Il faut n’avoir jamais observé une piste cyclable pour croire au mythe de la « mobilité douce ».
Il faut n’avoir jamais observé cette déferlante de trottinettes féroces et de vélos furibonds pour imaginer que le barbare moderne appelé « bobo » deviendrait moins vulgaire, moins nerveux, moins puérilement égocentrique par la seule grâce d’un mode de transport.
Tout au contraire : une fois perché sur sa néo-monture, l’arrogance naturelle de ce bipède inepte se renforce de sa conviction d’être à la pointe de la dernière tendance — une tendance très subtile, et pas du tout oxymorique : l’écologie en milieu bétonné.
Plein de l’ignoble aplomb du conformiste, avec sa grosse gueule butée et sa face bien obtuse de pape constipé, il défile sur sa piste dans un silence paranormal. Un silence que viennent régulièrement troubler sa sonnette tressautante et ses hurlements d’égorgé quand un manant, c’est-à-dire un plouc déambulant à pied, a l’impudence d’effleurer son Lebensraum. « Dégage de ma piste ou je te pulvérise ! », voilà en substance le message de ce forcené qui ne freinera pas. Voilà les actes concrets de cet aboyeur-percuteur qui, par ailleurs, ne cesse d’exalter la tolérance… la convivialité… le vivre-ensemble… et, désormais, la « mobilité douce »… Par opposition, sans doute, à la mobilité dure des automobilistes, ces beaufs écocidaires.
Il est pourtant flagrant que le plus hargneux des conducteurs est un modèle de tempérance et de civilité, au regard de ce tyran gueulard. Que le plus rouscailleur des automobilistes est infiniment plus courtois que ce fléau fonçant en trottinette, plein de la morgue du nuisible qui se prend pour un bienfaiteur parce qu’on lui a dit qu’il était dans le bon sens de la Modernité.
Les pistes cyclables sont les nouveaux jardins d’enfants. De bébés. De bobos. Bref, de barbares.
C’est là, sur les pistes cyclables, que se récapitulent le mieux l’ivresse de toute puissance, l’intolérance à la frustration et l’esprit de caprice du bébé. C’est sur les pistes cyclables que se révèle le mieux l’essence infantile du Progressisme — l’écologisme étant évidemment une branche de l’arbre progressiste.
L’écolocrate, ce despote en trottinette, est avant tout un bébé. Qui n’entretient aucun rapport avec le principe de réalité. Baigne dans la pensée magique. Et croit donc qu’il sauve la planète avec sa « mobilité douce » (laquelle n’est que le masque d’une ségrégation sociale impitoyable voyant l’écolo cool dominer sans réplique le sans-dents roulant au diesel).
Céline disait que Sartre avait libéré Paris à bicyclette. Les rejetons de Sartre font mieux : ils sauvent la planète à dos de trottinette. Longues affinités du Progressisme avec les foutaises et le mensonge… Après celle du vivre-ensemble, la fable de la mobilité douce est sans doute la plus insolente fake news du Progressisme.
Mais cette frénésie entourloupeuse des ordures progressistes ne devrait plus nous étonner, depuis le temps qu’elle se donne à voir : archétype du principe de plaisir, et donc déni de réalité permanent, le Progressisme a le mensonge pour principe, pour moyen et pour but. Le Progressisme est la bannière sous laquelle se réunissent tous les escrocs d’hier et d’aujourd’hui. Le Progressisme, c’est le retour à la loi de la jungle maquillé en exaltante aventure humaniste. Et aux aveugles volontaires qui réclameraient des preuves de cette évidence, que pourrait-on répondre, sinon qu’elles courent les rues ? Et dévalent désormais toutes les pistes cyclables ?