Du matérialisme au totalitarisme

L’amour excessif de la vie est une descente vers l’animalité.
Baudelaire

Il est interdit d’interdire. Sauf les terrasses de café aux non-vaccinés.

Jouissez sans entrave. Mais avec un masque. Et avec un schéma vaccinal complet. Et avec un passeport vaccinal. Et avec un QR code. Et avec un test PCR de moins de 48 heures. Et avec les mains dûment savonnées. Et avec du gel hydroalcoolique. Et avec des gestes-barrière. Et avec une prise de température effectuée juste avant d’entrer. Et avec une distance interpersonnelle d’au moins deux mètres. Et avec des parois en plexiglas pour éviter tout contact. Vade retro, Covidas !

« Jeune catin, vieille dévote », écrivait Freud ; mais je ne suis même plus sûr qu’en l’occurrence, Freud soit d’un grand secours pour éclairer notre psychose hygiéniste. Malgré les lieux communs, les apparences et les clichés, mon intime conviction est que les soixante-huitards, ces vieilles dévotes aigries et pétochardes, n’ont jamais été de jeunes catins. Mon intime conviction est que derrière leur hédonisme trop ostentatoire pour être honnête, les soixante-huitards ont toujours été des puritains. C’est-à-dire des haïsseurs de la vie. Mon intime conviction est que les accoucheurs du monde moderne ont toujours détesté la vie. La vie humaine, j’entends : la vie comme aléa, comme prise de risque, comme incertitude, la vie comme mystère, qu’ils n’auront eu de cesse de réduire à une triviale existence organique. D’où leur terreur de la mort — qui n’a plus rien à voir avec l’angoisse métaphysique qui travaille tout homme, et est littéralement sans précédent dans l’histoire de l’humanité —, et la prodigieuse mesquinerie qui en résulte. D’où leurs sophismes de plus en plus tortueux, leurs ergotages de plus en plus ahurissants de mensonge pour protéger non pas leur vie, mais leurs organes. D’où la préséance absolue qu’ils accordent à La Santé, infiniment supérieure à leurs yeux aux valeurs de liberté, d’égalité, de dignité humaines.

La bassesse inouïe de l’humanité contemporaine est la conséquence de son matérialisme. Son consentement nonchalant à la société d’apartheid, de laissez-passer et de contrôle de tous par tous vient de ce qu’aucune valeur supérieure ne l’anime. Aucun principe supérieur ne l’habite. Dans « l’esprit » contemporain, l’homme n’est qu’un tas d’organes. La liberté, la dignité ? Foutaises prétentieuses de niais adolescent qui passe son bac philo. La liberté, la dignité ? Voyez comme ils ricanent, quand vous prononcez ces mots… Ces sarcasmes disent tout de l'(in)humanité contemporaine. Dans une « civilisation » où la vie organique est la valeur suprême, les notions de liberté et de dignité sont des aberrations : elles ne peuvent qu’être, au mieux, objets de dérision.

La conception de la vie comme simple existence organique procède d’un déni de la dignité de l’Homme ; il est inéluctable qu’après s’être imposée, elle engendre des lois, des mœurs, des normes de comportement et des rapports sociaux — bref, une « civilisation » — qui méconnaissent la dignité de l’Homme. Nous y sommes.

Ce texte fait partie de l’ouvrage :

Soutenez Nicolas L sur Tipeee