence l’avenir de l’Europe de manière parfaitement réfléchie, ou s’il fait l’histoire sans tout à fait savoir l’histoire qu’il fait…

Une chose est sûre, en tout cas : par islam interposé, le pape envoie à l’Europe une claque monumentale, dans le but de la réveiller.
Il n’est pas sûr que cela fonctionne ; il est même très probable que cette rouste inouïe soit fatale à l’Europe ; mais il faut essayer. Car c’est le seul espoir.

Sans l’électrochoc de l’islam, l’Europe n’a aucune chance de sortir du coma dans lequel elle est plongée depuis qu’y règnent les droits de l’homme à n’être rien. L’Europe est allée trop loin dans l’anémie intellectuelle et spirituelle pour espérer s’en tirer sans douleur. Et, surtout, sans risque. L’islam est le traitement de la dernière chance. Un traitement de choc, qui nous tuera sans doute ; un traitement de choc qui, seul, peut nous sauver.

L’alternative, en effet, est entre cette épreuve redoutable, et la mort assurée ; car l’Europe contemporaine, c’est-à-dire l’Europe déchristianisée, c’est-à-dire l’Europe coupée de ses racines, est un organisme dévitalisé qui, depuis deux siècles, s’achemine lentement vers la mort. Bien sûr, au début, elle faisait illusion, elle semblait en pleine forme ; c’est facile quand on a pour soi l’élan de 1 800 ans de catholicisme…
Mais une fois coupée l’irrigation par le catholicisme, l’assèchement de l’Europe, puis son effondrement, étaient inéluctables. Nous y sommes. L’Europe, aujourd’hui, n’est plus une civilisation : c’est un immense enclos de cons arrogants, impuissants à créer quoi que ce soit de respectable et, moins encore, de durable. Cette Europe rabougrie, atrophiée, stérile, n’est plus que le fantôme d’elle-même. Et ce n’est pas en dopant cette junkie aux valeurs, en la droguant à l’antiracisme, en la shootant à la tolérance ou en lui faisant sniffer des rails de diversité qu’on la sauvera ; c’est en la reconnectant à son principe de vie. Un principe de vie dont on a tellement dégoûté les Européens, qu’il leur semble un poison, alors qu’il est la vie… La vie, et le vrai amour de l’humanité. Aux antipodes de l’escroquerie droit-de-l’hommiste qui, flattant l’homme, n’aboutit qu’à l’avilir… Comme le Diable de la Genèse…

Mais ils y tiennent, à leurs illusions : l’aveuglement des Européens est si profond, leur attachement à ce qui les tue si intense, leur rejet de ce qui les sauverait si féroce, que seule la raclée dantesque de l’islam est susceptible de leur remettre les idées en place.

C’est par le traumatisme de l’islam que les Européens réaliseront l’inconsistance de leurs « valeurs », la vacuité de leurs prétendus « droits de l’homme » et, plus généralement, la vanité des modes idéologiques qui se succèdent depuis deux siècles avec la prétention de se substituer aux soubassements catholiques de l’Europe. Avec quel succès…

L’islam va rouvrir le chapitre « Religions » dans l’esprit endormi des Européens. Porter de terribles coups de bêche dans leur âme en friche. Retourner avec une vigueur toute particulière ce terrain abandonné depuis des décennies.

Oui, les Européens vont avoir tout « loisir », si l’on peut dire, d’expérimenter la douceur de l’islam… religion de paix, de tolérance et d’amour, comme ils disent… Puis, une fois leurs yeux dessillés, une fois qu’ils auront compris ce qu’est concrètement la vie sous l’islam, leur regard se portera très naturellement vers le catholicisme…Ce catholicisme qu’ils couvrent actuellement de crachats et de sarcasmes, qu’ils considèrent au mieux comme un héritage désuet… un fatras folklorique sans grande utilité… La religion obscure d’un passé étouffant, quand elle est leur seul espoir d’un avenir libre…

Mais avant qu’ils comprennent cela, avant qu’ils réalisent que leur unique chance d’en finir avec la barbarie se nomme « catholicisme », il va falloir qu’ils en passent par des décennies de destruction et de douleur.

La compréhension, désormais, est hélas à ce prix : les Européens sont trop déculturés, trop abrutis de propagande pour être sensibles aux mises en garde, aux arguments et aux rappels historiques. Les voies intellectuelles sont définitivement fermées ; toute discussion est vaine : seules, la souffrance concrète, la démonstration par les faits pourront, peut-être, leur ouvrir les yeux. Et encore, rien n’est moins sûr…

Les Européens sont en effet passés maîtres dans l’art sophistiqué du déni… de l’explication à côté de la plaque… du charabia pâteux pour se convaincre que ce qui se passe n’est pas ce qui est en train de se passer… Voir leur extraordinaire obstination, aujourd’hui et depuis déjà de longues années, à ne pas regarder leurs ennemis en face… à ne pas entendre leurs Allah Akbar… à ne pas lire l’histoire du Prophète dont ils se réclament, et ne font que reprendre l’offensive conquérante…

Il y a longtemps que les Européens, déconnectés de toute exigence de vérité, pataugent dans la pensée magique. C’est-à-dire dans la non-pensée.

Pour se remettre à penser, les Européens devront donc aller au bout du désastre. C’est au bout des massacres, au bout de la destruction, au bout de l’enfer, que renaîtra peut-être l’esprit des Européens. C’est par la tyrannie islamique qu’ils redécouvriront la valeur inestimable de leurs racines catholiques. Qu’ils comprendront, surtout, que toutes les religions ne se valent pas… que toutes ne suscitent pas exactement la même civilisation… Et que, par conséquent, les religions ne peuvent pas « vivre ensemble », contrairement aux âneries médiatiques qu’ils radotent servilement sans jamais songer à les remettre en cause…

Alors leur apparaîtra le choix qui s’offre à eux : rechristianisation, ou islamisation. L’alternative sera celle-là. Il n’y en aura pas d’autre. L’alternative est d’ores et déjà celle-là. Il n’y en a pas d’autre. Mais les Européens ne le savent pas encore. Le crâne saturé de diarrhée médiatique, ils croient encore que leur égalité, leur parité et leurs valeurs républicaines les sauveront. Mais les valeurs républicaines n’existent pas, sauf dans les matinales de France Inter. Et je défie quiconque est en désaccord de me définir concrètement ces valeurs républicaines dans les dix secondes qui suivent. Bon… Nous sommes d’accord… Les valeurs républicaines n’ont aucune réalité. Ce sont des éléments de langage que brandissent les bourriques politiques dès qu’elles sont en difficulté, pour intimider ceux qui voudraient révéler leur action destructrice de la France et de l’Europe et proposer un programme alternatif à leurs dévastations. Mais des éléments de langage ne font pas un projet de civilisation. On ne fait pas grandir l’humanité avec des foutaises de communicant. Par conséquent les valeurs républicaines ne nous seront d’aucun secours pour affronter les défis qui arrivent. Comme elles sont apparues, elles disparaîtront. Retourneront à leur insignifiance originelle.

Fin des « valeurs républicaines » et autres couillonnades que notre époque sécrète à flux tendu. Fin de la récré. Retour aux choses sérieuses. Retour aux religions.

C’est d’elles, et d’elles seules, que naissent les civilisations. C’est par elles, et par elles seules, que les civilisations se perpétuent. 1 500 ans de catholicisme, 150 ans de République… Le premier vit encore, la deuxième a déjà rejoint son crépuscule…

La parenthèse de néant ouverte il y a deux siècles est sur le point de se refermer. L’Histoire va reprendre.

C’est bientôt la fin de la fin de l’Histoire.  Et le retour des grands déterminants historiques.

Ce sont les religions qui vont façonner l’avenir, comme elles ont façonné le passé. C’est, d’ores et déjà, l’opposition entre religions qui s’exprime confusément dans les derniers développements politiques qui affectent l’Europe. Ce que nos médias appellent avec dédain la « poussée populiste » n’est que la manifestation frémissante de l’inconscient religieux de l’Europe… le prélude du retour en force des religions comme moteurs de l’Histoire…

Nous l’avons oublié, en effet : pendant des siècles — des siècles incommensurablement plus longs que ceux de notre glorieuse modernité… — ce que nous avons pris l’habitude d’appeler « Europe » se nommait « Chrétienté ». L’air qu’on respirait était saturé de christianisme. Les heures étaient chrétiennes, les jours étaient chrétiens, la vie était chrétienne. Chaque jour, on se connectait non pas à Facebook, mais à Dieu. Le soir, on avait rendez-vous non pas avec Cyril Hanouna, mais avec Dieu. On rendait un culte non pas à son nombril, mais à Dieu. On érigeait des monuments non pas à la gloire du fric, du business ou de la laideur, mais de Dieu. La beauté de l’Europe vient de là. Le ravissement — et plus souvent l’extase — que l’on ressent en parcourant les chemins, les villages, les villes d’Europe, est un cadeau du catholicisme. Ce catholicisme qui, comme chacun sait, n’a apporté que souffrance et malheur à l’humanité, contrairement à nos idéologies humanistes (dont l’humanisme se révèle chaque jour plus flagrant).

Certains diront que c’est une simple coïncidence. Qu’il n’y a aucune relation de causalité entre la splendeur du patrimoine artistique européen, et le catholicisme.

Il est vrai qu’on chercherait en vain une trace de catholicisme dans les 900 églises de Rome, les 1000 clochers de Prague, les 150 cathédrales de France ou ses 45 000 églises. Il est vrai qu’un promeneur à Vienne, Florence ou Venise doit être doué d’un sacré sens de l’observation pour débusquer une croix, une église ou une rue portant le nom d’un saint. Il est vrai, également, que la Pietà de Michel-Ange n’a strictement rien à voir avec le catholicisme. Ni les milliers de peintures, nées de la main des plus grands génies, représentant Jésus, Marie et la vie de saints… Bon… Passons… Laissons ces puits de culture à leur clairvoyance… Et retournons à notre propos : l’emploi du terme « Chrétienté » pour désigner la zone géographique que nous nommons aujourd’hui « Europe », faisait évidemment référence à l’imprégnation chrétienne de celle-ci. Il rappelait les liens inextricables qui unissent le christianisme et l’âme des peuples d’Europe. Ce qui explique d’ailleurs que, le premier parti, la deuxième s’est évaporée…

Mais en plus de cette fonction descriptive, le terme « Chrétienté » jouait également un rôle militant. Militaire, même. « Chrétienté » était un terme de guerre. Une bannière brandie lors des innombrables batailles menées au fil des siècles pour repousser l’envahisseur musulman. « Nous ne sommes pas une terre d’islam », voilà ce que signifiait aussi, et avant tout, le mot « Chrétienté ». « Nous ne sommes pas une terre d’islam, et nous veillerons à ne jamais le devenir. Nous nous battrons, si nécessaire jusqu’à la mort, pour épargner à nos enfants ce funeste destin. » Les Européens d’alors savaient de quoi ils parlaient… Ils avaient vécu dans leur chair les charmes du dialogue des cultures, et en avaient tiré des conclusions plutôt bien informées… En direct du terrain, comme on dit… « La Terreur du monde », voilà le petit nom qu’ils donnaient aux musulmans. Et croyez-le, ils n’étaient pourtant pas du genre impressionnable… Pas vraiment les métrosexuels pétochards qui constituent l’essentiel de la gent « masculine » d’aujourd’hui… Mais malgré leur courage, leur force d’âme, malgré leur bravoure au combat, ils ne pouvaient nier qu’ils ressentaient un sentiment d’épouvante à la perspective de se confronter aux musulmans… surtout si, par malheur, ils ne l’emportaient pas…

Certains verront dans ces dispositions la preuve de l’existence d’un continuum islamophobe en Europe. Mais c’est le propre des incultes, d’asséner des jugements anachroniques du haut de leurs certitudes d’ignorants. La vérité est beaucoup plus simple. Les Européens n’étaient pas islamophobes : ils étaient renseignés.

Cela dit, si l’on s’affranchit de l’acception péjorative que le débat contemporain a conférée au vocable « phobie », pour en revenir à son sens étymologique de « peur », on ne peut qu’admettre que les Européens étaient, effectivement, islamophobes. Pas au sens de la haine, donc : au sens de la peur. Mais alors, il faut aller beaucoup plus loin : les Européens n’étaient pas islamophobes : ils étaient islamoterrifiés. Islamoépouvantés. Et ce, répétons-le, pour des raisons concrètes… pas par ignorance, mais au contraire par leur très grande expérience…

L’islam a ainsi joué un rôle décisif dans la construction de l’identité européenne. On l’aura compris, pas au sens où l’entendent les faussaires médiatiques avec leur fable du vivre-ensemble en Al-Andalus et autres chefs-d’œuvre de désinformation dont ils sont coutumiers. Mais au sens tout à fait opposé : c’est contre la menace islamique que les peuples d’Europe ont réalisé leur unité. C’est contre l’ennemi musulman que les Européens ont pris pleinement conscience de ce qui les distinguait (dans tous les sens de ce joli verbe) ; de ce qui faisait d’eux une civilisation, c’est-à-dire une anthropologie unique, originale, et très modérément compatible avec l’anthropologie musulmane…  Certes, cela n’a pas empêché les antagonismes, les guerres, les affrontements féroces entre peuples d’Europe ; cela n’a même pas empêché des collaborations entre des musulmans et des Européens contre d’autres Européens (la plus célèbre étant François Ier s’alliant à Soliman le Magnifique pour faire pièce à Charles Quint). Mais ces associations relevaient de l’habileté tactique, de l’alliance opportuniste. De la coalition d’intérêt. En aucun cas de la croyance en une compatibilité entre la civilisation européenne et la civilisation musulmane, ou je ne sais quelle fadaise multiculturaliste. Même alliée furtivement à l’islam, la Chrétienté restait la Chrétienté ; et la Terreur du monde restait la Terreur du monde…

Pourtant, au fil des siècles, la conscience du danger islamique a fini par s’émousser. Dans les pays les plus éloignés géographiquement — et donc historiquement — des assauts de l’islam, l’amnésie s’est répandue. En France, singulièrement, où les derniers combats contre l’envahisseur musulman remontaient à Charles Martel (732), l’illusion s’est progressivement installée que la menace était écartée… Cette perte de mémoire, conjuguée à l’avancée des Lumières (c’est-à-dire d’un anti-catholicisme farouche), a fini par frapper de vétusté le terme « Chrétienté ». « Europe » est alors venu s’y substituer. La victoire d’« Europe » sur « Chrétienté » date de 1751, quand Voltaire publie le Siècle de Louis XIV (Voltaire qui ne rêvait que « d’écraser l’Infâme »). Mais parallèlement, dans les pays où les exactions islamiques sont un souvenir encore récent, le vocable « Europe » a plus de difficultés à s’imposer. En Italie (subissant régulièrement razzias, massacres et enlèvements de « vierges au visage de lune » pour alimenter les harems), en Hongrie (asservie par les Turcs de 1541 à 1699), en Slovaquie, en Pologne, en Autriche (où les derniers combats contre les musulmans remontent à 1683, soit près de mille ans après la France), l’inquiétude reste vivace. Italie, Hongrie, Slovaquie, Pologne, Autriche : le lecteur attentif aura remarqué que la carte des pays dans lesquels le traumatisme islamique est un souvenir relativement récent, est le calque parfait des pays où se propage actuellement la « lèpre populiste » (pour m’exprimer comme les propagateurs du cancer progressiste). Ce n’est évidemment pas une coïncidence. Cela explique ceci. Entre la France, où le dernier contact avec l’islam remonte à 1 300 ans, et la Hongrie, qui a chassé les musulmans il y a seulement 300 ans, il y a comme un léger différentiel de mémoire… Oh, presque rien…. une paille… 1000 ans d’Histoire… 1000 ans d’expérience en plus…
La question qu’on peut alors se poser est : entre l’avisé et l’amnésique, qui a raison, et qui a tort ? Entre celui qui a tout oublié, et celui qui se souvient, qui faut-il écouter ? A qui faut-il faire confiance ?

La réponse à cette question (qui devrait aller de soi) sera bientôt évidente, même pour les plus enragés des négationnistes : dans toute l’Europe, la parenthèse d’amnésie va bientôt se refermer. Comme il l’a fait pendant des siècles, l’islam va de nouveau jouer un rôle majeur dans la (re)construction de l’identité des peuples d’Europe. Sauf que cette fois, la partie est beaucoup plus risquée. Les Européens, en effet, n’ont plus rien de sérieux à opposer à l’islam. Ils n’ont plus la Chrétienté, ses dogmes, sa vigueur : ils ont la République, ses valeurs, sa fadeur. En tête de cortège, ce ne sont plus Saint-Louis, Richelieu et Charles Quint qui les mènent ; c’est l’attelage Hanouna-BHL-Raffarin. On a le droit de trouver plus rassurant… A la place de Jeanne d’Arc, nous avons les Femen. A la place de Mozart, nous avons Maître Gims. A la place de Molière, nous avons Christine Angot. Voilà la catastrophe dont a accouché notre civilisation des droits de l’homme à se débarrasser de son âme…

Autant dire que si, dans le combat qui vient, nous ne misons pas sur la robustesse de nos fondations chrétiennes, la partie est jouée d’avance…

Le séisme islamique, soit détruira définitivement l’Europe, soit sera le signal de sa renaissance.

Il nous reconnectera à nos racines chrétiennes, ou achèvera le travail de déracinement commencé il y a deux siècles, pour mieux nous asservir à la loi d’Allah.

Ce qui est sûr, c’est que les idéologies progressistes qui nous rapetissent depuis deux siècles vivent leurs dernières décennies. Tout le fatras constructiviste, existentialiste, égalitariste, féministe et multiculturaliste qui peuple le cerveau des Occidentaux, et que ces incultes imaginent de toute éternité, va être balayé. Car les illusions ne durent jamais ; ainsi, en particulier, des constructions intellectuelles fondées sur une conception erronée de l’homme. Le propre des chimères est d’être éphémères. De ne durer que le temps d’être écrasées par un système de valeurs consistant (ainsi le multiculturalisme ne peut être que transitoire, le temps qu’une culture sorte du jeu et triomphe de l’affaiblissement des autres…)

Chronologie immuable. Le poison de l’utopie finit toujours par sécréter son antidote : le chaos. Lequel abolit l’utopie et permet donc, au moins pour un temps, de revenir à une véritable civilisation, c’est-à-dire une anthropologie fondée pour l’essentiel sur le principe de réalité (quand l’utopie relève du principe de plaisir et du déni de nature humaine, raison pour laquelle elle aboutit immanquablement à la barbarie).

Le chaos est à la fois le fruit de l’utopie, et la façon par laquelle elle prend fin.

C’est cette séquence finale d’autodestruction que nous vivons actuellement avec l’utopie droit-de-l’hommiste — et sa petite sœur l’utopie multiculturelle. Nous sommes entrés dans la phase de chaos. De convulsions. Nous ne pourrons, désormais, nous épargner de très grandes souffrances.
Mais la bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que la souffrance fait partie du plan. Elle est le passage obligé, la première étape vers un éventuel recouvrement de notre humanité. Si les hommes de demain doivent avoir une âme un peu moins atrophiée que les bipèdes actuels, ils le devront, hélas, aux souffrances qui viennent.

Bernanos le disait lumineusement : « La civilisation qui engendre les catastrophes refait du même coup dans l’homme, par la souffrance, cette vie intérieure qu’elle se croyait capable d’abolir. » Et Baudelaire le disait encore mieux — mais cela va sans dire :

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance,

Comme un divin remède à nos infirmités,

Et comme la meilleure et la plus pure essence

Qui prépare les forts aux saintes voluptés.

Il nous faut donc accueillir cette souffrance avec philosophie ; l’envisager comme le seul moyen de nous tirer de la torpeur mortelle dans laquelle l’Occident contemporain plonge l’humanité, et de reconquérir un peu de notre vie intérieure. Cette vie intérieure, dont procède toute vraie joie… Cette vie intérieure qui, seule, donne à une civilisation le souffle nécessaire à son élévation, et à sa perpétuation.

C’est le plus grand espoir que nous puissions nourrir : que les tourments qui viennent ressuscitent, par réaction, notre aspiration à vivre debout. Que l’épreuve de la mort nous redonne l’envie de vivre. Que la dévastation nous redonne l’envie de construire. Et de nous battre.

Car nous devrons nous battre, si nous voulons infléchir le scénario glaçant que, rationnellement, nous n’avons aucune chance d’empêcher… Nous devrons nous battre, même quand tout semblera perdu. Nous devrons nous battre, pour épargner un funeste destin à nos enfants. Et qui sait ; peut-être qu’au bout des sacrifices, peut-être qu’au bout des combats, peut-être que si nous avons fait preuve d’espérance, et de persévérance, peut-être, oui, peut-être que Dieu nous donnera la victoire.

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