Complotistes et conformistes

Il existe entre le complotiste et son antithèse, le conformiste, une différence de corps d’hypothèses qui explique la quasi-impossibilité du débat entre ces deux univers mentaux.

Le conformiste croit que, par définition, les individus aux responsabilités ont à cœur le bien du peuple et le prestige du pays. Le complotiste ose l’hypothèse qu’ils s’en foutent amplement. Qu’ils ne pensent qu’à leur tronche. À leur carrière. À leur intégration sociale. Et surtout, surtout, à leur fric. Et qu’ils sont prêts à sacrifier — jusqu’au sens le plus homicide du terme… — la vie de dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, ainsi que l’avenir d’un grand pays, au triomphe de leur nombril. Cette hypothèse permet au complotiste de former des raisonnements dont le cerveau du conformiste restera à jamais vierge.

Le conformiste croit l’Homme bon. Le complotiste croit à l’égoïsme, à la cupidité (et à son corollaire : la corruption), et à la tentation de la tyrannie. Il croit, même, au sadisme. À la cruauté. Voire, à la jouissance dans le meurtre. Dans le meurtre de masse, en particulier… Il estime en effet que l’Histoire l’a assez illustré — qu’elle soit lointaine, récente, ou très contemporaine…

On le voit : le corps d’hypothèses du complotiste est prodigieusement farfelu. Son système de représentation, entaché de graves carences de la clairvoyance. D’un déni pathologique de la réalité. Et, surtout, d’une vision fantasmée de la nature humaine.

Le conformiste adore le traiter de naïf.

L’impasse des Lumières

L’intelligence artificielle prouve par l’absurde que la vraie valeur de l’Homme ne réside pas dans son intelligence. Que l’Homme se définissant par son intelligence ne peut être pleinement, authentiquement humain. Puisque sur ce terrain, un automate fait mieux. Et ce n’est qu’un début…

Alors, que faire ? Observer le passé. Le passé de l’Occident. Quand l’Homme faisait germer de son cœur et de sa main des splendeurs inouïes. Des merveilles d’intelligence, mais aussi de tendresse, de douceur, d’élégance, de grandeur. Et se demander quelle conception de l’Homme a permis cela. Et oser envisager que notre futur se trouve dans le passé. Que notre salut se trouve dans le passé. Dans une vision de l’Homme lui permettant de s’accomplir pleinement. De vivre en vérité. Si nous voulons échapper à l’humiliante destinée de nous battre contre des automates, et recouvrer la dignité que les Lumières nous ont volée, nous devons redécouvrir et, de nouveau, cultiver un terrain laissé en friche depuis trop longtemps. Il n’y a pas d’âme artificielle…

La barbarie de la bourgeoisie

Quand je vois l’état d’ensauvagement de la France après cinquante ans de vote bourgeois, je ne m’étonne plus de la proximité phonétique entre bourgeoisie et barbarie.

PS : je ne parle pas de la bourgeoisie au sens économico-social, mais au sens de la bassesse existentielle ; de l’atrophie de tout ce qui fait l’Homme grand ; au sens de l’étroitesse d’esprit et de la sécheresse de cœur. Cela décrit bien plus que les CSP+.

Classification

Toute personne qui ne rampe pas devant les journalistes est d’extrême droite.

PS : Vous pouvez bien sûr remplacer « d’extrême droite » par « complotiste ». Puisque dans la nomenclature journalistique, ces vocables sont synonymes.

La Talibanne

Hautement d’un chacun elles blâment la vie,

Non point par charité, mais par un trait d’envie,

Qui ne saurait souffrir qu’une autre ait les plaisirs

Dont le penchant de l’âge a sevré leurs désirs.

Molière, Le Tartuffe, acte I, scène I

 

Ce tweet semble écrit par un grand frère de cité… Avec une rare précocité, Thaïs la Talibanne a parcouru le chemin qui mène de la frigidité au puritanisme, et du puritanisme au totalitarisme. Car enfin, qu’y a-t-il de plus totalitaire que la police du plumard ? Que l’ingérence dans l’intimité ? Qu’y a-t-il, oui, de plus totalitaire que de s’immiscer la région la plus privée de la vie privée : le sexe ? Le sexe, quintessence de l’intime qui, par définition, ne devrait concerner personne à part les deux — ou plus — intéressés. Le sexe, plus haute cime de l’intime qui devrait à jamais demeurer hors de portée des discours d’incitation ou d’intimidation.

Intimider l’intimité, comme le fait sœur Thaïs, est non seulement abject, mais c’est surtout aux antipodes de l’esprit français. Savoureuse dissonance, chez une femme convaincue de « défendre l’identité française »… Cette gendarmette des amourettes ignore sans doute que le rapport au sexe est une composante essentielle de l’identité d’un peuple ; et que l’identité française se distingue précisément par cet esprit d’insouciance sexuelle qui, de Rabelais à Céline en passant par Molière, Marivaux, Beaumarchais et Baudelaire, a fait de la France le pays le plus élégamment lascif du monde. Et le plus étranger à tout puritanisme. Cette Thaïbanne se glorifie de défendre les traditions françaises, et de combattre l’islamisation des esprits ; dans les faits, sa police des galipettes la rapproche autant de Kaboul qu’elle l’éloigne de Paris. En psychanalyse, on appelle ça un refoulement…

Bien sûr, si cette dame patronnesse de vingt ans (précocité, décidément) est frigide et entend limiter sa vie sexuelle à la procréation, grand bien lui fasse — si l’on peut dire. Seulement, que Frigide d’Escufon ne tente pas de refiler sa tristesse sexuelle à tout le monde ; qu’elle ne tente pas de faire de sa névrose une norme. Qu’elle ne tente pas, surtout, de déguiser sa jalousie en altruisme ; sa rage de donner mauvaise conscience aux femmes qui jouissent, en un noble souci de la démographie et de la famille. Car si en Occident le couple est devenu une utopie, et la famille un tableau de Francis Bacon, c’est précisément à cause du purithaïsme de Thaïs la puritaine. C’est parce que les Occidentaux ne comprennent plus rien à la nature humaine, et en particulier au fondement de toute dynamique psychique : la libido, que les objectifs assignés au couple sont devenus irréalistes, et tout écart un motif de rupture. C’est parce que l’Occident a renoncé à ce subtil dosage entre pulsions et empathie qui, pendant des siècles, a façonné un modèle de relation entre les sexes d’un raffinement (et d’une saveur) inégalé, qu’il n’y a plus aujourd’hui ni pulsions, ni empathie. Triomphe du protestantisme… donc du mépris du corps, sous ses deux formes symétriques et au fond si complices : l’hédonisme, et le puritanisme. Hédonisme et puritanisme sont les deux faces d’une même monnaie de singe : celle de la détresse sexuelle. Ils sont les deux visages d’une même haine de l’Homme. D’une même fureur de saboter sa vie sexuelle en l’incitant à des comportements ruinant l’équilibre délicat du désir. L’hédonisme est une boulimie, le puritanisme une anorexie ; tous deux sont des pathologies. Tous deux ressortissent ou aboutissent au même écœurement. Cohn-Bendit et Thaïs, même combat.

Cela étant dit, il se peut que je sois excessivement sévère avec Bigote d’Escufon ; après tout, il est probable qu’elle n’ait pas encore achevé son cursus de statistiques et soit donc sincèrement persuadée, sur la foi de trois graphes, que l’austérité est la condition de la fécondité. Que c’est la pudibonderie qui fait la stabilité familiale. Quand Thaïs la statisticienne aura acquis un peu de rigueur intellectuelle, elle saura faire la différence entre causalité et corrélation ; elle saura également que trois graphes Excel ne prouvent rien, à plus forte raison quand on ignore tout de la taille de l’échantillon représenté, de sa source, de son mode de sélection, et des méthodes de redressement qui lui sont appliquées. Si de surcroît, pendant son temps libre, vient à notre pudibonde furibonde la curiosité de s’intéresser à l’Histoire de France, elle apprendra qu’avant son déclin, la France était le pays de l’érotisme et de la volupté et, en même temps, « la Chine de l’Europe ». Ce qui, mieux que trois graphes douteux, démontre que la sexualité récréative n’a jamais empêché la sexualité procréative… et que les causes de l’effondrement de la natalité occidentale sont à chercher ailleurs… Dans la protestantisation de l’Occident, pour commencer — la protestantisation est une castration. Dans le climat de cauchemar qui y règne aujourd’hui. Et dans la coloration atroce que prend l’avenir. À cause de l’islam. Du progressisme. De l’activisme LGBTQ++ZXA2*HJHFDO. Mais aussi du bloc identitaire et de son purithaïsme. Tous ces sympathiques acteurs du monde d’aujourd’hui et, plus encore, de demain, ont en commun une propension détestable à s’insinuer dans le lit d’autrui et à lui dire ce qu’il doit y faire. Tous ont en commun d’entendre soumettre la vie intime à leurs diktats (que ceux-ci relèvent de l’hédonisme ou du puritanisme). Tous ont en commun de vouloir se mêler de la vie privée des gens — et jusqu’à la région la plus privée de cette vie privée. Il me semble qu’on ne saurait mieux définir un esprit totalitaire.